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Un dimanche avec Norge 8

Leurre comme tout et tous
mais je goûte quand même
belle,
la belle tentation de dire.

Ô, si confusément tiré des limbes
cérébraux : poème :
poisson un peu étrange
et féerique à travers
les rutilances de l’aquarium
et la cohue de l’eau.

Scintille et sois né!

Or, voici la phrase – illusion optique –
si fièrement et drôlement indigente
et non dite.

(Norge)

*toile d’Anna Tkacheva

Un dimanche avec Norge 7

Tu giboules, giboulée
Et la terre est roucoulée
De cent mille colombées.

Et la terre est en amour.


Tu giboules, giboulée
Et la terre est fleuronnée
De cent mille cerisaies.

Et la terre est en amour.

Tu giboules, giboulée
Et la terre est baisoyée
De cent mille rayonnées

Et la terre est festoyée
De cent mille bourgeonnées

Et la terre est chatouillée
De cent mille greminées.

Tu giboules, giboulée
Et la terre est jouvencée
De cent mille chansonnées.

Tambour, couleur et bonjour,
Et la terre est en amour!

(Norge)

*illustration de Laura Callaghan

Un dimanche avec Norge 6

Aimé d’amour
Profond la Loire
Où ce cœur lourd
De ses soifs trouve à boire

Elle épelait
L’eau des voyelles sages
Et l’on parlait
Français dans les feuillages.

(Norge)

*illustration de Yuko Yoshioka

Un dimanche avec Norge 5

Dans l’eau du temps qui coule à petit bruit,
Dans l’air du temps qui souffle à petit vent,
Dans l’eau du temps qui parle à petits mots
Et sourdement touche l’herbe et le sable;
Dans l’eau du temps qui traverse les marbres,
Usant au front le rêve des statues,
Dans l’eau du temps qui muse au lourd jardin,
Le vent du temps qui fuse au lourd feuillage
Dans l’air du temps qui ruse aux quatre vents,
Et qui jamais ne pose son envol,
Dans l’air du temps qui pousse un hurlement
Puis va baiser les flores de la vague,
Dans l’eau du temps qui retourne à la mer,
Dans l’air du temps qui n’a point de maison,
Dans l’eau, dans l’air, dans la changeante humeur
Du temps, du temps sans heure et sans visage,
J’aurai vécu à profonde saveur,
Cherchant un peu de terre sous mes pieds,
J’aurai vécu à profondes gorgées,
Buvant le temps, buvant tout l’air du temps
Et tout le vin qui coule dans le temps.

(Norge)

*toile de Charles Newman

En vos mots 707

Alors que je viens à l’instant de valider les textes que vous avez déposés sur l’illustration de dimanche dernier, je vous propose de vous attaquer à cette scène livresque de l’artiste suédoise Sanna Borell, qui me rappelle mon enfance et le fauteuil à côté de la fenêtre du salon dans lequel je passais des heures à lire.

Aucun texte ne sera validé avant dimanche prochain, ce qui vous laisse plus que le temps d’examiner cette image et d’écrire quelques lignes.

D’ici là, bon dimanche à tous et bonne dernière semaine d’octobre!

Un dimanche avec Norge 4

C’est un pays de montagne,
mettez vos pas dans mes pas,
mes chers amis, soyez purs
soyez fin comme la neige –
on entend siffler déjà
l’ombre d’un hiver futur :
C’est bien plus haut qu’on ne pense,
Vous n’êtes pas seuls, suivez.
suivez- moi; où êtes- vous?
(Ils tombaient sur les genoux)
C’est bien plus qu’on ne pense,
(Pourquoi n’avancent-ils plus?)
C’est un pays de silence.
Celui qui parle est perdu.

(Norge)

*toile de Norman Long

Un dimanche avec Norge 3

À quoi bon semer des miettes blanches
derrière soi
comme Petit-Poucet
pour retrouver sa route,
puisque les oiseaux les mangeront!

Sois plus sage, ô moi-même
et apprends à aimer
ton incertitude et ta détresse.

Marin de la mer nue,
marin ivre de la mer périlleuse
aux routes sans souvenir,
aux dures bises salines.

Sois donc sage, puisque des oiseaux
avides mangeraient quand même
tes miettes blanches.

Et maintenant, tu peux bâtir
au style de ta fantaisie
tes fluides châteaux de carte,

poète.

(Norge)

*illustration de Mette Kaada

Un dimanche avec Norge 2

Fièvre amoncelée du bleu.
Le ciel s’est absous
de ses derniers nuages.
Le voilier est comme enchaîné;
il vogue, mais si lentement
que la meute des requins souples
l’a presque dépassé.

Nul surgissement d’île
aux horizons circulaires,
où l’œil puisse arrêter sa chute
et fraîchement atterrir;

Maintenant que chacun songe à des îles,
à des saveurs d’ananas
et d’oranges, à l’ombre ventilée
de palmiers-éventails.

Et tout ce bleu est plus cruel
qu’un Sahara!

(Norge)

*toile de Keith Gantos

Un dimanche avec Norge 1

Il y a trente ans jour pour jour s’éteignait le poète belge Georges Mogin, connu sous le nom de Norge. Pour vous le faire découvrir, j’ai invité quelques lectrices à s’installer à table afin de prendre une tasse de thé ou de café, en commençant par celle peinte par l’artiste Mary Morvant. Question de savourer les vers de ce poète, notamment ceux-ci :

Petit clairon de modeste note
Qui t’égosilles dans le matin,
Dis-moi, petit clairon de parlote,
Dis-moi pourquoi tu as du chagrin.

Dis-moi pourquoi clairon de faubourg,
Ton fa dièse a tant de détresse,
Dis-moi si c’est le nord qui te blesse
Ou si ton mal est un mal d’amour.

Petit museau musant grêle et froid,
Comment fais-tu pour chanter en berne
Et pour jeter de si peu de voix
Tant de clairon sur tant de caserne?

Tu te plains trop dans la noire cour,
Petit clairon de petite race.
Dis-moi si c’est le nord qui te glace
Ou si ton mal est un mal d’amour.

L’armailli

Avant cette carte postale, j’ignorais l’existence des bergers des alpes fribourgeoises et vaudoises appelés amaraillis, lesquels sont responsables de la descente des fromages en septembre-octobre. Mais grâce à cet article, que je vous invite à lire, me voilà grandement renseignée!