Quand je serai vieille, je me promènerai au pays de Lali, je choisirai des dates au hasard et je redécouvrirai des textes, des livres dont je conserve un vague souvenir, des musiques qui m’ont émue, des tableaux qui m’interpellent encore. Ce sera sûrement le cas de Proserprine, peinte par Dante Gabriel Rossetti, qu’il est possible d’admirer à la Tate Gallery, toujours sur ma liste d’endroits à visiter.
La vie est pleine de surprises. Elles ne sont pas toutes agréables, mais je préfère oublier celles qui ne le sont pas pour ne conserver que celles qui me rendent heureuse. Comme cette carte postale publicitaire, envoyée de Piacenza par Monica, qui tenait à me faire découvrir la librairie qu’elle fréquente régulièrement et qui lui donne l’occasion de découvrir des écrivains et des livres qui la font voyager.
Chaque semaine, ils s’accordent une demi-heure de conversation ou davantage loin des autres. Ils en profitent pour parler poésie et musique, et ils s’enflamment.
Ce mardi-là, il lui a dit que si elle était née à un autre siècle, elle aurait sûrement tenu salon chaque semaine afin de réunir musiciens, écrivains, peintres et sculpteurs autour d’elle, à la manière de George Sand.
Peut-être que certains l’auraient connue plus intimement, mais la plupart auraient rêvé que ça leur arrive. Or, elle n’aurait jamais avoué lequel comptait plus que les autres.
Et elle aurait déposé une sculpture d’elle nue lisant bien en évidence sur un meuble de la pièce où se réunissait sa cour, essentiellement composée d’hommes. Les quelques femmes qui auraient fait partie du groupe auraient admiré (ou envié) cette liberté dont elle usait sans modération.
Peu auraient compris qu’elle n’attendait d’eux qu’une chose : qu’ils la laissent lire.
Je ne me lasse pas de ce type de carte postale. Et comme je peux faire tout ce dont j’ai envie au pays de Lali, j’ai décidé qu’elle avait sa place ici.
Ça lui brûlait les lèvres, et elle avait les yeux tellement pétillants. Pourtant, elle est d’abord restée évasive, évoquant les 40 ans de sa vie amoureuse qui était bien fade jusqu’à il y a quelques jours. Son premier baiser dont elle conserve un souvenir impérissable. Le premier homme de sa vie, qui ne l’oublierait jamais, lui a-t-il affirmé il y a encore quelques mois. Cet amour à distance jamais consommé il y a 20 ans. Ceux qui n’ont guère laissé de traces. Celui qui l’a brisée et dont elle s’est appliquée à effacer le moindre souvenir, objets comme photos. Celui qui l’a fait rêver à des jours heureux et amoureux, devenu depuis son grand frère.
Puis celui qui fut si important qu’il la troublera toujours. De nouveau de passage dans sa vie. Pourtant, nous savons toutes les deux qu’il disparaîtra sûrement encore. À moins que cette fois-ci,les choses se passent autrement? Pour le moment, il a ajouté des étincelles à ses yeux. Et j’aime la voir ainsi.
Mon amie Claire m’a bien gâtée! Cinq kiosques à musique s’ajoutent donc à ma collection. Ce sont en fait des timbres réservés au courrier non international, imprimés sous forme de cartes postales. Ne sont-ils pas de toute beauté?
Ci-dessus, celui de Gand. Ci-dessous, celui de Bruges.
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