Commentaires récents
Admin:
Archives:
juin 2006
D L M M J V S
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930  
Strasbourg pour Liliane

st1

Je suis ces villes parcourues trop rapidement ou en y flânant. Je suis ces rues, ces quartiers d’ici. Je suis tous les parcours de ma mémoire et de mes souvenirs à construire. Je suis le fleuve de ma ville natale, je suis le lac auprès duquel mon grand-père a grandi, je suis un peu de ces océans où j’ai trempé les pieds.

Je suis le vent de Bretagne, celui d’Ostende, de Provincetown et de Marseille. Je suis le coucher de soleil sur Santa Barbara, sur la vallée de Martigny et sur Oxford. Je suis faite de tout ça, de toutes ces traces sur ma peau, de toutes ces odeurs, de ces couleurs.

Je suis faite de ces détails qui ont embrasé mes sens.
Je suis tantôt ici, tantôt là-bas. Et je me promène dans ma mémoire, suscitant là une émotion, une image, une impression que je tente de révéler. Mais je ne serai jamais objective. Il y a trop de moi dans mes histoires pour que ça le soit.

Et ce soir, je me revois à Strasbourg. Bientôt 25 ans depuis cette première fois et la seconde n’a été qu’un arrêt vite fait à la gare. Mais mes souvenirs n’ont pas vieilli. Je revois les maisons à colombages comme si je les avais quittées hier. Je ferme les yeux et j’ai sur la langue le goût de la tarte à l’oignon, mangé sous un chapiteau, à la sortie de la ville. Dommage de ne plus avoir de nouvelles de Liliane, alors qu’en 1983 j’étais à son mariage.
Il y a tant de gens dont j’ai perdu la trace, mais que je devrais me donner la peine de retrouver.

Et si j’en faisais le projet de mon été ? Retrouver Liliane… et Jane, Iona, Marie-Christine, Chantal, Anne-Françoise, Florence…

st2

Oui, Liliane, pour ce jour de juillet, là, juste là, dans ce paysage que je n’oublierai pas.
Pas plus que je ne l’oublierai elle.

Verheggen, poète surréaliste et homme de scène

verheggen

J’avais lu des extraits ici et là. Et aussi des articles sur le coloré personnage qu’est Jean-Pierre Verheggen.
Je connaissais l’insolence et le surréalisme — tout à fait belge — du poète. Je savais les mots qui déboulent, les constructions et déconstructions, mais je ne savais pas l’homme, le poète.

J’avais lu, mais non pas entendu.
Or, Verheggen doit être lu à haute voix et écouté.
Et si, comme moi hier soir, à l’occasion du Marché de la Poésie, on a l’occasion d’entendre le poète en personne jongler avec ses propres mots, s’en délecter et nous en délecter, on en redemandera. Car l’homme en impose avec sa voix forte et pleine de nuances; car le poète aime tant les mots qu’il nous les livre en pâture avec force clins d’œil.

« Calembourateur », lit-on souvent quand il est question de Verheggen. « Jouisseur de mots » aussi.
Mais ce que j’ai lu de plus sympathique est ceci : « grand-oncle de Sttellla ». Il faudra bien que je vous parle de ces joyeux lurons qui forment Sttellla. De ce weekend chez Patricia et Jean-Marc, où j’ai découvert ces fous des jeux de mots. L’alliance Verheggen-Sttellla me plaît. Mais voilà une autre histoire.

Verheggen est depuis longtemps et bien avant eux un fou des mots, du langage, du sens et du contre-sens. Jouer avec les mots est une chose. En jouer avec intelligence est bien autre chose, et plus rare. Et surtout pas chose facile, comme certains se plaisent à le laisser entendre.

C’est comprendre et aimer ça quitte à avoir l’air d’avoir trop soufflé dans l’encrier du nec sous-ultra! – et, dans le même temps, c’est accomplir, ce geste insensé, de noria dans le nada ! C’est accomplir l’inlassable monotonie résistante de cet acte fou!

Ainsi Jean-Pierre Verheggen parle-t-il de l’écriture dans Artaud Rimbur. Mais ce n’est qu’une entrée… Plus vous en goûterez, plus vous en voudrez de ce Verheggen, glouton des mots. Et puissiez-vous un jour le voir sur scène s’animer. Une intensité telle, c’est rare et précieux.

