Mais que sont tous ces mots? Qui donc les a écrits et pour qui? Et celle qui semble les lire, qui est-elle? À vous de nous dire en vos mots quelle histoire peut bien se cacher dans cette scène imaginée par l’artiste italien Marco Cazzato.
Vous avez, comme d’habitude, une semaine devant vous, puisque je ne validerai aucun commentaire avant dimanche prochain afin que ceux qui veulent jouer le jeu puissent le faire en toute liberté, sans savoir ce que les autres ont écrit.
Rendez-vous dans une semaine pour la suite, mais d’ici là, profitez-en pour lire les textes qui ont été déposés sur l’illustration de dimanche dernier. Peut-être que ça incitera certains qui seraient tentés, mais encore hésitants à tenter l’expérience, à tenter le coup…

8 réponses
PHYSALIS
Coqueret, alkékenge, amour en cage… prison de femmes
Dehors il fait soleil
Ce n’est rien que le soleil
Pourtant les femmes le regardent
Et après elles chantent
Moi, je ne sais rien du soleil
Je ne connais que la mélodie de l’ange
Ou le sermon brûlant du vent ultime
Je sais hurler jusqu’à l’aurore
Quand la mort se pose et se dénude
Au travers de mon ombre.
Moi, je dépose des larmes au-dessous de mon nom
J’agite des mouchoirs dans la nuit
Et des navires assoiffés de réalité
Dansent avec moi
Moi, je dissimule des clous pour meurtrir mes rêves malades
Oui, dehors il y a le soleil
Et moi, je me suis habillée de cendres
Traduction et adaptation par Cavalier, d’après Alejandra Pizarnik. Las aventuras perdidas. La jaula.
Depuis longtemps, j’avais esquissé des silences rêveurs dans le ciel lourd de mes souvenirs. La mémoire que j’avais tissée des choses s’était convertie, peu à peu, en un désert inutile et stérile, où seuls quelques mensonges habillés de mes « j’vous jure » entrainés pendant des heures sans compter, le soir, devant mon miroir, faisaient encore bonne figure. Et j’étais heureux. Enfin j’étais persuadé de l’être. Comme tous ceux qui sont persuadés qu’ils croient à l’existence de Dieu. Sans jamais oser se poser la question et encore moins s’ouvrir aux ragots de ceux qui pensent autrement et prétendent que Dieu n’existe pas.
Puis un jour nous nous sommes croisés.
Moi qui m’étais détaché de tout ce qui pouvait m’enchainer aux précaires sentiments humains et elle.
Elle qui voulait parler de la difficulté d’aimer. De sa façon d’aimer. Comme s’il pouvait y avoir une autre façon d’aimer que celle d’aimer. Et je l’écoutais.
Je l’écoutais par manque de courage de lui dire que ses mots ne m’intéressaient pas. Par commodité, peut-être. Par lâcheté, surement. Je l’écoutais. Aussi froid qu’une colonne fatiguée d’un ancien monument grec, qui regarde défiler la souffrance humaine sans le moindre frisson.
Et je l’écoutais parler de la souffrance d’aimer. Cette souffrance indéfinissable de tous ces regards qui vous jugent et vous étouffent. Parce que les couleurs des peaux que l’amour mélange au hasard de leurs destins. Ou parce que les différences vous conduisent à aimer celui ou celle au-delà des différences de sexe. Et qui s’aiment, même s’il y a morale qui condamne. Parce que les hommes n’ont jamais rien compris au mot « aimer ».
Trois cent quinze. 315. Elle les avait bien comptés. Trois cent quinze feuillets de tous les formats, couverts de cette petite écriture fine à l’encre noire et qui se terminaient tous par « Je t’aime, ma Butterfly »
Trois cent quinze mois qu’elle ne se coupait plus les cheveux et qu’elle attendait son retour.
J’aurais tant aimé posséder au fond de moi ce pouvoir surnaturel qui peut changer les peines en joies, les larmes en sourires, le désespoir en espérance.
J’aurais tant aimé lui chuchoter ce monde où je voyage souvent et où je ne me lasse pas de changer la mémoire de mes souvenirs. Et où, certains jours, lorsque j’entends la réalité des gens heureux, je finis par me dire que je suis bien plus heureux qu’eux et qu’ils ne connaitront sans doute jamais ni de plus beaux ni de plus mélodieux printemps que ceux qui naissent au creux de mes silences.
Et jamais plus de noirs ni de blancs. Et jamais plus de prophètes ni de religions. Ni drapeaux qui flottent pour rappeler les différences. Plus de tous ces doigts qui pointent. Tous ces mots qu’on se déchire. Ni tant de larmes qui tanguent dans le désespoir de nos matins. Et font naitre tant de peurs.
J’aurais tant aimé posséder au fond de moi,ce pouvoir surnaturel de pouvoir arrêter le cours du temps. Pour quelques instantes seulement. Le temps de l’entourer de mes bras. Le temps d’entendre battre son cœur. Et pouvoir lui dire : tu es ma sœur. Quoi que tu fasses. Quoi que tu deviennes. Tu es ma sœur. Et tu n’es rien d’autre que cela. Ma sœur. Et je suis heureux que tu existes. Telle que tu es.
La prisonnière a tapissé de ses mots la pièce entière. Comme si le monde en était recouvert.
Ses écrits bout à bout ont la longueur de sa chevelure, mesurant la durée de son internement comme l’intensité de ses croyances. Où qu’elle tourne le regard, ils sont là, ils remplissent sa vie. Ils remplacent sa vie.
Elle fixe chaque ligne d’un regard extatique baigné de larmes devenues rentrées et muettes.
Son histoire, ses désirs, toute sa vitalité restée intacts ( par quel miracle) sont dans ses feuilles devenues ses compagnes. C’est l’intérieur d’elle-même qui est là, gravé.
De tout ce qui n’est pas essentiel, elle s’est vidée, épargnant sa vigueur.
Jamais elle n’aurait pensé que l’on puisse être désespéré de façon aussi calme.
Comme si seules l’avaient quittée les forces du mal. Afin de nourrir en elle une non-attente au-delà du temps et de l’espérance. Ce qui la fait tenir et la porte, ce sont ses convictions qui l’enveloppent, l’étreignent. Et lui parlent.
tiens tiens, beaucoup y ont vu une prisonnière 😉
moi pas, je voyais une porte ouverte mais une femme « prisonnière » d’une obsession (dans ce cas-ci amoureuse ;-))
Fidèle lectrice de vos mots, je vous redis mon plaisir à vous lire. Merci! Bonne semaine à vous tous.
Comme Adrienne, je n’y voyais pas une femme prisonnière. Plutôt, une amoureuse des mots ou bien les lettres d’un homme éperdument amoureux auxquelles elle n’aurait jamais répondu ou des lettres jamais envoyées à son destinataire…
merci à toutes et tous pour vos mots
ici
des ressentis différents, des images différentes
posées
là
tout me parle…
merci, aussi 🙂