Mes piles de livres à lire ne me font plus peur. Elles ne vont pas dégringoler. Je vais réussir à réduire leur hauteur graduellement. Enfin, si je n’en achète pas trop et si je n’emprunte pas des tonnes à la bibliothèque!
Tout cela parce que je réussis à mieux organiser mes journées depuis quelques semaines et à ne plus travailler jusqu’à 18 heures. Il était temps. On ne peut pas vivre à un tel rythme éternellement. Et mes longues journées me privaient de temps pour lire et pour parler de mes lectures ici.
Je nage donc en plein bonheur. Comme la lectrice de l’illustratrice Rita Cardelli.
Il y avait longtemps que je n’avais eu en main un conte de fées contemporain mettant en vedette une princesse.
Et je suis tombée sous le charme de La princesse aux mains blanches dès la minute où elle a retiré les gants de dentelle blanche qu’on lui imposait afin de la « protéger des souillures de ce monde ».
Elle commença par toucher son propre corps, ses joues comme ses chevilles. Puis, ce furent ses poupées, ses oursons, ses livres. Mais cela ne lui suffit pas. Il lui fallut toucher le gazon, les sculptures, les animaux de toutes sortes, et même la boue. Et c’est la robe déchirée, les mains sales, qu’elle s’endormit avec un sourire qu’elle n’en avait jamais eu un auparavant.
Et je me suis rappelée la petite Lali qui n’avait pas peur d’être couverte de grains de sable. Et je me suis souvenue d’une amie, maman de deux garçons, qui passait son temps à leur laver les mains, à récurer le comptoir, à faire reluire le parquet. Je suis certaine qu’ils n’ont jamais mangé de brin d’herbe, caressé une chenille ou sauté à pieds joints dans de la boue toute fraîche, en raison de sa peur des microbes sous prétexte qu’ils étaient asthmatiques. Je crois que j’ai été une enfant plus heureuse qu’eux. Beaucoup plus heureuse qu’eux. Heureuse comme l’a été la Princesse aux mains blanches quand on a cessé d’avoir peur pour elle.
J’ai été séduite de la première à la dernière illustration de Gabrielle Guimard et par l’addition des découvertes de Gilles Tibo, à la manière de cette comptine de mon enfance qui commençait par Lundi matin… Ça vous rappelle quelque chose?
Si jamais vous visitez les Îles vierges américaines, arrêtez-vous à St. Croix et faites le tour d’Undercover Books. Michelle m’assure que cette librairie-café vaut plus que le détour!
« Voilà ce que propose Chopin : un endroit où aimer. Aimer ce qui compose une vie, voire le désordre, la peur, l’angoisse, les tumultes. Il rend beau ce qui ne l’était pas et porte à incandescence ce qui l’était déjà. Loin de nous procurer un refuge, il nous oblige à la lucidité en nous prodiguant la sagesse de l’acceptation et en accroissant notre goût de la condition humaine. » Cette citation pourrait presque à elle seule résumer Madame Pylinska et le secret de Chopin, le récit d’Éric-Emmanuel Schmitt.
Je me suis laissée tenter par le sujet. Celles et ceux qui me connaissent connaissent mon amour pour Chopin qui ne date pas d’hier. Mon lion en peluche, que mon père m’a offert quand j’avais 13 ans, ne s’appelle pas Frédéric pour rien.
J’avoue avoir été quelque peu perplexe lors de la lecture des premières pages, me demandant si ce livre allait me plaire ou non. Je n’avais jamais pensé à aborder Chopin ou son interprétation de cette façon. Puis je me suis laissée prendre au jeu. Madame Pylinska est tout simplement irrésistible, tout comme tante Aimée.
Oui, le récit porte principalement sur Chopin et sur le coup de foudre du jeune Éric-Emmanuel pour ce compositeur quand il entend enfant sa tante au piano jouer quelques-unes de ses pièces. Mais il est aussi question de la façon d’aborder la vie, de la regarder, de vibrer, en parfaite harmonie avec la nature, entre entres.
Le « secret » va au-delà de Chopin et de son lien étroit avec son instrument de prédilection. Ce que propose Madame Pylinka est une façon de rendre la création à la hauteur de ce qu’elle doit et devrait être.
Pour qui aime la musique, et en particulier Chopin. Ou pour qui souhaite écrire et toucher de près son lectorat. Ou les deux.
Il y a des albums qui séduisent à un point tel qu’on se demande si on ne devrait pas les offrir à tous ceux qu’on aime et pas juste aux enfants. Surtout s’il s’agit de personnes qui apprécient les arts. S’ils ont un faible pour Matisse, c’est encore mieux.
J’ai eu un véritable coup de cœur pour l’album Le jardin de Matisse qui raconte comment l’artiste, après avoir découpé un oiseau dans une feuille de papier, créa un univers qui nous émerveille tant aujourd’hui.
Animaux et formes diverses se déploient dans huit reproductions de collages qu’on connaît, dont trois sur deux pages. Notamment La perruche et la sirène, un de mes collages préférés.
Le texte de Samantha Friedman et les illustrations de Cristina Amodeo nous présentent un artiste radieux, ravi de ses découpages et collages. Et nous tournons les pages avec enthousiasme, qu’on ait 6 ans ou bien davantage.
Et nous reprenons du début. Une fois, deux fois, trois fois.
À offrir. à s’offrir, à mettre entre toutes les mains. Sans modération.
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