C’est une lectrice endormie que je vous offre en ce dimanche, une lectrice peinte par l’artiste français Victor Gabriel Gilbert, laquelle n’attend que vos histoires pour se réveiller.
Et comme le veut l’habitude, ce que vous aurez écrit en vos mots au cours de la semaine sera emmagasiné jusqu’à dimanche prochain, moment où tout sera validé en bloc alors que sera accrochée une nouvelle toile.
Puis-je espérer que vous aurez envie de la tirer de son sommeil?

4 réponses
Souvenirs qui tremblent comme une bougie
Tissés à l’encre rose des jours heureux
C’était hier quelque part dans un jardin à Paris
Bruit d’ailes d’un ange caressant ses cheveux
Il y a eu le feu de ses lèvres sur son corps sage
Oubliées les nuits d’antan et les prières
Souvenirs de mains posées sur son corsage
Tendresses nonchalantes trop éphémères
Qu’on voudrait emprisonner jusqu’à demain
Entre ses bras comme un roi épuisé d’amour
Sa tête heureuse entre le creux de ses seins
Et se réveiller aux premières lueurs du jour
Être aimé comme on voudrait s’envoler
L’oiseau posé sur la plus haute branche
Offrir ses lèvres à celles d’un long baiser
Être épuisé et vouloir encore une revanche
Se dire d’amour qu’on peut toute sa vie
S’aimer encore comme la première fois
Se dire d’aimer que tout n’est que rêverie
On ferme les yeux et puis on y est parfois
C’était hier le lit sent encore son parfum
Leurs deux corps n’étaient qu’une folie
Doux comme un ange, le frisson de sa main
C’était hier quelque part dans un jardin à Paris
Quand nous sommes amoureux, c’est la couleur de nos rêves qui donne à la réalité sa lumière naturelle. » de Jacques Salomé
PETIT POÈME HYPNOTIQUE
Écoutez bien ma voix qui incite à dormir.
Votre tête s’appuie sur un fond doucereux
Qui imite un coussin de satinette bleue.
Lentement vos paupières semblent s’appesantir.
Votre corps enroulé de chiffons de dentelles
Se sent las à l’idée d’aller faire la vaisselle.
Mais au claquement de doigts vous ouvrirez les yeux
Et serez tout heureuse de nettoyer les lieux.
Flairjoy
A ma femme endormie
Tu dors en croyant que mes vers
Vont encombrer tout l’univers
De désastres et d’incendies ;
Elles sont si rares pourtant
Mes chansons au soleil couchant
Et mes lointaines mélodies.
Mais si je dérange parfois
La sérénité des cieux froids,
Si des sons d’acier et de cuivre
Ou d’or, vibrent dans mes chansons,
Pardonne ces hautes façons,
C’est que je me hâte de vivre.
Et puis tu m’aimeras toujours.
Éternelles sont les amours
Dont ma mémoire est le repaire
Nos enfants seront de fiers gars
Qui répareront les dégâts,
Que dans ta vie a fait leur père.
Ils dorment sans rêver à rien,
Dans le nuage aérien
Des cheveux sur leurs fines têtes ;
Et toi, près d’eux, tu dors aussi,
Ayant oublié le souci
De tout travail, de toutes dettes.
Moi je veille et je fais ces vers
Qui laisseront tout l’univers
Sans désastre et sans incendie ;
Et demain, au soleil montant
Tu souriras en écoutant
Cette tranquille mélodie.
Charles Cros