Fut-il en nous une seule tendresse,
Une pensée, une joie, une promesse,
Que nous n’ayons semée au-devant de nos pas?
Fut-il une prière en secret entendue,
Dont nous n’ayons serré les mains tendues
Avec douceur sur notre sein?
Fut-il un seul appel, un seul dessein,
Un vœu tranquille ou violent
Dont nous n’ayons accéléré l’élan?
Et, nous aimant ainsi,
Nos cœurs s’en sont allés, tels des apôtres,
Vers les doux cœurs timides et transis
Des autres,
Ils les ont conviés, par la pensée,
À se sentir aux nôtres fiancés,
Àproclamer l’amour avec des ardeurs franches,
Comme un peuple de fleurs aime la même branche,
Qui le suspend et le baigne dans le soleil;
Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil,
S’est mise à célébrer tout ce qui aime,
Magnifiant l’amour pour l’amour même,
Et à chérir, divinement, d’un désir fou,
Le monde entier qui se résume en nous.
Émile Verhaeren, Les heures claires
*choix de la lectrice de Jean de la Hougue

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