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Non, le monde ne va pas bien

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Je me sens toujours ambivalente face à ces fêtes quasi obligatoires, ou à tout le moins incontournables, les anniversaires comme les dates fixées comme des rappels. Comme aujourd’hui, jour de la fête des Mères, celui de l’année où il y a le plus d’appels téléphoniques dans le monde entier.

Les gens le font-il parce qu’ils ont envie de le faire ou par culpabilité pour tous ces autres jours où ils ne donnent pas un coup de fil? Je suis dubitative face à cette journée désignée. Trop de mères reçoivent des bouquets achetés à la course ou une boîte de chocolats choisie au hasard. Question de souligner l’événement et donner l’impression que maman n’a pas été oubliée. Combien de cartes avec des cœurs et des « je t’aime » à profusion ont été achetées?

Faut-il vraiment une journée comme celle-ci? Pour se faire pardonner pour toutes les autres où le manque de temps — raison la plus utilisée pour excuser le silence — se joue de l’amour?

Et qu’en est-il des oubliées, de celles qui se disent que, peut-être ce jour-là, elles auront enfin des nouvelles de leurs enfants, ceux-ci qui ont pensé à les placer dans des baraques tout confort pour ne pas qu’elles leur demandent de l’aide?

Oui, j’ai du mal avec une fête comme aujourd’hui.

Et pourtant, j’irai tout à l’heure manger chez ma sœur et j’offrirai des CD à ma mère. Comme je lui en offre quand j’ai envie, pas juste aujourd’hui. Je vois plus cette occasion comme celle de nous réunir qu’autre chose. Mais je sais qu’ailleurs ce n’est pas la même chose, que cette fête est peut-être une des deux de l’année où des enfants manifestent leur amour par des cadeaux… en même temps que tout le monde…

Non, je n’aime pas ces fêtes fabriquées pour culpabiliser les uns, créer de l’attente chez d’autres et simuler que tout va bien dans le meilleur des mondes. Le monde ne va pas bien quand on ne dit « je t’aime maman » qu’un dimanche par année.

Un poème de Nohra

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J’ai eu un magnifique cadeau aujourd’hui. Ça pourra vous sembler bête, mais pour moi c’est un vrai cadeau, un cadeau qui vient du cœur. Un cadeau que je conserverai précieusement.

J’ai eu les larmes aux yeux quand Nohra, mon amie d’Andenne qui a 10 ans, a voulu me faire lire ses derniers poèmes. Je connaissais déjà les trois premiers, mais je comprends maintenant que c’était pour me faire languir, que la surprise serait pour la fin.

Lali. Ainsi s’appelle le poème où elle raconte notre rencontre sur le net avec la complicité de sa maman. Et comment elle est entrée dans ma vie et moi dans la sienne.

Nous avons nos jeux, elle fait la maîtresse d’école, me donne des leçons d’histoire, m’initie à sa musique, m’explique comment me coiffer, me montre ses jupes et ses pas de danse. Et moi, je m’émerveille quand elle me pose des questions sur Montréal, quand elle veut savoir la signification d’un mot que j’ai utilisé.

Nohra est une poseuse de questions, pas une enquêtrice, mais une petite fille avide de connaissances. J’aime la soif qu’elle a et je fais de mon mieux pour répondre à toutes ses interrogations. Je suis « sa » Lali. Et ce poème écrit pour moi est un véritable cadeau. Merci, jolie Nono, tu éclaires la vie de tous ceux qui te croisent, le sais-tu ?

Prendre le parti du risque ou de l’erreur

Envoie toutes sortes de messages
Aux inconnus et lucioles de passage.
Prends le parti du risque de l’erreur
Le silence est toujours complice ou trompeur.

Raconte-toi.
(Yves Simon)

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Et je ne fais que ça, me raconter. D’aucuns appellent cela de l’exhitionnisme ou de l’étalage.
Je ne leur en veux pas, ils n’ont pas compris. Compris ce désir si fort de dire, de partager, d’aller au delà des images et des mots, qui est le mien. J’ai choisi de ne plus me taire.

Et si jamais une phrase, une émotion livrée ici faisaient sourire ou réfléchir quelqu’un ? Ce serait déjà beaucoup.

J’applique à la lettre les mots d’Yves Simon, lui qui me touche depuis plus de vingt ans avec ses romans et ses chansons. J’envoie toutes sortes de messages aux inconnus et lucioles de passages. Mais pas qu’ici. Partout où la vie m’emmène.

La gamine qui traçait avec application dans les nuages des mots qui allaient s’effacer n’est pas bien loin. Elle prépare la main de celle qui, ici, se raconte.

Arrêt sur images

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Et je suis restée en Bretagne depuis hier. Peut-être parce que Christine, mon amie bordelaise installée à Montréal y sera bientôt et que j’ai envie de la faire rêver, de lui ouvrir ma besace d’images et de souvenirs, de chanter pour elle Ma Bretagne quand elle pleut de Jean-Michel Caradec. De l’entraîner vers Rochefort en Terre, une des plus belles communes du Morbihan, sise entre le golfe et Rennes.

