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Les vers d’Alphonse 3

La brume

Le Saint-Laurent, mordu par les souffles d’automne,
S’exaspère. Partout sur le fleuve dément
L’âme des bois brûlés flotte languissamment.
Affolé, mon canot plonge dans l’eau gloutonne.

Pas d’oiseaux. Aucun coup de fusil ne résonne.
Le vaste et lourd brouillard, gris uniformément,
De son opacité cache tout mouvement
Et dans une caverne étrange m’emprisonne.

Verdâtres, turbulents, accourus du chaos,
Avec des bruits de haine autour de moi les flots
Se dressent. On dirait la fureur d’une armée.

Seul et domptant la voile où souffle un vent du nord
Je me crois égaré dans quelque monde mort
Sous l’irrémédiable ennui de la fumée.

Alphonse Beauregard, Les forces

*choix de la lectrice du peintre belge Alfred Stevens

2 réponses

  1. Terre de Brume
    ————–

    L’hiver dans nos quartiers va remplacer l’automne,
    Refroidissant la rue et ses vieux bâtiments.
    Les badauds sur la place errent languissamment ;
    On n’entend pas les cris de la foule gloutonne.

    Venant de nulle part, un carillon résonne.
    Les passants sont saisis par un étouffement,
    Même ceux du marché freinent leurs mouvements ;
    Un dédale sans murs m’absorbe et m’emprisonne.

    Le vieil hôtel de ville est aujourd’hui pâlot ;
    Au brouillard qui me semble un immobile flot,
    Un dernier feu de bois ajoute sa fumée.

    Heureux que soit absent d’ici le vent du nord,
    Je vais droit devant moi, profitant d’un temps mort
    Pour marcher au hasard dans la ville embrumée.

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