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Un peu d’Afrique à Montréal

mamadou

Le soleil qui entre dans mon bureau alors que je bois mon premier café du matin me rappelle celui de dimanche soir sur la scène multiculturelle des Francofolies, alors qu’Africains et autres avaient envahi la rue Ste-Catherine pour entendre résonner un instrument méconnu aux sons mélodieux.

Mamadou Diabaté fait de la musique comme certains écrivent des poèmes. Issu d’une tradition musicale qui date de sept siècles, le joueur de kora malien, qui vit maintenant aux États-Unis, s’était entouré pour l’événement d’un contrebassiste de Brooklyn et d’un percussionniste guinéen.

Il raconte en musique l’Afrique, et le Mali surtout, et la vie, et l’essentiel. Un long poème harmonique en nuances et vibrant. C’est la seule image qui me vient en tête pour raconter ce moment de plaisir en compagnie de ce virtuose qui tient son instrument dans ses bras comme d’autres tiennent une femme, amoureusement.
Un grand moment.

Mes hanches se balancent encore.

Cuisine indienne à défaut de musique

korma

À quoi bon une grande scène si c’est pour y asseoir sa nonchalance ? Pour quel usage un tel espace si c’est pour ne pas l’habiter ?

C’est cette question qu’on se pose devant un Bazbaz quasi ennuyé d’être là, dérangé de surcroît à l’heure de l’apéro, qui aligne ses chansonnettes sur fond de reggae en tapant du pied.

Il est dommage de le voir aussi peu là, quasi absent, même s’il s’extasie volontiers du beau temps. Comme si visiblement il avait envie d’être ailleurs. Mais il tient le temps, assis devant son clavier – il ne se lèvera qu’une fois, sans grande conviction -, entre un guitariste non moins assis, à peine moins blasé et un batteur qui tente du mieux qu’il peut de mettre de l’ambiance, à lui tout seul.

Bazbaz est il un homme de la nuit à qui le 18h-19h ne convient pas ? Va savoir.

Nonchalance est bien le mot pour décrire l’artiste comme sa performance monocorde. Tout ça manquait de passion, de conviction, de présence, de chaleur, hélas.

Et quand s’est clos le spectacle de Bazbaz, sous des applaudissements et quelques ENCORE, je me suis dit que j’avais dû rater quelque chose, qu’il aurait mieux valu fermer les yeux pour échapper au visuel inexistant, ce que d’autres ont peut-être fait, d’où leur enthousiasme.

Bazbaz ne nous a pas montré la bête de scène qui sommeille – peut-êtrre – en lui. Il a choisi la facilité d’enchaîner quelques chansons – qui se ressemblent décidément beaucoup les unes les autres – au détriment d’un vrai spectacle… qui n’a jamais eu lieu.

Je ne conserverai pas un souvenir marquant de ce show de chaises. Tant pis. Demain est un autre jour, un jour sous le signe de Da Silva.

Et pour l’heure, je me régale d’un poulet korma, non pas pour effacer les traces – inexistantes – du passage de Bazbaz, mais pour me faire plaisir. Parce que j’aime la cuisine indienne. Parce que j’aime la cuisine… tout court.

Qui n’essaie rien n’a rien

sk

Je n’imaginais pas que la réponse viendrait si vite. Quand j’ai trouvé hier sur le net François, le frère de Christine, ma correspondante bourguignonne un peu négligée, et surtout une adresse électronique où je pouvais rejoindre le vignoble de celui-ci via un autre site, je n’imaginais vraiment pas trouver au réveil quelques lignes de Christine, en réponse de celles envoyées à François hier.

Et pourtant… Il y a une Lali qui a les yeux qui brillent ce matin en prenant son café. Qui se remémore la rencontre à la gare de Dijon en 1981, le repas en famille, la dégustation dans les caves, Beaune et Nuits-Saint-Georges et la verte Bourgogne et les cerises blanches du jardin… Et l’année suivante, la fête à Tournus pour souligner la fin du bac autour d’une omelette aux pommes de terre géante pour nourrir toute la bande des copains de Christine. Et il y a quelques années, quinze peut-être, ce souper mexicain à Montréal.

Et ce matin, tout cela remonte à la surface: ce n’était pas bien loin, je l’avoue.
Et comme c’est bon de retrouver Christine.
Et je vais toutes les retrouver, toutes. Foi de Lali.

