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La lectrice au collier

albertandre

On peut imaginer que la lectrice s’est faite belle pour un homme. Qu’elle a mis un peu de rose aux joues et de rouge aux lèvres pour lui plaire, qu’elle porte un collier qu’il lui a offert. On peut tout imaginer à partir d’une toile qui se donne à vivre sous nos yeux.

On peut aussi imaginer qu’elle se donnera dans l’instant à cet homme qu’elle aime et qui franchira la porte. Et le livre que lisait la lectrice d’Albert André tombera au sol.

Neige de mars

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La neige se glisse partout: dans l’encolure des manteaux, dans les poches, et même dans les bottes. Les trottoirs sont à peine dégagés, ou l’ont été, mais la poudrerie a pris le dessus en semant de petites montagnes ici et là.

Mais c’est beau. Nul doute là-dessus.

La beauté est dans cette neige qui tombe, immaculée. Dans cette neige qui alourdit les arbres et les pas. Qui éclaircit le gris et donne aux autres couleurs de la vivacité. La beauté est dans ces flocons qui tombent, épars, plongeant la ville dans un doux engourdissement.

Combien de temps encore ?

van_que

Combien de fois commencera-t-elle cette lettre sans parvenir à la terminer, celle qui a mis de côté les livres pour écrire ? Combien de temps s’acharnera-t-elle à trouver les mots justes, comme tous ceux qui tentent de s’exprimer le plus clairement possible en ne perdant pas de vue l’objet, la raison propre de la missive ? Combien de jours encore la lectrice de Van Que cherchera-t-elle dans des souvenirs ceux précis qu’elle doit mentionner sans savoir si ce sont toutefois ceux qui toucheront ? Combien de feuilles seront raturées alors que les mots se rebelleront ?

Peu importe. Ce n’est que dans l’écriture de cette lettre qu’elle trouvera enfin la paix avec elle-même.

Regard de biais

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J’aime cette manière qu’ont les lectrices et les personnages d’Anita Klein de pencher la tête. Comme si elles regardaient le monde avec un angle. Comme si elles détournaient le regard sans perdre de vue le livre ou l’activité à laquelle elles s’adonnaient.

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Oui, décidément, j’aime ces lectrices qui jouent de séduction, sans calcul, presque avec innocence. Mais qui savent, comme toutes les femmes savent, que c’est dans les yeux que tout se joue.

Quand la neige tombe

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Et l’univers se résume à ce fauteuil, aux livres sur les rayons, à la tasse de café, au chien qui veille. La tempête sévit dehors une fois de plus, mais la lectrice de Cheryl Neave ne sent pas sur son cou le vent. Elle est juste bien. Paisible.

La neige tombe, le ciel est lourd derrière la fenêtre, mais pour elle la vie est douce et chaude alors que le livre lui raconte d’autres vies, des ailleurs qui font rêver.

Changer, pourquoi faire ?

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Et il faudrait qu’elle change ? Qu’elle se vende et qu’elle demande ? Qu’elle accepte de n’être qu’à un seul ? Et il faudrait qu’elle se plie aux règles qu’ils fixent ? Non. La lectrice d’Eva Navarro n’est pas de celles qui changeront. Il y a trop longtemps qu’elle vit comme ça, qu’elle est bien comme elle est. Il y a trop longtemps que les livres ont pris la place des hommes qui veulent la modeler ou qui s’amusent à la jauger et à la juger. Il y a trop longtemps qu’elle est bien dans sa peau, dans sa vie, seule dans son grand lit. Il y a trop longtemps qu’elle est heureuse dans cette vie qu’elle a adoptée ou qui l’a choisie.

Elle ne changera pas de vie pour un baiser, le plus doux soit-il. Elle ne se laissera pas convaincre de partager le quotidien avec celui qui la mène parfois à l’ivresse. Elle ne se figera pas dans ce qu’eux souhaitent, espèrent et attendent. Elle sera ce qu’elle est, sauvage la plupart du temps. Ce qui dérange profondément. Et désobéissante. N’en faisant qu’à sa tête. Bien décidé devra être celui qui tentera de l’apprivoiser. Car vite fait, dès qu’elle sentira une quelconque pression sur elle, elle laissera tout en plan et retournera au pays des livres. Et en emportera quelques-uns à la plage où elle ira seule. Comme elle le fait depuis des années.

