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Le livre fermé

ann brockman

Elle a fermé le livre.

La lectrice d’Ann Brockman est songeuse face à l’issue choisie par l’auteur. Elle avait imaginé quelque chose de plus renversant, de moins banal. Elle attendait une chute qui n’est pas venue. Et pourtant, elle en avait imaginé plusieurs, se disant que dans le lot il y en aurait bien une qui allait être la bonne.

Mais non. L’auteur a choisi une autre voie. Et d’une certaine manière, elle est déçue. L’issue a trop de ressemblance avec sa vie à elle et si peu avec avec les envolées romanesques qui ont précédé celle-ci. Dommage.

La rencontre d’une lectrice

vittorio matteo corcos

Celui que la lectrice de Vittorio Matteo Corcos attend à la gare n’a rien d’un homme ordinaire. Enfin, pour d’autres peut-être, mais pas pour elle. Celui qu’elle attend est le compagnon de ses jours et de ses nuits depuis quinze ans, celui qui l’inspire, celui qui a dirigé sa vie sans le savoir vers des études littéraires, puis vers le métier de journaliste littéraire. Celui que la lectrice attend vit en ermite depuis vingt ans, ne voulant rien savoir de la presse, des salons du livre et du vedettariat. Il n’a que des mots à offrir.

De plus, il n’aime pas ces psychanalystes de pacotille qui se disent chroniqueurs littéraires et qui préfèrent les anecdotes sur la vie personnelle des auteurs à la littérature elle-même, parce que ça se vend mieux.

Le sortir de chez lui est sûrement un exploit. Le résultat d’années de correspondance où il a lu son travail, où il a constaté qu’elle était d’une race à part. Or, elle n’a jamais demandé à le rencontrer. C’est lui qui l’a fait, curieux de donner un visage, une voix et des gestes à la plus fidèle de ses lectrices et sa seule correspondante.

Et la lectrice attend. Quelques-uns des livres qu’il a écrits sont posés là, pour qu’il la reconnaisse.

Le premier tome d’une saga

chudnovsky

Plus que quelques pages et la lectrice de Pavel Chudnovsky aura terminé ce roman qui la ravit. Elle a eu beau étirer, faire des pauses, lire le plus lentement possible, elle a tout même avalé goinfrement page après page.

Vivement la suite qui l’attend à la librairie.

Mais d’abord, profiter de ces dernières pages, savourer le café, caresser les chats, rêver. Vivre, quoi. Plus que quelques pages et une nuit pour imaginer la suite. Demain, elle ira chercher le deuxième tome de la saga.

La ballerine

aldo gaverini

Que lisent les ballerines ? On peut se poser la question en contemplant la lectrice d’Aldo Gaverini qui, avant que la leçon ou la répétition ne débute, ne se mêle pas aux autres, préférant son livre aux conversations. Lit-elle quelque chose sur la danse ou autre chose ? La seule chose qu’on sache, c’est que cette lecture la passionne, et cela sans aucun doute. Tout dans son corps penché sur le livre, dans ses doigts qui tournent les pages, dans ses yeux écarquillés, indique à quel point elle aura du mal à abandonner le livre qu’elle tient pour quelques pas de danse, malgré son amour tout aussi grand pour le ballet.

Pendant que les enfants dorment

susan macdowell eakins

Comme il fait bon de lire à cette heure où tout est tranquille. La lectrice de Susan Macdowell Eakins le sait, elle qui en profite avant que la marmaille ne soit debout. Elle n’aura alors plus une minute à elle entre les repas, les lessives, les devoirs, celui qu’il faut mener là, celle qui veut des tresses et l’autre qui est à la recherche d’un bouton de la robe de sa poupée et qui pleure qu’il soit perdu.

Mais les enfants dorment encore, elle peut jouir du calme, elle qui ne pourra toucher à son livre avant le lendemain matin, puisque le soir, après une telle agitation, elle s’endort sans être capable de lire.

Puissent-ils rester encore un peu plongés dans le sommeil afin qu’elle puisse se laisser porter par quelque aventure. Le plus longtemps possible.

La petite lectrice chez son grand-père

adelaide claxton

La petite lectrice d’Adelaide Claxton a tout pour me plaire, mais vraiment tout. Elle est assise dans une pièce qui tient lieu de bibliothèque, dans une pièce où il y a tant de livres qu’il y en a par terre et sur la chaise. Une bougie sert d’éclairage aux éléments importants, à savoir le visage de la lectrice et le livre.

J’imagine celle-ci chez son grand-père qu’elle vénère et qui a pour elle plus d’affection que pour n’importe lequel de ces petits-enfants qu’il trouve trop turbulents et irrespectueux envers ses livres, alors que sa petite liseuse chérie, comme il l’appelle peut-être, est la seule à être autorisée à entrer dans ce lieu qui est le sien. Le vieil homme qui, toute sa vie, a lu, a amassé des bouquins – des ramasse-poussière, disait son épouse -, a trouvé chez cette dévoreuse de livres sa descendance, celle qui sera la gardienne des livres.

Ce ne sont pas un spectre et un chat noir qui vont la déranger dans sa lecture, elle est bien trop absorbée pour ça. Et si quelqu’un entrait, ce ne pourrait être que son grand-père, sur la pointe des pieds, pour la regarder avec amour.

Doux réveil

hang nguyen

Alors qu’il est un peu plus de quatre heures du matin dans mon corps et une de plus à l’écran de l’ordi, jusqu’à ce que je me fasse à l’idée qu’on a perdu une heure au cours de la nuit et que je change les paramètres ici, je trouve un magnifique billet de Richard sur En Vrac et sans Trac.

Lui que j’aime beaucoup lire et que je vous invite à aller visiter a écrit quelque chose de très beau à mon intention. Je répondrai tout simplement en lui offrant ce lecteur de Hang Nguyen pour lui dire que les lecteurs sont bienvenus au pays des toiles de lectrices – de plus en plus nombreuses – de ce blog.

Ce n’est pas parce que je néglige les toiles représentant des lecteurs au profit de tableaux illustrant celles-ci qui ont tant inspiré que je n’espère pas avoir quelques lecteurs !

Puisse cette journée être belle pour vous tous. La mienne est déjà belle, grâce à ce billet de Richard. Peu importe ce qui pourra arriver au fil des heures.