Marco Calliari l’homme de tous les styles

calliari

La lingua italiana è la lingua dell’ amore, c’est bien connu. Mais grâce à Marco Calliari, c’est aussi la langue de la valse, du reggae, de la bossa nova, du hit de Nino Rota revisité, de Gainsbourg, du fameux Dixie de Serge Fiori, de la tarentelle et du heavy metal dont il est issu. Il l’a bien prouvé ce soir alors qu’il a envahi une des scènes des Francofolies. Et envahi est un faible mot: il était partout.

Che regalo, quel cadeau que ce spectacle de l’homme de tous les styles qui s’en donne à cœur joie de tout ré-inventer, en italien s’il vous plait. Et avec un style qui est bien à lui, même si très italien, pour notre plus grande joie, dans un Sono italiano qu’il fait sien.

Homme de fête, homme de racines qui parle des siens et de ses origines avec amour, Marco Calliari est aussi celui de Solo, une magnifique chanson toute douce et empreinte de tristesse.

Mission réussie pour l’ex-métal: il a séduit une foule à moitié conquise dont il lui restait l’autre moitié à faire danser. Ce qu’il a fait.

Chapeau à la grande Sophie!

lagrandesophie

Il fallait être là, sous une pluie incessante avec un vent qui dirigeait celle-ci vers la scène, pour comprendre le sens de GRANDE devant cette Sophie déchaînée et ravie d’être là, aux Francofolies de Montréal, devant quelque 300 à 400 dingues encapuchonnés et munis pour la plupart de parapluies.

Seule une artiste respectueuse de son public ayant bravé des conditions atmosphériques exécrables, sous un chapiteau qui prenait l’eau, peut porter le nom de GRANDE. Seule une passionnée, une généreuse, comme cette Sophie, peut porter le nom de GRANDE. Et tous ceux qui étaient là vous le diront: ce n’est pas n’importe qui cette Sophie.

Une grande artiste dont les pas de danse faisaient gicler l’eau partout, une musicienne qui devait sans cesse essuyer une guitare trempée, une bête de scène avec pour complices des musiciens, une équipe scénique et un public comblé. Voilà qui est cette grande Sophie qui nous en a mis plein les yeux, plein la tête, plein les jambes.

Chacun est reparti transi mais le cœur tout réchauffé par ce partage et cette amitié. Par ce spectacle, et par les qualités tant musicales qu’humaines de cette sautillante chanteuse. Celle qui nous a donné une heure de bonheur en ce samedi pluvieux de juin se souviendra toujours de cette soirée, comme ceux qui y ont assisté.
Il y avait plus que de la magie. Il y avait la fête. La vraie. Celle de la musique et des mots. Et une GRANDE artiste au rendez-vous.

À qui on a envie de souhaiter qu’elle continue de chanter:
Je ne changerai jamais
Je n’oublierai jamais
Ce que je suis
Ce que je fais
Ce que je sais

Message important

bj

Voilà ce que je vous souhaite.
La mienne sera formidable: j’en passe la majeure partie avec ma filleule. Et bien entendu, j’ai encore dressé un programme d’enfer. Une exposition de photographies en 3D des toits de Montréal; une promenade sur l’avenue du Mont-Royal; un spectacle du bluesman originaire de Vancouver Dan Livingston, si on ne s’attarde pas trop en route; et une poussée du côté des Francofolies pour aller écouter Viviane Audet. Petite bouchée et je mets Ève dans le métro afin qu’elle soit à temps pour le concert de piano d’une de ses amies. Et moi, je reste sur place, je croise les doigts pour que ce ne soit pas le déluge et je me prépare au spectacle de la grande Sophie.

Vous voyez bien que ce sera une bonne journée.
Il y aura des arts et ma filleule. Je ne peux demander mieux.

Pas étonnant que j’aie ce sourire qui va jusqu’aux oreilles.

Plaisir d’été

icrecreamsandwich

J’aime cette liberté qui est mienne.
Celle de ne pas me rapporter, celle de n’en faire qu’à ma tête, celle de ne pas constamment plier, celle de pouvoir improviser. Je n’arriverais plus à vivre autrement. Impossible d’imaginer que je pourrais partager mes oreillers, que je finirais par m’écraser devant la télé. Impossible même d’imaginer que je pourrais calquer mes pas à ceux d’un autre. On dirait de la science-fiction.