À cause d’Armando

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C’est grâce à Armando que j’ai découvert la harpiste californienne Carol Tatum et son album The Angels of Venice. Même si j’écoute toujours avec autant de plaisir et de ravissement « Wildflowers », la pièce par laquelle tout a commencé, j’ai un faible pour « Non Allegra » qui a la pureté du cristal. Et aussi pour ce que Carol Tatum a fait de « Nothing else matters » de Metallica: tout simplement séduisant.

Et si ce soir, tandis que je rêve comme tous les soirs, je me laisse bercer par la harpe de l’artiste de Glendale, c’est bien entendu en pensant à Armando que je le fais, lui qui m’a fait découvrir tant de musiques et qui m’a donné son amitié sans rien demander en retour. Auquel je pense beaucoup et à qui je vais écrire demain une longue, longue lettre. En écoutant Carol Tatum ou un autre artiste qu’il m’a fait découvrir en partage.

Et si un jour la page blanche ?

stephane_bulan

Et moi qui leur prête des vies, qui leur invente des histoires, qui sème au gré de mes trouvailles sur des pages et des pages, avide de les faire s’animer, de les raconter, de parfois me glisser en elles, de les partager, viendra-t-il un jour où elles se tairont, où je me retrouverai devant la page blanche, à ne plus être en mesure de les faire s’exprimer à travers moi ? Viendra-t-il un jour où je me lasserai de les voir prendre toute la place ou sont-elles devenues aussi importantes qu’une passion amoureuse qu’on nourrit jour après jour ?

À l’heure où la lectrice/écrivaine de Stéphane Bulan se trouve confrontée à cette page qui s’ouvre – la page de garde d’un livre ou celle qu’elle a à noircir de ses mots-, je me demande si ce jour viendra où je serai muette, dans l’incapacité de les raconter et de livrer leurs secrets.

Je n’imagine pas ce jour et pourtant il est possible qu’il arrive… Et s’il arrive un jour, ce n’est pas mon intérêt qui se sera perdu mais celui de mes lecteurs. Comme dans toute passion amoureuse, où quand un des deux quitte la scène, celui ou celle qui y croyait ne peut tenir bien longtemps sans objet de désir.

Non, je n’imagine pas ce jour. Car ce plaisir de partager mes lectrices n’est aussi vital que boire ou manger.

Une porte ouverte

markspain

Elle relit cette supposée dernière lettre de lui, incapable de se faire à l’idée que c’est effectivement la dernière, que plus aucune ne suivra, que l’échange est définitivement rompu. Pourtant, elle devra bien un jour ou l’autre accepter ce qui est, même si elle lui écrira une dernière fois, elle. Non pas pour le retenir dans cette histoire qui les a absorbés pendant près de deux mois. Non pas pour que ça redevienne comme avant. Ça ne pourrait plus, après une telle lettre. Mais parce qu’elle ressent en elle ce besoin d’aller jusqu’au bout et de faire le bilan de cette liaison passionnée, épistolaire comme réelle, qui a laissé à sa peau et à son âme des traces indélébiles. Parce qu’il lui faut l’écrire, qu’elle ne sait faire que ça, écrire. Et désirer.

La lectrice de Mark Spain qui a su se dire grâce à lui ne pourra se taire que quand elle se sera exprimée une dernière fois. En laissant la porte ouverte à la vie qui se charge parfois d’éclairer les zones d’ombre.

Celle qui lit devant le feu

achilleformis

Elle se sèche tranquillement devant le feu. La vie est douce pour la lectrice d’Achille Formis en cet après-midi de congé. Il y a l’hiver dehors, mais elle est au chaud et elle se laisse vivre.

Rien ne saurait la déranger. Ces instants sont à elle.