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En vos mots 970

Déjà la fin novembre. Plus que quatre semaines à travailler avant les vacances de Noël. D’ici là, beaucoup de boîtes et de sacs à vider. Et si tout va bien, un nouveau visuel pour le pays de Lali, puisque ça progresse. Et aussi quelques En vos mots.

Je vous propose cette semaine de donner vie à ce tableau de l’artiste Gertrude Abercrombie, qui met en scène un moment qui précède la lecture. Une lettre sur une table. Pas encore décachetée. Déposée là par qui a vidé la boîte aux lettres. Par la personne à qui elle est destinée ou quelqu’un d’autre.

À vous de choisir l’angle. De nous livrer le contentu de la lettre ou pas. De nous parler de qui l’a envoyée, de nous dire qui est le ou la destinataire. Toutes ces possibilités s’ouvrent à vous puisque le tableau vous appartient pour sept jours. Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé, donc visible, avant dimanche prochain. Profitez-en pour lire les cinq textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier. Oui, cinq, vous avez bien lu! Ça faisait longtemps qu’une telle chose n’était pas arrivée!

Bonne dernière semaine de novembre à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent, et rendez-vous dans une semaine pour la suite!

3 réponses

  1. Depuis combien de temps l’ai-je écrite, cette lettre? Trois jours? Quatre? Elle traîne, là sur le meuble de l’entrée. Pas envie de l’envoyer. Pas sûre que son contenu corresponde bien à ce que j’ai voulu y mettre. Elle s’accorde parfaitement au cadre, pour sûr. De la nostalgie. Des bleus à l’âme. Tant de bleus.
    Combien de semaines à présent? Quatre, cinq? Je la vois chaque jour, cette enveloppe. Je la vois sans la voir, quand je décroche mon manteau, quand j’ôte mon chapeau, quand j’enlève mes gants. Ai-je bien le désir de l’expédier? De la faire parvenir à son destinataire? Rien n’est moins sûr en vérité. Le contenu n’est sans doute plus d’actualité. Et l’adresse, l’est-elle?
    Combien d’années maintenant? Trois, cinq, six? Dix? La lettre fait partie du décor. Je l’époussette avec le reste quand je fais le ménage. Avec les ans, tant de poussière!
    Mais au sein de ce bleu, toujours plus de blanc s’est fait sa place. Peu à peu s’implante la couleur du neuf. Une vie à récrire. Une belle suite à mon existence, à rédiger d’une jolie plume légère et blanche. De quoi faire valser allègrement à la corbeille tout ce qui n’a plus d’usage.

  2. Mon regard a été attiré par une écriture bleu saphir. Nerveuse et maladroite. D’un homme. sans doute. Seul le timbre révélait son origine. Pologne. Elle était adressée à Deidre M., Cork, Ireland.

    Par quelle étrangeté du destin, une lettre expédiée de Pologne vers l’Irlande s’est-elle retrouvée, essoufflée, dans un marché aux puces à Lisbonne?… Lorsque que je me suis posé cette question, je ne m’étais pas encore aperçu qu’elle était intacte. Comme si elle n’était jamais arrivée à destination.

    Je l’ai déposée sur la table, le 19 janvier 1954. Vers 14 heures. C’était un mardi.
    Le vase avec les vieux œillets blancs en plastique et le tableau anonyme accroché au mur peuvent en témoigner.

    Depuis ce jour, il ne s’est pas passé un seul jour sans que je m’arrête devant. Jamais de la même façon. Jamais avec le même regard. Souvent ému. J’imagine au gré de mes jours et de mes solitudes ces mots que je ne lirai jamais.

    Certains jours, je me suis dit qu’elle a été expédiée par un amoureux parti au front, dans ces années maudites que les hommes ont promis de ne plus jamais recommencer.

    D’autres jours, il me plaît d’imaginer que c’est celle d’un père à sa fille. Remplie de mots simples. Aimants et rassurants. Avec des gros je t’aime de tout mon cœur, au-dessus de la signature.

    Ou alors de quelqu’un qui écrit des mots qu’on prétend anodins. Tu manques. Je t’aime. On sera là pour Noël. Prépare les pages encore blanches. On les écrira ensemble. Bisous.

    Et dire que je fouillais dans un désordre sans nom, comme il y en a des tonnes aux marchés aux puces. Que la lettre m’attendait. Comme si elle m’avait choisi.

  3. voilà mon petit texte que l’on peut retrouver aussi ici https://lilousoleil.com/2025/11/30/en-vos-mots-970-la-lettre/
    La lettre

    Dans la lumière bleue du petit matin, la table semblait flotter dans un silence encore tiède de secrets. Le vase de porcelaine, lourd et immobile, offrait ses œillets pâles comme des paroles retenues trop longtemps. L’une des fleurs avait glissé sur la nappe, tête renversée, comme si elle avait voulu se rapprocher de la lettre posée là — cette lettre encore intacte, pas même effleurée par un ongle curieux.

    L’écriture sur l’enveloppe était nette, hésitante pourtant, comme si la main qui l’avait tracée avait pesé chaque mot avant de se risquer à l’encre. Elle venait de loin peut-être, ou de quelqu’un qui n’osait plus s’approcher, préférant confier ce qu’il avait à dire au trajet incertain du courrier.

    Au-dessus, le tableau accroché au mur semblait observer la scène. Sous la lune ronde, une tour solitaire se dressait au milieu d’un paysage nocturne. Un chien ou peut-être une ombre veillait au pied du rocher. Tout dans cette petite peinture parlait d’attente, de distance, de messages envoyés à travers le temps.

    La lettre, elle, n’avait pas encore livré son contenu. Dormait-elle là depuis des heures ? Ou venait-elle tout juste d’être déposée, encore fraîche de voyage ?

    Ouvrir l’enveloppe, c’était laisser entrer une voix. Garder le sceau intact, c’était prolonger ce moment fragile où tout restait possible : la bonne nouvelle, l’aveu, le regret, la promesse.

    Pourtant, la fleur tombée semblait tendre sa tige vers le papier blanc. Comme une invitation silencieuse :

    Il est temps de savoir.

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