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Le Golden Gate s’endort

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Et si Nicolas Peyrac n’avait pas chanté So far away from L.A., me serais-je un jour intéressée à la Californie? Aurais-je eu besoin de voir le Golden Gate de près, de rouler dessus jusqu’à Sausalito, puis vers la vallée de Napa?

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Aurais-je mangé des crevettes dans un resto du Fisherman’s Wharf en regardant les voiliers sur la baie? Ou des plats chinois à Ghirardelli Square?

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Aurais-je cherché de l’information sur Alcatraz? Peut-être, mais bien plus tard, pas à 14 ans.
Par cette chanson et toutes les autres de Nicolas sur la Californie, c’est un monde qui s’est ouvert à moi. Polanski, le meurtre de Sharon Tate, Caryl Chessman. Mais aussi les villes. L.A., San Diego. Le Queen Mary.

Rarement suis-je entrée intimement dans l’univers de quelqu’un autant que lors de mon voyage en Californie où tout me parlait de Nicolas. Malibu et puis Bel Air, exit on Sepulveda, Ventura, le San Diego Freeway. Je suis allée sur ses pas. M’enthousiasmant devant le non-conformisme de San Francisco, ville de tolérance par excellence. Où on peut s’exhiber en costume de Superman sans se retrouver dans un asile. Puis, ahurie de rouler à tombeau ouvert sur Sunset Boulevard.

Autant la Californie a été mon premier voyage préparé de A à Z, autant il a été un voyage sur les pas de Nicolas. Et à quel point Nicolas a-t-il influencé mon amour pour les voyages, la culture, les chansons de Jacques Brel ? Je ne saurais le dire, mais je dirais beaucoup, sans me tromper.

Chacun des disques de Nicolas m’a fait découvrir un coin du monde. Colombo, les remparts de Gorée, Amsterdam, Manhattan, Bangkok.
Je me demande où il m’emmènera avec le CD qui sort dans quelques jours. C’est chaque fois une aventure.

Il fallait bien qu’un jour le Golden Gate s’endorme pour que Nicolas entre à petits pas dans ma vie.

J’en veux une !

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Je ne suis pas très branchée design et/ou décoration. Les courbes d’un sofa ne m’émeuvent pas; je lui demande seulement qu’il soit confortable et qu’il me laisse m’en extirper sans trop de mal. Je ne craque pas devant une table aussi jolie soit-elle, taillée dans un bois rosé ou dont la forme est originale.

Mais là… Coup de foudre ! Et c’est bien la première fois !
S’il est un meuble qui me ferait envie, c’est bien cette bibliochaise ! Je ne miserais sur son confort, mais quelle superbe idée ! Et rouge, en plus…

Quel bonheur cela doit être que de se retrouver ainsi assis au milieu des livres… Je m’imagine déjà la scène. C’est tout moi, ce fauteuil. Un meuble qui, à presque lui seul, constitue l’essentiel de mon univers !

Dites, ce n’est pas l’invention su siècle ? De l’année, alors ? Du mois ? De la semaine ? Du jour, à tout le moins. J’ai soudain l’humeur livresque plus que jamais !

Le pouvoir d’évocation de certains objets

bol

Le café est-il meilleur dans un de mes trois bols rapportés de Soufflenheim que dans n’importe quelle tasse ? Les objets n’ont le sens qu’on veut bien leur donner. Mais il est vrai que quand j’utilise un de ces bols, il goûte autrement. Il goûte Strasbourg et le château du Haut-Koenigsbourg. Il goûte la tarte à l’oignon mangée sous la tente. Il goûte le panaché, mélange de bière et de limonade pétillante. Il goûte le bonheur des fous rires avec Liliane, Alice et Élisabeth.

Il goûte aussi mai 1983 et le souvenir du mariage de Liliane. Moi qui tiens le parapluie au-dessus de sa tête avant d’aller reprendre ma place dans le cortège. Et ses souliers qu’on vend en faisant monter les enchères parce que la ouate à l’intérieur – horreur que des souliers neufs qui font mal un jour pareil – vient de Montréal.

Oui, les objets un pouvoir d’évocation. Peut-être pas tous, mais beaucoup. Et j’aime me rappeler mes deux séjours en Alsace quand je sors mes bols. Car je souris.

La chambre de Mona

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Voilà quinze ans qu’a paru le recueil de poèmes Ma chambre belge de Mona Latif-Ghattas. Et j’ai mis la main dessus par hasard: la mince plaquette s’était glissée au fond d’une tablette entre deux livres.

Exemplaire no.92 des 100 imprimés sur conqueror vergé. Cadeau de Mona. Qui ne pouvait savoir que c’est bien plus tard que ses mots me parleraient et livreraient leurs secrets. Que ce n’est que depuis quelques jours qu’ils révèlent leur profondeur. Même si j’avais été touchée au moment de ma première lecture.

Mona, la déracinée. Mona, l’Égyptienne exilée à Montréal. Mona, une nouvelle fois ailleurs, dans cette Belgique qui la séduit et la l’inspire.

