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Un lundi poétique 15

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Étranges fleurs

L’automne met dans les lilas
D’étranges fleurs que nul ne voit,

Des fleurs aux tons si transparents
Qu’il faut avoir gardé longtemps

Son âme de petit enfant
Pour les voir le long des sentiers

Et pour pouvoir les assembler
En un seul bouquet de clarté

Comme font, à l’aube, les anges
Les mains pleines d’étoiles blanches…

(Maurice Carême)

*sculpture de Sue Thompson

Un lundi poétique 14

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Alphabet

A c’est l’âne agaçant l’agnelle,
B c’est le boulevard sans bout,
C la compote sans cannelle,
D le diable qui dort debout.

E c’est l’école, les élèves,
F le furet féru de grec,
G la grive grisant la grève,
H c’est la hache et l’homme avec.

I c’est l’ibis berçant son île,
J Le jardin sans jardinier,
K le képi du chef kabyle,
L le lièvre fou à lier.

M c’est le manteau bleu des mages,
N la neige bordant le nid,
O l’oranger pris dans l’orage,
P le pain léger de Paris.

Q c’est la quille sur le quai,
R la rapière d’or du roi,
S le serpent qui s’est masqué,
T la tour au-dessus des toits.

U c’est l’usine qui s’allume,
V le vol du vent dans la voile,
W le wattman de lune,
X le xylophone aux étoiles.

Y c’est les yeux doux du yack
Oublié dans le zodiaque,
Z le zigzag brusque du zèbre
Qui s’enfuit dans les ténèbres,

Malheureux parce qu’il est
Le dernier de l’alphabet
.

(Maurice Carême)

*toile signée Hamilton Sloan

Un lundi poétique 13

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Mon petit chat

J’ai un petit chat,
Petit comme ça.
Je l’appelle Orange.

Je ne sais pourquoi
Jamais il ne mange
Ni souris ni rat.

C’est un chat étrange
Aimant le nougat
Et le chocolat.

Mais c’est pour cela,
Dit tante Solange,
Qu’il ne grandit pas!

(Maurice Carême)

*toile de Frank Perri

La suggestion du 18 mai 2009

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Les lectrices peintes par l’artiste norvégien Kai Fjell auraient-elles besoin d’un peu de dépaysement? Je suis à peu près certaine qu’elle devrait le trouver là-bas

Un lundi poétique 12

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Pour ma mère

Il y a plus de fleurs
Pour ma mère, en mon cœur,
Que dans tous les vergers;

Plus de merles rieurs
Pour ma mère, en mon cœur,
Que dans le monde entier;

Et bien plus de baisers
Pour ma mère, en mon cœur,
Qu’on en pourrait donner
.

(Maurice Carême)

*toile de Léon Bazille Perrault

Un lundi poétique 11

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Tu es la saveur de mon pain

Tu es la saveur de mon pain,
Le dimanche de ma semaine,
Tu es la ligne du destin
Que l’on peut lire dans ma main,
Tu es ma joie, tu es ma peine,
Tu es ma chanson, ma couleur
Et, dans la douceur de mes veines,
Le sang qui fait battre mon cœur.

(Maurice Carême)

*toile de Katherine S. Norris

Un lundi poétique 10

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Les petits souliers

Par le chemin des écoliers
S’en allaient deux petits souliers.

Deux petits souliers seuls au monde
S’en allaient par la terre ronde,

S’en allaient, les semelles molles,
À regret, loin de leur école,

S’en allaient chez le cordonnier,
Où l’on voit grandir les souliers,

Où l’on voit souliers d’écoliers
Devenir souliers d’ouvriers

Et parfois, avec de la chance,
Devenir souliers de finance,

Et souvent, avec de l’étude,
Devenir souliers de grand luxe,

Et toujours, avec de l’amour,
Devenir souliers de velours
.

(Maurice Carême)

*toile de George Laurence Nelson

Un lundi poétique 9

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Les leçons

Le cours d’arithmétique
Plonge dans la panique
Robert et Dominique.

Les règles de grammaire
Donnent le mal de mer
A Jeanne, Paul et Pierre.

Le manuel d’histoire
Étonne, à n’y pas croire,
Marguerite et Grégoire.

Et la géographie
Emplit de nostalgie
Alexandre et Sylvie.

Luc rage quand il pense
Au dessin, et Constance
Craint la leçon de sciences.

Il n’y a que le sport
Qui les met tous d’accord.
Et encor!… dit Nestor

Qui aime se cacher
Pour lire, émerveillé,
Robinson Crusoé.

(Maurice Carême)

*toile d’Olga A. Moore

Un lundi poétique 8

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Ne sais-tu pas que tu es grande

Ne sais-tu pas que tu es grande
À me cacher tout le vallon,
Que tes yeux bordés de lavande
Forment ma ligne d’horizon?

Ton rire est un village chaud
Rempli d’écoliers en vacances;
Ta voix, la voile d’un bateau
Dans la fraîcheur verte d’une anse.

Et l’on dirait quand je te touche
Que le soleil, la brise d’août,
Le ciel, les alouettes, tout
Fond en nuage sur ma bouche
.

(Maurice Carême)

*illustration de France Brassard

Un lundi poétique 7

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Pauvres petits chiens

Il était quatre petits chiens
Qui s’en allaient à Saint-Martin,

Qui s’en allaient clopin-clopant
A travers prés, à travers champs.

« Mais pourquoi, leur dit un lapin,
Ne suivez-vous pas les chemins?

C’est bien plus court et plus facile.
N’êtes-vous pas des petits chiens?

On vous laisse courir tranquilles;
On nous tuerait, nous, les lapins. »

« Tranquilles! lui dit le premier,
Voyez mon nez, il est brûlé;

J’attrapai, sous une fenêtre,
De l’eau bouillante sur la tête. »

Le deuxième dit: « Moi, je boite,
J’ai une aiguille dans la patte. »

Le troisième: « Voyez mon cou
Blessé par le jet d’un caillou. »

Et le quatrième : « Une auto
En dérapant, heurta mon dos. »

Il était quatre petits chiens
Qui s’en allaient à Saint-Martin,

Qui s’en allaient, peinant, geignant,
A travers prés, à travers champs.

(Maurice Carême)

*toile de Juan Manuel Rocha