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Quand Histoire et histoire s’entremêlent

Avec La femme de nos vies, Didier van Cauwelaert fait une incursion réussie dans l’Histoire afin de mettre de l’avant la vie de certains personnages marquants reliés de près à un épisode important du régime nazi, à savoir la transformation de l’hôpital psychiatrique d’Hadamar en « centre de mise à mort ». C’est là qu’Ilsa, la grand-mère de Laurence que va rencontrer le narrateur, a sauvé celui-ci de l’euthanasie. Involontairement.

En effet, David, même s’il était Juif, était destiné à vivre. Fils d’une des scientifiques les plus remarquables de son époque, laquelle lui avait transmis suffisamment de notions avancées pour qu’il soit en mesure de créer un jour la bombe atomique prisée par tous les peuples en pleine Seconde guerre mondiale et grâce à un QI qui le place au-dessus de la mêlée, David ne voulait plus vivre dans l’Allemagne des années 1940. Pas plus que dans celle de l’après-guerre. C’est pourquoi il a préparé Jürgen à prendre sa place, afin qu’il soit heureux pour deux, lui qui se sentait incapable de l’être un jour. C’est ainsi que le jour où tous les enfants dits « anormaux » ont été euthanasiés, Jürgen a été épargné et emmené par Ilsa Schaffner vers un lieu réservé aux génies. Malgré elle. Parce qu’elle n’avait pas le choix et qu’il n’était pas question qu’elle arrive sans son génie, même si cela impliquait des heures et des heures de travail pour elle afin de le rendre crédible aux yeux de ceux qui attendaient de lui des miracles.

C’est cette histoire que va raconter celui qui s’appelle désormais David à la petite-fille d’Ilsa alors que cette dernière est sur son lit de mort. Sa propre histoire, celle de David dont il a pris la place, et le rôle de sa grand-mère à qui il doit la vie, laquelle a, comme d’autres jeunes de son époque été séduite par le grand projet d’Hitler avant de se rendre compte dans quoi le peuple allemand s’était embarqué. Car Ilsa n’est pas uniquement ce que l’Histoire a retenu d’elle lors du procès de Nuremberg, mais aussi un être humain, une femme, une rebelle, et le premier amour du narrateur, la femme de sa vie, celle qu’il n’a jamais oubliée, celle à qui il doit la vie et le David d’origine la postérité.

Le narrateur créé par Didier Van Cauwelaert raconte à Laurence pendant une longue conversation qui s’étale sur 24 heures, interrompue seulement par le sommeil, où il en est dans sa vie, ce qu’il espère de celle-ci maintenant qu’il ne lui reste plus que ses souvenirs pour vivre… et peut-être cette jeune femme à qui il s’est livré, cette femme qui est le sosie de sa grand-mère.

Le roman, inspiré par une histoire qu’a raconté un rescapé d’Hadamar à l’auteur en 2005, est un roman bouleversant qui met en scène deux êtres qui ne se connaissaient pas et qui seront réunis à jamais, grâce au talent de Didier Van Cauwelaert qui, avec juste assez de détails, installe le contexte historique avant d’entrer dans l’intimité de cet homme qui a porté toute sa vie un lourd secret connu de deux seules personnes : Albert Einstein et Ilsa Schaffer.

La femme de nos vies, un superbe roman qui nous prouve une fois de plus le grand talent de conteur de Didier Van Cauwelaert.

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