Monsieur D. et moi habitons le même immeuble. Pas une de ces tours immenses typiques aux villes, mais un immeuble qui compte six logements. Pourtant, on ne se croise pratiquement jamais. En fait, je n’avais pas vu monsieur D. depuis décembre, un jour où il y avait une épaisse fumée dans la cage d’escalier. Nous nous étions séparé les tâches : j’ai appelé le service de conciergerie et lui les pompiers. L’odeur de brûlé venait de l’appartement 1, il suffisait d’attendre.
L’occasion faisant le larron, lui qui aime tant les livres m’a fait voir la saga qu’il lisait. Une série qui comptait bien huit titres et qu’il était prêt à me prêter. Une de ces séries interminables où tous les repas sont décrits de l’entrée au dessert, en passant par la couleur de la nappe. J’exagère à peine.
Il avait d’ailleurs à la main le dernier tome de la série quand nous nous sommes croisés la semaine dernière. Plus question de me les prêter ce coup-ci. Ce n’était pas normal. D’ailleurs, monsieur D. n’était pas comme d’habitude. Il avait le sourire béat d’une ado qui flashe sur un de ses profs.
Il ne s’est pas trop attardé. Un gamin de près de 55 ans avait rendez-vous avec sa « petite amie » à qui il apportait le dernier tome de la série.
*toile de Frédéric Blaimont

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