Commentaires récents
Admin:
Archives:
La cicatrice

beckwith 2

beckwith 3

La blessure cicatrisée, on oublie la douleur.
[ Proverbe chinois ]

Combien de fois enlèveront-t-elles la gale alors que la cicatrice commence à se faire ? Combien de fois rendront-elle la plaie vive ? Combien de fois les lectrices de James Carroll Beckwith, alors qu’elles réussissaient à vivre à nouveau, vont-t-elles regarder derrière elles et relire ad nauseam des lettres? Combien de fois ? Autant de fois que nous le faisons tous, probablement. Souvent volontairement, surtout quand la douleur est omniprésente parce que récente. Puis de moins en moins consciemment, mais avec régularité, comme pour se prouver qu’on a vécu.

Elles n’en sont pas encore là. Que l’une soit assise dans ce jardin qui lui rappelle combien il avait hâte à l’été pour le partager avec elle ou que la nuit, l’autre sorte chacun des billets qu’il laissait traîner, elles ne font qu’attiser la douleur de l’absence. Et sûrement qu’elles le savent. Comme elles savent aussi que la mort leur a enlevé celui qu’elles aimaient et qu’il ne reste que des mots sur du papier pour leur rappeler qu’il les aimait.

Un jour, elles n’ouvriront plus la paie. La fiancée comme la sœur la laisseront se cicatriser. Et peut-être, oui, peut-être oublieront-elles la douleur.

En flagrant délit de bonheur

melanie c thomas

Prise en flagrant délit de bonheur, la petite lectrice de Melanie C Thomas va conserver la pose pour toujours. Pieds nus, allongée sur le ventre, avec pour seul compagnon un livre, elle ne demande rien de plus. Et ainsi figée, elle est plus vivante que bien des gens que nous croisons, éteints parce que peut-être ils n’ont jamais ouvert un livre. Et ainsi moulée dans le bronze, elle est la vie.

Des jours, des semaines…

abbéma 1

abbéma 2

Il y a des jours, peut-être même des semaines entre le moment où elle a décacheté la lettre et celui où elle se décide à donner une réponse à la missive. Entre les deux, des heures et des heures à relire cette lettre, à chercher de quelle manière y répondre, à ouvrir des livres pour y trouver une phrase qu’elle pourrait citer et qui à elle seule dirait tout, mais sans succès. Des heures à laisser aller la plume sur le papier pour écrire autre chose que cette lettre.

Et alors qu’une fois de plus, la lectrice de Louise Abbéma s’est assise devant les feuilles, convaincue qu’elle va enfin réussir à trouver les mots justes, la plume reste suspendue. Peut-être faudra-t-il encore des jours, des semaines, pour qu’elle en finisse avec cette lettre ou qu’elle choisisse de ne pas y répondre.

La lectrice sur sa chaise

earnshaw

Alors qu’elle lit, nue, dos à la porte, elle repense à toutes ces fois où il l’a trouvée ainsi, à toutes ces fois où il a embrassé sa nuque alors qu’elle tournait les pages, à toutes ces fois où le livre est tombé par terre. Et la lectrice de Neville Earnshaw songe à combien était doux ce désordre occasionnel, à combien elle aimait les mains de son amant sur sa peau, à combien elle aimait retrouver ses livres quand il repartait dessiner.

Leurs peaux ne se mêleront plus. Mais restera gravée cette image de celui qui arrivait derrière elle pour tout bouleverser. Mais restera cette image, car elle ne se décide pas à changer l’angle de la chaise.

Écrire dans la pénombre

anschutz

Comme la lectrice de Thomas Pollock Anschutz, je déserte mes livres pour écrire. Comme elle, je n’éclaire pas beaucoup la nuit tombée pour ne pas troubler l’ambiance feutrée qui règne et à laquelle je suis sensible. Je suis dons dans une demi-pénombre quand j’écris le soir, même si je sais que ce n’est pas une bonne chose pour la vue, mais une excellente pour l’inspiration. Un éclairage brutal enlèverait beaucoup de plaisir à la chose, je crois. Comme si écrire s’adaptait à l’éclairage naturel.