Rochefort où elle n’aura pas assez de ses yeux pour tout voir, parce que chaque maison, chaque fenêtre, chaque enseigne est un poème. Je lui souhaite de s’asseoir à une terrasse et de prendre le temps de se gaver d’images qui ne la quitteront plus, elle qui aime l’histoire et les pierres, tout comme moi.

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Je souhaite qu’elle prenne le temps d’emprunter chaque rue, qu’elle aille voir le lavoir de près, qu’elle grimpe le sentier qui surplombe Rochefort. Elle ne pourra conserver que des traces indélébiles de son arrêt à Rochefort.

Il m’amuse de dresser des pistes d’itinéraire à Christine, elle qui le fait pour d’autres puisqu’elle est agent de voyages. Il me plaît de lui dire combien j’aime cette Bretagne de pluie, de vent, de crêpes, de crustacés, de cidre, de plages, de peintres et de poètes.

Elle ne pourra qu’aimer Rochefort en Terre, je le sens.

Un ciel de côte sauvage

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Il fait sur Montréal un ciel de Bretagne, un ciel de côte sauvage, un ciel de Quiberon. Un peu gris, un peu bleu, et venteux. Il fait sur Montréal le ciel de juin 1981, de juillet 1988 et d’août 1992. Et le vent m’emporte dans mes souvenirs, vers ce large où je souhaite qu’un jour on jette mes cendres. Enfin, si bien entendu, on peut faire des trucs pareils, il paraîtrait que c’est de moins en moins possible.

J’ai tant aimé la première fois à Quiberon, le pique-nique avec Chantal et Jean-François, et le vent qui se mettait de la partie, tant aimé Quiberon que j’y suis retournée plus tard avec Chantal en rentrant du Mont-Saint-Michel, puis avec Jacqueline, avec qui ça a été un plateau de fruits de mer comme je n’en verrai jamais plus de ma vie. Langoustines, crevettes, étrilles, huîtres, palourdes, écrevisses, bulots, bigorneaux…

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Et les vagues qui se jettent sur les rochers et dont la musique me revient sans faillir. Il y a longtemps et pourtant… Tout s’est inscrit et chaque morceau de plage, qu’elle soit de sables ou de roches, possède sa propre tonalité. Le même Atlantique ne sonne pas à Provincetown comme il le fait à Quiberon. Et expliquer un son, une musique, quand il s’agit avant tout d’une émotion, cela me semble bien compliqué.

Est-il important que la vague se brise dans une mesure à trois temps avec deux dièses à la clé ? Oui, vous avez raison, je m’amuse. Car il est fort possible que la suivante choisisse une mesure à deux temps avec un bémol à la clé… Oui, je m’amuse encore. Parce que le ciel de Montréal a des airs de Bretagne et que je souris en me remémorant la côte sauvage et son vent, et encore davantage les vagues et leur musique inclassable.

Ça donne envie d’écouter Alan Stivell, tout ça. Ou de relire le Poème de l’île et du sel de Gérard Le Gouic. Il y a des jours où la vie, en plus d’être belge et québécoise, est aussi bretonne.

Sur ma branche

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Suis-je ici, sur ma branche en train de rêver ou alors déjà ailleurs ? Toujours cette impression de vivre plusieurs vies en même temps. Autant le café et le clavier sont bien réels, le premier chaud et corsé, l’autre invitant et omniprésent, autant celle qui savoure et qui tape a le cerveau et le cœurs qui vagabondent.

Toujours cette obsession d’apprendre, de découvrir, de dire, de partager. Toujours ces lieux qui se disputent mes pensées. Toujours ces moments qui ont laissé des traces profondes. Toujours ces signes semés ici et là et que je ramasse comme je ramassais les coquillages autrefois. Toujours ces mots qui se bousculent, les verbes et les adjectifs. Toujours ce besoin de dire, plus fort que tout.

Et moi, sur ma branche, qui me regarde écrire. Et moi qui écris et qui me regarde me regarder. Étrange impression. Voire même troublante. Et pourtant, elle est bien présente, cette impression. Pas de celles fugaces ou éphémères dont on a peine à se souvenir.

Et ce besoin de tout me rappeler, de ne rien laisser échapper, d’emmagasiner. Les tiroirs de ma mémoire sont infinis, je les remplis sans cesse et les ouvre, trouvant ici une plage, farfouillant pour retenir un baiser qui allait s’envoler d’un tiroir. Comme si tout ce que j’avais vécu allait servir à (me) raconter.

Suis-je sur ma branche en train de rêver à ce que j’écrirai ou suis-je ici en train d’écrire? Ou les deux?