Je ne me pose même pas la question de savoir si ça serait meilleur à deux, même si on me dit que c’est le cas. Or, sincèrement, je ne vois pas, mais vraiment pas en quoi mon sandwich à la crème glacée, délice de ma soirée de célibataire et clou de ma promenade sous la pluie, pourrait s’avérer meilleur. Rien à faire, je ne comprends pas. J’ai pourtant tourné le sandwich dans tous les sens, passé la langue sur la glace qui fondait, croqué dans le biscuit et léché mes doigts. Je ne vois pas ce que le partager aurait changé. Il n’aurait vraiment pas été plus savoureux, plus chocolaté, plus vanillé. Et peut-être qu’on aurait volé ce qui aurait coulé sur mes doigts, ce n’est pas de jeu.

Vive la liberté.
Et les sandwichs à la crème glacée à moi toute seule. Non, décidément, ça ne se partage pas.

Une lectrice voyageuse

cunnigham

J’aime cette sculpture d’Ann Cunningham. Qui semble directement tirée d’un livre pour enfants et qui, pourtant, raconte à elle seule, la grande histoire du livre, celle qui dit que lire c’est comme partir en voyage.

Tout ça est juste, et ce n’est pas moi qui m’opposerai à cette affirmation. Au contraire. Car j’aime trouver dans ce personnage inspiré qui tient le livre le calme de celle qui se laisse porter par les flots vers une aventure dont elle ne sait rien. J’aime aussi trouver dans cette solide barque le moyen de transport qui mènera notre lectrice à destination.

J’aime que lecture et voyages aillent de pair. J’aime les voir réunis dans la pierre, eux qui pontuent et modulent ma vie. J’aime qu’Ann Cunnigham, dont je ne sais rien, dont je ne connais que cette sculpture, ait su créer cette lectrice voyageuse qui m’inspire des voyages et des histoires.

Les mots qu’on apprend à 10 ans et qu’on n’accepte jamais

afr

C’est là-haut, dans ce qui a dû être un entrepôt, qu’on les a cachés. C’est par un escalier planqué derrière une bibliothèque qu’on accédait à l’annexe. C’est là, derrière ces fenêtres dont on se tenait loin, qu’elle écrivait des contes et qu’elle découpait des photos d’artistes des magazines que Miep lui glissait en douce en même temps qu’elle apportait de quoi approvisionner huit personnes.

C’est là, dans Amsterdam occupé, qu’elle a tenu jour après jour ce qu’on pourrait appeler aussi un journal de guerre, son journal intime. Des pages qui, depuis 1947, ont fait le tour de monde.

Bien qu’expurgé par Otto Frank, qui n’a pas voulu montrer au monde l’entièreté de sa fille cadette, les désirs de celle-ci qu’il a jugés « indécents » et la mésentente ponctuelle mais profonde entre les deux sœurs, le journal d’Anne Frank a marqué la vie de tous ceux qui l’ont lu. Il est de ces livres qui bouleversent, puisqu’il faut trouver un verbe et qu’il y en aurait cent des verbes qui pourraient dire l’effet de ces confidences.

J’avais 10 ans lorsque j’ai lu pour la première fois le journal. C’était à la fin du mois d’août, juste avant que l’école ne recommence, juste avant que je passe outre la rentrée scolaire à cause d’une mononucléose.

C’était le dernier été de mon grand-père, mais nous ne le savions pas.
Ce livre a été le dernier que j’ai partagé avec lui. Il a sorti sous atlas, m’a montré Amsterdam sur la carte, et puis Francfort qu’avaient fui les Frank dans l’espoir d’une meilleure vie, et puis Bergen-Belsen, le camp où elle avait trouvé la mort peu de temps avant la libération de celui-ci. Et il me racontait, me livrait en vrac Hitler, Churchill, le général de Gaulle, Mackenzie King qui déclare la guerre à l’Allemagne, et puis l’holocauste, et puis, et puis tout, même si j’avais 10 ans.

C’est à 10 ans que je suis sortie de la fiction pour entrer dans l’Histoire. C’est à 10 ans que j’ai décidé qu’il me faudrait un jour aller sur les pas de celle qui avait laissé sa vie aux mains des nazis, mais dont les écrits allaient pendant des années et des années initier des adolescentes à ce qu’ont été l’occupation et la deuxième guerre mondiale.