Et si la pénombre me sied, avec un minimum de lumière, la clarté du jour me va tout aussi bien, même si cela veut parfois dire un ciel gris. Ou noir de l’orage à venir.

Ce que j’aime, c’est l’idée que le ciel, qu’il soit clair ou qu’il soit sombre, m’inspire différemment, mais m’inspire et ce, presque toujours. Et je constate que ce n’est pas tant la pièce qui a besoin d’être éclairée, mais la feuille sur laquelle l’encre glisse.

Le soleil sur la peau

hung1

hung 2

hung 3

hung 4

hung 5

Elles sont nues ou toujours presque nues. Le soleil caresse leur peau, alors qu’elles lisent dehors sous l’œil de celui qui les peint. Les lectrices de William Shih-Chieh Hung se laissent regarder, se laissent peindre. Elles lisent, c’est là tout ce qui compte pour elles.

Privilège de lectrice qui pose

louis dulongpré

Les pages du livre de la lectrice de Louis Dulongpré semblent vierges. Est-ce qu’il s’agit d’un carnet dans lequel elle prend des notes ou alors de pages blanches qui séparent parfois deux chapitres? Ça fait partie des choses qu’on ignore et auxquelles on peut donner l’interprétation qu’on veut. J’opterais tout de même pour la seconde option. Pour la simple et bonne raison qu’elle a bien voulu relever les yeux et regarder le peintre, seulement le chapitre fini, et pas avant. Poser oui, mais ne pas abandonner un chapitre avant la fin. Privilège qui semble lui avoir été accordé.

Un de mes classiques incontournables

crime_of_the_century

J’ai commencé par m’allonger en rentrant. Je crois que c’est exactement ce dont j’avais besoin. À dire vrai, le nombre de documents qui sont passés entre mes mains, et sur autant de sujets, est effarant. Une journée à donner le tournis. Dormir ne serait-ce que deux heures a remis mes idées en place, si bien que je me suis fait à souper et que j’ai trouvé ce qui allait me faire plaisir ce soir, en dehors de raconter quelques lectrices choisies au hasard.

Et ça s’est fait tout seul. Le CD de Supertramp s’est imposé comme choix de la soirée. Et pas n’importe lequel. Crime of the century, celui auquel je reviens toujours. Celui de mon adolescence sur lequel il y a « School » et « Hide in your shell ». Des classiques incontournables. Bonheur du jour.

Celle qui aime la peinture

paul hedley

Elle est entourée de tableaux, le mur en est couvert. Et la lumière qui entre va graduellement les éclairer, les faire vivre tout comme elle embellit la lectrice de Paul Hedley qui a intentionnellement installé son sofa près de la fenêtre pour profiter de celle-ci.

J’aime qu’elle ait ce sens de la lumière, autant pour éclairer les tableaux que pour lire. J’aime qu’elle aime ce que j’aime. Je ne serais donc pas surprise qu’il y ait quelques notes de musique et une odeur de café pour compléter la scène.

La couverture

mose bianchi

Elle est allée chercher la couverture dans l’armoire et s’est installée au salon tandis que tout le monde dort encore. C’est son petit bonheur à elle, cette heure d’avant le jour, comme beaucoup de lectrices que le quotidien bouscule et qui ont ce besoin en elle des mots. Comme beaucoup de lectrices qui n’ont que cette heure-là à elles. Et la lectrice de Mosè Bianchi en profite. Et probablement parce qu’elle a ce moment à elle, à elle seule, est-elle en mesure de ne pas se laisser atteindre par les changements de programme, par les imprévus, par ce qui dérange, parce que viendra ce moment où elle aura ce petit plaisir qui lui permet de vivre avec le reste, dans une vie où elle doit parfois s’oublier.