Je vous écris
avec des mots de terre humide
des mots de vagues et de vent tiède
dans le silence de mes yeux
Je vous parle
comme la terre qui fume
après la pluie d’été
Je vous écris et je vous parle
pour fixer un peu
les orages
– instantanés de la lumière
filigranes du souvenir –
ignorant la trace du feu
quand nous avons clos les paupières.
Alain Boudet, Les mots du paysage
choix de la lectrice de Sandra Hayen

2 réponses
Le mot perdu.
Il avait quand même de sacrées compétences.
Et là, lui le Paulo il était comme un peu pistonné.
C’était le beau frère de la cousine de la boulangère.
C’est un fait, il ne le connaissait qu’à peine.
Mais il voulait s’accrocher.
Dans le journal ce matin son horoscope était favorable.
C’est vrai, il ne croyait pas à ces balivernes, mais quand on est entrain de se noyer, on s’accroche à n’importe quoi.
Qu’allait-il entendre ? Il était là dans ce corridor depuis quand ?
Il ne comptait plus depuis longtemps, ni les salles d’attente, ni les corridors, ni les minutes, ni les heures, ni même les jours.
Une seule chose importait, ce qu’on allait lui dire.
Il n’attendait que trois mots.
Les premiers temps, oh ! Il y a déjà un certain temps de cela, il prenait les évènements à la légère.
La direction de sa boite, en quelques misérables mots, avait annoncé le dépôt de bilan ainsi que le licenciement économique qui en découlait.
Bah ! Avec les connaissances qu’il avait, il ne fallait pas se biler.
Un peu de détente, il verrait dans quelques temps.
Prenons les choses du bon côté.
Quelques mois plus tard, un matin, il pleuvait, donc ce n’était pas une journée engageante à traînailler, il se décida et de sa plus belle plume, se mit à remplir plusieurs pages de ses connaissances et acquis professionnels.
Pendant qu’il y était, au diable l’avarice et de plus la pluie n’avait pas l’air de vouloir s’arrêter, il en écrivit une douzaine, qu’il posta en descendant au bar du bistroquet, tout en sifflotant, pour y prendre son petit noir au passage.
Une douzaine de lettres, il n’aura que l’embarra du choix.
Au bout de quelques temps, quand même, bizarre, qu’une seule réponse à sa douzaine de chefs-d’œuvre manuscrits.
En deux mots, les goujats, faisaient référence à son âge.
Lui, le sportif, enfin ceux qu’il regardait à la télé.
Mais on à l’âge de ses artères et s’il avait voulu…
Passent plusieurs jours à guetter la factrice. Pub, factures.
Le lendemain, il se remet au travail.
Achète plusieurs carnets de timbres et ré étale en la tartinant comme mille-feuilles sa vie sur tout un bloc sténo.
Il n’avait plus de salive à force de coller des timbres.
Tous les matins, coup d’œil dans cette boite aux lettres à laquelle jadis il ne prêtait aucune attention.
Là, c’est tout juste s’il ne la caressait pas, comme si c’était-elle qui allait lui répondre personnellement.
Puis vint la phase des petites annonces, tous les journaux y passaient, qu’il dépeçait au bar de ce bistro entre son café et un croissant.
Il prenait son toast là pour ne pas être seul.
Au bout d’un certain temps de cette vie, la bergère et gosses, deux faignards à la vingtaine, l’avaient laissé choir, lui laissant la chienne et les dettes.
Alors il était là, le dessous de tasse servant de bloc note, inscrivant des numéros de téléphone.
Passant des temps infinis dans la cabine téléphonique, mémento marquer du sceau de la tasse de café sous les yeux, rayant rageusement numéros après numéros et à écouter toutes ces musiques d’attente plus ou moins ringardes.
Le Boléro de Ravel ça va cinq unités, après ça chiffre !
Non ! Mais ce n’est pas croyable.
C’est une nouvelle sorte de racisme, à plus de quarante ans, on serait ringard ?
Alors, c’est là qu’il se mit à forcer les bureaux des secrétaires.
A faire le pied de grue dans les salles d’attentes.
Quinze vingt candidats pour un poste minable.
Ce matin, il était debout dans ce corridor.
Depuis quand ? Il ne savait plus à force.
Il était déconnecté du temps.
Enfin son tour.
Il ne se rendait même plus compte qui était devant lui.
Peut importe si la responsable des ressources humaines, cette binoclarde qui était à son bureau, était moche ou affreuse.
Elle décortiquait tout en mouillant son doigt, son dossier page par page.
Sa vie s’effeuillait là, de moue en moue, parfois un hochement de tête.
Mais bon sang ! Pensait-il en lui-même, tout en bouillant : Parle !
Trois mots suffisent.
Trois mots !
D’un seul coup il crut comprendre.
Il lui en aura fallu du temps pour se rendre compte de l’évidence, de rendez-vous en courrier ou coups de téléphone.
Oui, il comprenait, c’était horrible.
Ces trois mots, n’existaient plus.
Ils étaient comme évadés de ce Monde, de cet Univers.
Quelques savants Tournesol, tripotant ses expériences dans un quelconque labo, avaient dû laisser échapper un Virus dévoreur de mots.
Ces mots avaient disparus, bouffés par ces petites bestioles.
Il était là, tout affolé de sa découverte, quand la Chose devant lui émit quelques sons.
« Et bien parfait ! Vous êtes exactement le profil que nous recherchons. »
Qu’elle était belle, la responsable des ressources humaine.
Il venait de par la magie de trois Mots de rajeunir de vingt ans, elle de quarante !
« Oh ! Pardon ! » Se récusa t’elle.
« Excusez-moi ! Je n’avais pas retenu votre âge !
N’ayez crainte ! Dés qu’il y aura une opportunité on vous écrit !
Au suivant !»
« Connarde de vieux laideron ! »
Pierre.
Il y a tant de beaux textes de par le monde ! (soupirs)