Parce que l’univers de l’illustratrice argentine Eugenia Nobati me plait énormément à cause de sa fantaisie, j’ai eu envie de vous le faire découvrir et même davantage. En effet, c’est écrire que je vous propose de faire, à partir de cette scène livresque tirée de ses archives.
Un poème, une courte nouvelle, une seule phrase, choisissez le format qui convient à vos mots afin de partager ceux-ci avec nous. Les commentaires reçus ne seront pas validés avant dimanche prochain afin que chacun d’entre vous puisse écrire sans prendre connaissance des textes des autres envosmotistes.
Bon dimanche à vous tous!
Rendez-vous dans sept jours pour la suite.

6 réponses
Grand nettoyage de printemps! On brade! On jette! Du balai! On fait peau neuve et se défait de tout ce qui nous entrave. Fi de la bienséance et des conventions. On s’allège. Comme l’oiseau, on déploie ses ailes. Sans se soucier du qu’en-dira-t-on. On lance dans la corbeille ou par la fenêtre ce qui nous encombre. Vieilleries. Ouvrages poussiéreux sentant le camphre ou la naphtaline. Ramassis de morale et de bobards. Fatras d’idées toutes faites, de mauvais souvenirs, de racontars. Tout écrit n’est pas bon à lire. Faisons place nette. Laissons-la vie rentrer avec l’air frais par la croisée ouverte. Et faire un vol plané aux préceptes surannés, aux vétustes concepts, aux idées désuettes. Aux fariboles. Aux préjugés. A ces coutumes, principes, obligations diverses qui nous enferment, qui nous formatent, qui nous font nous plier dans des petite boîtes. Faisons-leur joyeusement un pied-de-nez. Et respirons bien fort l’air renouvelé dans nos poumons par ces simples gestes. Le coeur redevenu léger, aérien. Et les pieds dans l’herbe.
Je voulais juste acheter le journal et aller m’asseoir au bord de la mer.
Mais mon regard a été pris par « Mon plus bel été », le nouveau roman de l’écrivaine à succès, Judith Belmont. C’est une belle histoire d’amitié. Vous devriez le lire, m’a dit la libraire en souriant. Ça va vous changer des bêtises des journaux. Et son sourire a été persuasif. D’autant plus que les romans n’ont jamais eu fait partie de mes lectures…
Paulo travaillait comme homme à tout faire dans la propriété de mes riches parents. Si souvent en voyage. Il était témoin privilégié de mes colères.
En rentrant de l’école, je jetais régulièrement mes cahiers par la fenêtre. Furieuse. Pour détruire tout vestige de mes fautes d’orthographe. Qui me valaient tant de moqueries, de tristesse. Et si souvent des punitions. Paulo me ramenait mes cahiers, toujours en souriant. Et silencieux. Tendrement silencieux.
Parfois je me sentais si triste, si désespérée, qu’il me venait l’envie de fuir loin de tous. Pour ne plus supporter leurs regards alourdis d’intransigeance.
Un jour Paulo m’a demandé de lui tenir compagnie au jardin. Il m’a dit que depuis qu’il avait lu qu’une fille était tombée dans un trou en poursuivant un lapin, il avait très peur. C’est ainsi qu’a commencé notre véritable amitié. Nous avons passé ensemble tout en printemps et tout un été. Nous sommes devenus des amis. De confidents. Des complices.
Au début de l’automne, mon père l’a renvoyé. Il trouvait que je m’étais beaucoup attachée à lui. Cela pouvait devenir malsain disait-il. J’ai cru un moment que Paulo allait gifler mon père, mais il m’a regardé avec son sourire rassurant et m’a fait un signe de la main avant de disparaitre dans la grande allée. Droit et fier. Je suis persuadée qu’il est parti en pleurant. C’est pour cela qu’il ne s’est jamais retourné.
Quelquefois, quand je me sens seule, il me semble entendre sa voix. Depuis ce jour, mon cœur d’enfant s’est brisé et le regard de Paulo n’a jamais quitté mes silences. Où est-il?… Que fait-il?… Probablement qu’il m’a déjà oubliée…
Alors, toujours accroché à votre roman?… Et dire que vous n’aimez pas les romans…
Les yeux collés à la mer je lui ai murmuré : « Il y a des livres qui racontent bien plus qu’une histoire. »
À demain Monsieur Paulo, m’a-t-elle crié de loin. Et je l’ai entendue rire de bon cœur…
PASQUINADE
Je n’ai que Pâques en tête.
