La lectrice d’Anthony Christian a longuement hésité. Elle sait que je possède les Poésies complètes d’Émile Nelligan et que viendra un jour où je laisserai le recueil à la disposition des lectrices du soir. Mais elle a tant aimé Nelligan que c’est un de ses poèmes qu’elle a choisi pour nous.
Sérénade triste
Comme des larmes d’or qui de mon cœur s’égouttent,
Feuilles de mes bonheurs, vous tombez toutes, toutes.
Vous tombez au jardin de rêve où je m’en vais,
Oú je vais, les cheveux au vent des jours mauvais.
Vous tombez de l’intime arbre blanc, abattues
Ça et là, n’importe où, dans l’allée aux statues.
Couleur des jours anciens, de mes robes d’enfant,
Quand les grands vents d’automne ont sonné l’olifant.
Et vous tombez toujours, mêlant vos agonies,
Vous tombez, mariant, pâles, vos harmonies.
Vous avez chu dans l’aube au sillon des chemins;
Vous pleurez de mes yeux, vous tombez de mes mains.
Comme des larmes d’or qui de mon cœur s’égouttent,
Dans mes vingt ans déserts vous tombez toutes, toutes.

Une réponse
J’adore Nelligan.