Commentaires récents
Admin:
Archives:
Celle qui ne peut imaginer sa vie autrement

lucy doyle

Et pour la lectrice de Lucy Doyle, rien ne vaut ce moment où elle arrive chez elle. Tout de suite, elle se jette sur le livre abandonné la veille et lit. Elle lit jusqu’à en être engourdie, jusqu’à ce que son ventre la rappelle à l’ordre et qu’elle se lève pour aller chercher des fruits et du fomage pour ne pas quitter son cher compagnon.

Elle lit jusqu’à ce que son lit l’appelle. Presque tous les soirs. Et elle ne peut imaginer sa vie autrement: il y a des années qu’elle vit ainsi. Dans les livres, avec eux, par eux et grâce à eux.

L’homme qui aimait les livres

peter van dyck 6

Lui qui aimait tant les livres et la peinture, et qui aimait encore plus rêver et qui a choisi de ne plus le faire, que devient-il ?

C’est lui que je vois dans la toile de Peter Van Dyck: son visage mal rasé, ses cigarettes à portée de main, son regard perçant, ses mains qui cherchent mon corps. Il est entré dans la toile à mesure que mon souvenir de lui devient de plus en plus flou. Même s’il reste toujours aussi vif.

L’homme qui aimait les livres manque à la lectrice que je suis.

La petite lectrice qu’on regarde

omahoney

Elle est si absorbée qu’elle ne voit pas à l’autre bout de la pièce sa grand-mère et sa mère attendries. L’aînée voit dans la petite la mère de celle-ci au même âge et lui glisse un mot à l’oreille de cette similitude. C’est frappant, ajoute-t-elle. Comme si soudainement un souvenir vieux de trente ans venait de surgir alors que sa petite-fille est assise dans le même fauteuil que sa mère au même âge, avec la même avidité.

Mais la petite lectrice de Maureen O’Mahony ne se rend compte de rien et ne voit rien de ce qui joue à l’autre bout de la pièce. Elle est dans son livre. C’est le début de sa vie de lectrice. La plus belle des vies.

La lecture du journal au petit jour

lauritz andersen ring

Petit à petit, la lumière entre dans la cuisine où s’est installée la lectrice de Lauritz Andersen Ring. La maison est encore silencieuse et elle peut boire son café tout en lisant la première le journal.

Tout à l’heure, ce sera son mari qui lira la une, puis le reste. Il commentera l’un ou l’autre des articles qu’elle aura lus. Elle aime bien ce moment où ils partagent ce qu’ils ont lu en même temps que le petit déjeuner. Et elle aime d’autant plus ce moment qu’elle a eu son moment à elle toute seule, à lire, à laisser entrer la lumière dans la pièce.

Un ordi qui fait des siennes

22

Ça, c’est la tête de mon ordinateur. Oui, il m’a fait une sale blague et je ne sais pas, pour le moment, comment la réparer. Un message invisible est gelé dans la boîte d’envoi d’Outlook Express et j’ai passé toute la soirée à tenter de le sortir de là pour pouvoir à nouveau envoyer et recevoir des messages. Peine perdue. Et temps perdu, puisque j’ai ainsi passé ma soirée loin de ma bulle et de mes lectrices.

Je me sens donc en manque ce matin. En manque de ne pas avoir écrit. De ne pas avoir laissé mes lectrices se raconter. Mais si jamais quelqu’un qui avait une idée pour régler mon problème passait par ici, qu’il fasse signe. Je n’aime pas trop quand mon ordinateur fait le rebelle et se gausse ainsi de moi.

Lundi pluvieux

daniel price

Comme elle a envie de ne pas bouger. Comme elle resterait là, enfouie sous les couvertures avec son livre. Rien que de penser à cette possibilité, elle écrase davantage sa tête contre l’oreiller.La lectrice de Daniel Price est si confortable qu’elle devra se battre contre elle-même pour sortir du lit. Il y a des jours comme ça. En général, des lundis. Et des lundis de pluie.

Les bribes d’une phrase

kramskoy 1

Elle avait décidé qu’il était temps de dormir, qu’elle avait amplement lu et que ça faisait trop de nuits qu’elle se laissait séduire par les mots. Elle s’apprêtait à retirer sa broche et à se déshabiller quand les bribes d’une phrase se sont mises à lui trotter dans la tête. Et parce qu’elle était incapable de se rappeler la phrase avec exactitude, elle a arrêté le geste pour retourner au salon et ouvrir le livre. Il lui fallait absolument retrouver les mots, dans le bon ordre, les retenir.

Depuis, elle cherche, elle cherche sans relâche. La lectrice d’Ivan Nikolaevitch Kramskoy n’a toujours pas trouvé. Et la nuit avance. Une fois de plus.

La lectrice qui est rentrée chez elle

maud sherwood

Voilà trois mois, enfin presque trois mois, qu’elle dort chez lui de temps en temps, sans que cela ne perturbe sa petite vie tranquille. Juste parce qu’elle aime bien la chaleur de son ventre contre son dos après l’amour. Mais ce soir, elle a été incapable de rester. Elle a prétexté un rendez-vous très tôt, bien avant leur heure habituelle, pour se rhabiller dans le noir. Et rentrer chez elle.

Ce mensonge parce qu’alors qu’il embrassait son épaule, il lui a suggéré de ne pas toujours tout transporter dans son grand sac et de laisser quelques affaires chez lui. De venir dormir plus souvent avec lui. Qu’il avait envie que ça devienne sérieux entre eux.

C’est là, à cette minute précise, qu’elle a été prise d’un malaise qu’elle a tu.

L’homme vit sans livres. Enfin, pas tout à fait. Il y en a à son bureau, dans une belle armoire vitrée, mais pas chez lui. Et chaque café du matin qu’elle prend là, quand elle n’est plus dans le besoin de fusion, lui fait reprendre ses esprits et souvent partir bien vite. Car elle ressent alors au ventre le manque de livres et qu’elle étouffe.

Et la seule chose que la lectrice de Maud Sherwood laisserait en partant, ce serait des livres, que des livres. Pour qu’elle se sente à l’aise hors de la chambre. Mais il n’y a pas de place pour les ramasse-poussière dans la vie de l’homme qui ne veut plus se contenter de rencontres occasionnelles.

Elle est donc rentrée lire. Et regarder la vie: les étagères remplies de livres et les piles sur la table à café.

Une seule constante

darvish

Elle aime porter des chapeaux et elle en a une collection. Mais occasionnellement. Elle aime ces robes fluides qui donnent envie de danser, mais tout autant ces gros pulls de laine bien chaud. Elle aime le soleil sur sa peau et la neige qui fait crouch crouch. Et puis le café comme le thé. Nouer ses cheveux ou pas. La musique classique et puis le rock. Et qui s’étonne qu’elle puisse aimer autant de styles, être toutes celles qu’elle a envie d’être au gré de son inspiration, et qui chaque fois la voit arriver différente de celle dont il se souvient, n’a pourtant pas à chercher bien loin. À la main, dans son sac, il y a toujours un livre quand la lectrice de Darvish entre en scène.

La concentration de la lectrice

barbara braunohler

L’artiste a fait fi du livre et du décor pour ne montrer qu’une seule chose: la concentration de celle qui lit. Le reste ? À nous de l’imaginer.

La lectrice de Barbara Braunohler est si attentive qu’elle ne remarque ni celle qui la peint ni celui ou celle qui la regarde alors qu’elle lit. Elle cligne parfois des yeux, mais rien ne la détourne de sa passion. Et toute la force de cette toile est dans ces yeux baissés; dans ce lien lectrice-livre qui exclut tout le reste.