Sur la carte de nos errances
Des continents s’étalent
Dans la lueur que leur inspirent nos voyages
imaginaires.
Des mers des terres et des pays
Prennent l’allure de nos rêves
Le temps d’un souffle de passage
Que l’on revêt d’éternité.

Les poètes ne sont que d’éternels errants.

Et Mona, la poète, raconte sa chambre belge, Bruxelles, Bruegel, les diamants d’Anvers et la collégiale d’Amay. Elle étale la Mer du Nord à pleines pages et glisse en douce ses chagrins et ses rêves.

Ma chambre belge est le havre de mon Europe
L’alcôve où je repose mon âme des volcans de l’Orient
Et des larges espaces de l’Extrême-Occident
où je me perds souvent par manque de repères.
C’est un petit panier de soie
Brodé de roses beiges aux dentelles de Bruxelles
Où je me cale paisiblement dans des cristaux de rêve
Comme si tout de la vie reste encore à venir.

Rarement des mots ont-ils autant de moi en eux.

Une série que je ne verrai qu’une fois

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Faut-il faire un vœu quand les aiguilles marqueront 1 heure, 2 minutes, 3 secondaires, le 4e jour du 5e mois de l’année 6 ? Une suite comme celle-là n’est pas à la veille de se répéter… mais de là à faire un vœu ? Sans y croire, juste pour le plaisir de la chose, pourquoi pas ? Et deux fois plutôt qu’une puisque l’heure fatidique a déjà sonné en Belgique et que nous avons Chantal, Carine et moi, décidé de faire un vœu.

Qu’adviendra-t-il de ce souhait du 1-2-3-4-5-6? Un souvenir? Une baliverne? Une réalité? Tout cela n’a aucune importance. Le moment et le jeu en avaient. Et nous nous sommes amusées. Voilà tout.

Car tous ces vœux que l’on fait, c’est d’une certaine façon sans trop y croire. Comme pour défier le destin. Par jeu. Souffler des bougies d’anniversaire en fermant bien les yeux pour que le vœu se réalise. Ne pas marcher sur les craques du trottoir, car ça porte malchance.

Ce souhait du 1-2-3-4-5-6 se réalisera-t-il ? Je n’y crois pas trop, voire pas du tout, mais j’ai aimé qu’à trois, des deux côtés de l’Atlantique, on fasse chacune un vœu. Juste pour le plaisir d’en faire un.

Lali et le ménage, ça fait deux !

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Je ne m’appelle pas Madame Blancheville. Je ne suis pas née avec un seau dans une main et un aspirateur dans l’autre. Je ne sais même pas où j’ai pu ranger le porte-poussière, mais j’ai dans le bas de l’armoire tous les produits possibles et impossibles pour le grand nettoyage du printemps. Auquel je n’ai nulle envie de m’adonner. Pas plus que je n’ai envie de tout épousseter, de tout récurer de A à Z.

Et pourtant, ce serait un mal nécessaire. Où que je regarde, il y a des piles en équilibre. Pas une pièce qui ne soit épargnée. Une tornade n’aurait pas fait pire. Et elle aurait soulevé la poussière au lieu de la laisser là, en évidence…

Mais dès que je m’y mets, je me laisse distraire. Par un livre qui traîne au milieu d’une montagne de papiers à trier. Par un dépliant publicitaire qui me parle d’ailleurs. Par l’arôme du café préparé pour m’encourager, mais qui m’incite à m’asseoir pour bien en profiter…

Dans une autre vie, il devait sûrement y avoir quelqu’un pour ranger derrière moi, pour balayer et plier les vêtements, pour faire la vaisselle et laver les vitres. Et dans la suivante, il y aura sûrement un robot pour tout faire ça, j’ai déjà passé la commande.

Je crois que c’est parce que je n’apprends rien en faisant le ménage que je n’arrive pas à m’y mettre, malgré le fait que je sois bien contente de moi quand je m’y mets et que je constate le résultat. Tout est plus invitant qu’une vadrouille ou une guenille. Marcher, lire et me promener sur le net me nourrissent le cerveau. Le ménage… vraiment pas.

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Non, je ne serai jamais Madame Blancheville. Et vivement que ma commande pour le robot arrive !

Le joli mois de mai

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Ailleurs qu’ici, on souligne vraiment le mois de mai.
Et c’est joli, cette tradition d’offrir un brin de muguet. Je sais combien Jocelyne était heureuse que son frère débarque ce matin avec un bouquet à la main. Elle était toute émue de me raconter ça tout à l’heure. Et je sentais son sourire radieux.

Ce premier jour de mai, ce n’est ni une fête religieuse – plus personne ne connaît le mois de Marie -, ni un anniversaire, même si c’est la fête des travailleurs et jour férié dans nombre de pays. C’est une de ces journées gratuites qu’on peut souligner ou non.

J’ai envie d’un mois de mai formidable, d’un mois d’amitié, d’un mois où je trouverai du travail. J’ai envie que mai 2006 m’inspire et me chavire. Le petit vent de ce soir me procure juste assez d’ivresse pour y croire.