Je voulais aller sur place, voir de là-haut la vie qu’elle entendait derrière sa fenêtre. Je voulais marcher dans cette ville dont elle avait sillonné les rues avant de se retrouver en « captivité ». Et je suis allée voir la maison d’Anne Frank, un musée humanitaire dédié à l’holocauste. Il y avait une foule dense ce matin pluvieux et froid de mars 1985. Et pourtant. Et pourtant, le silence s’est abattu quelques minutes sur cette pièce qu’elle partageait avec le dentiste. Pendant quelques minutes, elle m’a fait partager chacune des photos épinglées au mur tandis qu’au loin sonnaient des cloches, celles-là même sûrement qui ponctuaient les heures de sa vie de clandestine.

Oui, pendant quelques minutes, 40 ans plus tard, elle est revenue. Ou du moins ai-je eu cette impression. Une impression si forte qu’elle a gommé toutes les autres. Une impression qui fait croire à l’immortalité, à cette vie après la mort qu’on nous vante, mais dont on doute.

S’il n’y avait pas eu ce livre offert par mon grand-père, s’il n’y avait pas eu ce qu’il m’a raconté et tout ce que j’ai pu lire depuis, s’il n’y avait pas eu Anne Frank, aurais-je eu autant de mal à supporter le racisme, me serais-je élevée très jeune contre toute forme d’intolérance ? Peut-être y serais-je arrivée en empruntant d’autres voies déjà largement tracées par des parents qui, ce même été qui s’est clôturé par le journal d’Anne Frank, m’initiaient déjà à ce qu’était le racisme. Il avait juste fallu une pancarte bien en évidence sur la porte d’un restaurant de New York pour que mes parents refusent d’entrer.

No barefoot, no dog, no Black.
Je ne comprenais pas trop. Pas de chemise noire, de souliers noirs ? C’est ailleurs, assis tranquillement dans un delicatessen, qu’on nous a expliqué à ma sœur et à moi. En vrac. Martin Luther King jr, John F. Kennedy, l’esclavagisme, Lincoln, et puis le Nord, le Sud, la guerre de Sécession, les guerres de religion… Et sûrement plus. Non, je n’allais jamais entrer dans un endroit où Black veut dire couleur de peau et non teinte de vêtement. Non, je ne tolérerais jamais que mon amie Soraya, dominicaine et foncée de peau, ne puisse fréquenter les endroits où moi je pourrais aller.

Cet été 1971 m’aura ouvert deux fois les yeux. D’abord sur le racisme : je n’avais jamais remarqué que la couleur de peau de mon amie puisse en faire une personne différente. Et ensuite sur la guerre. Elle n’est pas réservée aux soldats et les enfants meurent aussi.

Jamais je n’effacerai de ma mémoire la maison d’Anne Frank. Jamais je n’accepterai une pancarte comme il y en avait une à New York en juillet 1971. Et ne me dites pas qu’on ne parle pas de tout ça aux enfants de 10 ans.

À peine cinq heures…

volet

J’aime cette lumière du matin qui envahit la chambre, alors que la ville est à demi endormie. J’aime cette lumière qui entre dans toutes les pièces parce que je ne ferme pas les rideaux, parce que je ne descends pas les stores, parce qu’ailleurs j’oublie de fermer les volets.

J’aime ce soleil qui joue sur ma peau et qui éclaire mon bureau. J’aime lire les nouvelles, lire les courriels informatifs ou amicaux, en prenant un bol du café tandis que le soleil réchauffe mon épaule nue.

Mais je n’ai pas tous les matins ce plaisir. Il y a des matins gris, des matins sans lumières, des matins de nuage et de pluie, où la lumière ne se glisse pas jusqu’à moi. Et pourtant, je fais comme si. Je m’asseoie à ma chaise, là, juste en plein milieu de la pièce, où le soleil me darde dès 5 heures. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait pareil. Mais c’est un rendez-vous auquel je tiens. Même si celui avec qui j’ai rendez-vous est inconstant, même s’il fixe comme il l’entend ses heures, même si l’hiver il me fait attendre.

Nous avons un rapport privilégié. Je ne ferme pas les rideaux, je ne descends pas les stores, et ailleurs je laisse les volets ouverts. Il est chez lui, il entre quand il veut. Et je lui donne mon cou et ma joue. Nous sommes de vieux complices.