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Un dimanche avec Charles Cros 4
Berceuse 

Il y a une heure bête
Où il faut dormir.
Il y a aussi la fête
Où il faut jouir.

Mais quand tu penches la tête
Avec un soupir
Sur mon cœur, mon cœur s'arrête
Et je vais mourir...

Non ! ravi de tes mensonges,
O fille des loups,
Je m'endors noyé de songes

Entre tes genoux.
Après mon cœur que tu ronges
Que mangerons-nous?


(Charles Cros)

*toile de Shawn Zendts

Un dimanche avec Charles Cros 3
Avenir

Les coquelicots noirs et les bleuets fanés
Dans le foin capiteux qui réjouit l'étable,
La lettre jaunie où mon aïeul respectable
A mon aïeule fit des serments surannés,

La tabatière où mon grand-oncle a mis le nez,
Le trictrac incrusté sur la petite table
Me ravissent. Ainsi dans un temps supputable
Mes vers vous raviront, vous qui n'êtes pas nés.

Or, je suis très vivant. Le vent qui vient m'envoie
Une odeur d'aubépine en fleur et de lilas,
Le bruit de mes baisers couvre le bruit des glas.

Ô lecteurs à venir, qui vivez dans la joie
Des seize ans, des lilas et des premiers baisers,
Vos amours font jouir mes os décomposés.


(Charles Cros)

*toile de September McGee

Un dimanche avec Charles Cros 2
À travers la forêt des spontanéités

À travers la forêt des spontanéités,
Écartant les taillis, courant par les clairières.
Et cherchant dans l'émoi des soifs aventurières
L'oubli des paradis pour un instant quittés,

Inquiète, cheveux flottants, yeux agités,
Vous allez et cueillez des plantes singulières,
Pour parfumer l'air fade et pour cacher les pierres
De la prison terrestre où nous sommes jetés.

Et puis, quand vous avez groupé les fleurs coupées,
Vous vous ressouvenez de l'idéal lointain,
Et leur éclat, devant ce souvenir, s'éteint.

Alors l'ennui vous prend. Vos mains inoccupées
Brisent les pâles fleurs et les jettent au vent.
Et vous recommencez ainsi, le jour suivant.

(Charles Cros)

*toile d’Anatoly Shapovalov

Un dimanche avec Charles Cros 1

Le 9 août 1888 s’éteignait Charles Cros, poète et inventeur. Ce qui m’a donné l’idée de vous proposer une dizaine de ses poèmes, même si au fil des ans, vous avez eu droit à quelques autres.

Et pour débuter, celui-ci, choisi par la lectrice peinte par Catherine Solier :

À ma femme endormie

Tu dors en croyant que mes vers
Vont encombrer tout l'univers
De désastres et d'incendies;
Elles sont si rares pourtant
Mes chansons au soleil couchant
Et mes lointaines mélodies.

Mais si je dérange parfois
La sérénité des cieux froids,
Si des sons d'acier ou de cuivre
Ou d'or, vibrent dans mes chansons,
Pardonne ces hautes façons,
C'est que je me hâte de vivre.

Et puis tu m'aimeras toujours.
Éternelles sont les amours
Dont ma mémoire est le repaire;
Nos enfants seront de fiers gars
Qui répareront les dégâts,
Que dans ta vie a faits leur père.

Ils dorment sans rêver à rien,
Dans le nuage aérien
Des cheveux sur leurs fines têtes;
Et toi, près d'eux, tu dors aussi,
Ayant oublié, le souci
De tout travail, de toutes dettes.

Moi je veille et je fais ces vers
Qui laisseront tout l'univers
Sans désastre et sans incendie;
Et demain, au soleil montant
Tu souriras en écoutant
Cette tranquille mélodie.

Une lettre de 1907

Me croirez-vous si je vous dis que cette photo prise en 1907 est tout à fait dans mes goûts?

Tout à fait vrai!

C’est tout à fait vrai, le café me rend heureuse. Surtout le premier bol du matin. Sara, qui m’a envoyé cette carte d’Autriche, l’a deviné.

Ce que mots vous inspirent 2796

Mieux vaut rester silencieux et passer pour un imbécile que parler et n’en laisser aucun doute. (Abraham Lincoln)

*toile de Rita Haan (dont on ne trouve aucune trace)

Schweppes!

Une publicité d’une autre époque, comme je les aime tant!

Ce que mots vous inspirent 2795

Il faut écouter la tête, mais laisser parler le cœur. (Marguerite Yourcenar)

*illustrations de Fernando Cobelo

Glycines

J’avais toujours associé glycines et Europe. Or, cette photo prise à Hida-Takayama par Hirose Masanobu vient de me prouver que j’avais tort. Encore une chose que les cartes postales m’auront appris.