J’essaie donc de faire un lien entre cette image d’une sorcière au lancer liber- taire et ce premier dimanche après la pleine lune qui définit la date de la fête de Pâques.
J’attrape la pleine lune au vol pour y faire apparaître cette sorcière dans son costume officiel chevauchant le balai de l’imagerie populaire.
Voilà le lien est fait 🙂
Mais ce livre jeté par la fenêtre me hante.
Frustrée, cette apprentie-sorcière cherchait-elle dans le traité de sorcellerie un truc pour s’envoler comme l’oiseau?
Et me voilà encore coincée avec le lien à faire entre Pâques, livre et sorcière…
Ce n’est- pas que- je n’ai pas essayé 😉
ICI GIT LA MAGIE
À sa retraite, la sorcière Mistinguette décida de lancer son recueil de sortilèges par la fenêtre.
Sa baguette magique fut aussi jetée à la poubelle d’où sortait encore tragiquement son étoile.
Mais franchement, elle en avait marre ! Après des siècles de travail, elle et ses amies s’étaient vues remplacer par un groupe de jeunes et beaux novices qui ne savaient même pas faire peur, comme se le devait tout magicien honnête ! Injuste ! Injuste !
Eux, ces jeunes, ils n’avaient jamais fait la manif dans l’éthéré pour avoir leurs droits ! Elle et tous les autres de sa génération, n’avaient-ils pas tous lutté pour le SMIC (Salaire Modique Incantatoire Conjuratoire) – et pour quoi ? Pour se voir remplacer par des gamins ingrats, devenus tout de suite vedettes de cinéma ? Et puis aujourd’hui, dans cette ère de Special Effects, tout le monde dans le métier savait que ces lardons ne savaient absolument rien faire, rien ! Oh !
Les sourcils macabres de Mistinguette se fronçaient et la grosse verrue sur son menton gonflait de rage, ses trois petits poils frissonnant encore au souvenir de l’insulte.
Et puis elle se calma un peu. Ce serait une mauvaise idée de jeter le balai. Même à la retraite et avec le programme de fidélisation Air Magie, et encore la remise Senior Sorcier, elle n’allait pas pouvoir se payer un billet d’avion pour aller jusqu’en Floride ! Oh ! Dès qu’elle avait un moment à elle, ceux au pouvoir allaient avoir de ses nouvelles ! se promit-elle.
Tempête
En cela, il faudra ; qui
Prendra la porte des arbres ?
En cela, il faudra ; qui
Ouvrira les tombeaux
Sur les courants d’air chauds ?
Au-delà des paupières closes,
Le long des cous décharnés,
Comme un rêve chevauchant
Qui plombe les vents froids ?
Et qui ?
Posera sur la route des poussières,
Les échelles improbables,
Dévidera les coursiers aux épines,
Soufflera sur le sable des yeux ?
Se souviendra dans un râle
Des guerres démarrées
De quelque fleuve lassé ?
Séquestrant le plus grand,
Le plus bruyant des eaux,
Pour une terre salée
Au bout des rêves délaissés ?
Graphène
Tout le monde croyait qu’elle avait jeté son livre par la fenêtre. Mais tout le monde se trompait.
Il fallait avoir campé près du glacier, le soir, l’Aconcagua est si belle, comme une belle femme alanguie dans la neige; et avoir vu voler l’Oiseau bleu de ses propres ailes, pour savoir que dans ce pays, les ponchos se transformaient en fourrure, les livres en encyclopédies, les terres arides en champs de blé et les cheveux plats en ondes bien miroitantes.
On pouvait être aussi une petite dame sans histoire, d’aspect modeste, avec un cabas, des lunettes de soleil et un imperméable, et en même temps, s’asseoir à la table de sa cuisine, balayer les feuilles de chêne, et, avec un crayon à la pointe bien émoussée, et une simple feuille de papier pelure, se prendre tout doucement à écrire … Une histoire d’amour amoureux et d’automne ensoleillé !