La petite sirène de Solvang

sirenesolvang

Je n’ai pas vu Copenhague, pas vu sa sirène, souvent vandalisée, parfois volée.
Mais j’ai vu l’autre sirène, celle dont on ne parle pratiquement jamais, parce que ce n’est pas LA sirène de Copenhague, même si elle en est la réplique parfaite.

Celle de Solvang, village danois en pleine Californie, existe pourtant. Elle constitue quasi à elle seule la fierté de cette communauté pourtant imprégnée par ses racines.

solvang

Moulins à vent, architecture, pâtisseries, costumes folkloriques, assez pour que les Danois en visite à Solvang disent que ceux de Solvang sont plus danois que les Danois.

solvang2

Autant c’est joli et agréable de se promener dans cette fausse ville danoise, puisqu’elle en possède les caractéristiques exportables et surtout vendables – donc touristiques à souhait -, autant je me demande comment, en mettant l’accent sur ses origines, le nouvel arrivant s’intègre à sa nouvelle vie. Comment peut-on être à la fois Californien et Étatsunien en vivant dans un monde décoratif ?

Je ne dis pas qu’il faille gommer ses origines. Loin de moi, cette idée, au contraire.
Mais je reste mitigée. Faut-il aller jusqu’à Solvang pour savoir que des gens venus du Danemark se sont installés aux États-Unis ou y a-t-il ailleurs en ce pays quelques traces qui l’indiquent ?

Solvang donne l’impression d’une part d’une attraction touristique très réussie et d’autre part d’un ghetto. Deux choses que, foncièrement, je n’aime pas. Et pourtant, j’ai aimé les quelques heures passées sur place. Probablement parce que j’avais 17 ans, que l’Europe que je ne connaissais pas encore venait à moi de cette façon quelque douze ans après l’expo de 1967. Probablement aussi parce que je n’avais pas encore assez lu ou vu du pays pour que je puisse émettre une telle opinion.

Solvang, arnaque ou ghetto ? Un peu des deux et même davantage ? Je me demande bien ce qu’en penserait Hans Christian Andersen.

Forcément suspecte

tablette

Je ne comprends pas toujours comment fonctionne la société dans laquelle je vis. Où quand tu dis que tu vas voir un film ou écouter un artiste, on te demande avec qui, et non pas le titre du film ou le nom du chanteur. C’est étrange, tout de même.

Et si on dit que personne ne nous accompagne, il faut voir les regards.
Car c’est dérangeant toutes ces personnes seules qui vont voir des choses. Suspect, même.

Et vient la sempiternelle et bête question. Il y a de beaux hommes là-bas ? Mais qu’est-ce que j’en sais et quelle importance ? Un récital de poésie, ce n’est pas une partie de chasse, pas plus qu’une salle de cinéma n’en est le terrain. Je ne porte pas de tenue de dragueuse – je n’en ai pas, justement – et où que j’aille je ne cherche pas l’aventure, enfin pas celle à laquelle les gens font référence.

Arrêteront-elles un jour ces questions ? Me demandera-t-on si j’ai aimé ma soirée et non pas s’il y avait des spécimens masculins intéressants ? Tout de même, ça n’a pas de sens cette obsession autour du chiffre deux… Ou ai-je tout faux ?

Belgique passion

belg_

Il y a un an, je ne rêvais que de Belgique. J’avais le nez dans les guides et je lisais des romans belges. Je traversais le pays le doigt sur les cartes et j’allais de site en site sur le net. Je me gavais de tout ce qui était belge, je préparais avec minutie et passion ce qui allait être un voyage marquant.

Et la Belgique a été à la hauteur de mes espérances, et même davantage, puisqu’elle ne m’a jamais quittée. Un an plus tard, je lis toujours les auteurs belges, je poursuis ma quête inlassable à travers la musique, la poésie, la peinture. Jamais repue, toujours plus avide.

Les amitiés nouées avant le départ sont, pour la plupart, devenues plus fortes, et de plus, indéfectibles. D’autres, depuis, se sont tissées. Et toutes ces amitiés m’incitent à rêver à nouveau, à me dire que j’ai devant moi un an pour préparer un nouveau séjour, puisqu’avec les imprévus de 2006, tout ça est bel et bien reporté. Il n’y aura pas de traversée en juin cette année. Mais il y aura pour la prochaine année des livres, des fous rires sur MSN, des courriels, des photos.

J’ai vécu tant d’émotions en un an. Mais reste encore cette passion non assouvie pour la Belgique.