Noël en juillet

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Être ailleurs, à des milliers de kilomètres vers l’est, j’aurais déjà mis la main sur le CD. Et je sourirais comme je souriais en juillet dernier en sortant de la FNAC des Champs-Élysées, avec le précédent.
On m’aurait dit:
T’as les yeux qui s’écarquillent
Noël de petite fille

et on aurait vu juste.

Noël sera encore en juillet cet année. VICE VERSA, le nouveau Peyrac, débarquera à Montréal, pas besoin d’aller le chercher à Paris. Quoique Paris en juillet, si l’occasion se présentait, je ne dirais pas non.

16 ans, déjà…

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Elle sera artiste, m’a-t-elle confié il y a deux mois. Et photographe, c’est vraiment sa passion. C’est pour ça qu’en ce jour de ses 16 ans, j’ai choisi une photo de Tadoussac qu’elle a prise.

16 ans… Ma super filleule a déjà 16 ans. La puce qui n’avait que quelques heures quand je l’ai prise dans mes bras pour la première fois est une belle grande jeune fille qui me ravit. J’ai l’impression qu’on me l’a faite sur mesure. Je ne cesserai jamais de le dire: c’est le plus beau cadeau de ma vie.

Ève, que te dire aujourd’hui sinon que je t’aime ? Que tu es un rayon de soleil ? Que quand je pense à toi, je souris ? Que j’ai en tête des souvenirs de nous tellement beaux qu’ils font briller mes yeux ?

Ève, que te souhaiter ? Que veut-on à 16 ans ? C’était il y a longtemps pour moi… C’était hier, aussi. Que désirais-je à 16 ans ? Voyager, écrire, aimer… il me semble. Peut-être souhaites-tu la même chose. Et peu importe ce que tu désires, c’est ton jardin secret. Tu n’as pas à le dévoiler.

Personnellement, je souhaite que tu restes toi-même, que tu ne plies pas devant les modes, que ta curiosité et ta soif d’apprendre ne te quittent jamais, et que tu saches trouver dans chacun des petits bonheur du quotidien de quoi t’émerveiller toute ta vie.

Et si passer ta vie à croquer des paysages et des gens est ce que tu veux, que tout fasse en sorte que tu puisses réaliser ce rêve… On a 16 ans une fois, paraît-il. Mais je n’y crois pas. On a 16 ans chaque fois qu’on a envie d’avoir 16 ans.

Bon annif, comme on dit en Belgique.
Je t’aime, Ève.

Les liseuses de Matisse

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Je ne savais pas que les lectrices pouvaient être une telle source d’inspiration et pour beaucoup de peintres. Et pourtant, c’est fou tout ce que j’ai pu trouver. Elles sont partout, les lectrices: chez Picasso, chez Renoir, chez Cassatt.

Et chez Matisse, l’homme qui fit scandale pour avoir utilisé du rouge, du vert et du jaune dans le seul visage de la femme au chapeau. Matisse, le chef de file du fauvisme qui allait laisser des traces qu’on retrouvera plus tard chez les expressionnistes allemands et chez les Russes. Matisse et ses toiles découpées.

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Matisse que j’aime décidemment beaucoup.
Et dont les lectrices, toutes différentes les unes des autres, me rejoignent. Deux plongées dans une lecture si profonde que rien ne saurait les déranger; une autre qui tourne les pages d’un magazine, un peu distraitement; et une qui pose, visiblement ennuyée de lire devant l’artiste, préférant le regarder droit dans les yeux que de lui livrer son abandon.

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Ce soir, Matisse est à l’honneur, mais d’autres peintres inspirés par des dévoreuses de livres ou des lectrices passives viendront s’ajouter. Une lectrice amoureuse de la peinture ne pouvait laisser de côté une idée comme ça.

Mon nouveau look

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Elles ne sont pas tout à fait comme ça. Mais elles ont des airs de famille, disons.

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Elles ressemblent un peu plus à celles-ci par la forme.
Avec le vert de mes yeux et du violet. Et je les aime. Ce sont bien les premières lunettes de lecture qui me plaisent depuis mes opérations pour les cataractes. Celles-là, je sens que je ne vais pas les perdre, elles sont vraiment à mon goût. Et même j’aurais envie d’en avoir de toutes les couleurs.

Je n’aurais pas choisi mieux si j’avais été là pour les essayer. Mais c’est ma sœur qui me les a offertes, trouvant que j’avais besoin de changement et d’arborer quelque chose qui me ressemble, et non des lunettes de maîtresse d’école des années 60. Non pas qu’elles ne m’allaient pas, les trois paires que je passe mon temps à chercher, mais, paraît-il, elles ne sont pas moi.

Ma sœur, qui m’habille et me chausse — comme je ne suis pas magasineuse pour cinq cents et que j’y vois là une perte de temps si ce n’est pour fréquenter les disquaires et les libraires — va maintenant s’occuper de la touche finale, semble-t-il. Je ne vais pas me plaindre. Je vais plutôt lui dire que je commence une collection.

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