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En vos mots 196

de-morgan-evelyn.jpg

Le temps de préparer une quelconque potion, la lectrice et bibliophile peinte par l’artiste anglaise Evelyn De Morgan a délaissé ses livres. Mais, et on peut aisément se poser cette question, quelles sont les lectures de notre lectrice du jour? Des livres de sorcellerie? Des poèmes? Des pièces de Shakespeare?

À vous de faire votre petite enquête, de fouiller ses rayons, d’ouvrir les livres un à un afin de découvrir ce que ceux-ci cachent et de nous dévoiler les traits de personnalité de notre lectrice. Ou alors de vous laisser imprégner par la toile, par ce qu’elle dégage sans aller plus loin. Tout ça pour nous la raconter en vos mots.

Comme le veut l’habitude, vous avez sept jours pour déposer vos textes puisqu’aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain même heure.

En vous souhaitant une bonne semaine et en espérant que l’inspiration sera au rendez-vous!

12 réponses

  1. ÉLIXIR D’AMOUR:

    (Formule à dose non calculée)

    Potion de vie, poison de mort,
    La boira qui ose
    Jouer avec le sort.

    Flairjoy

  2. L’irréparable

    Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
    Qui vit, s’agite et se tortille,
    Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
    Comme du chêne la chenille ?
    Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

    Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
    Noierons-nous ce vieil ennemi,
    Destructeur et gourmand comme la courtisane,
    Patient comme la fourmi ?
    Dans quel philtre ? – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

    Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,
    A cet esprit comblé d’angoisse
    Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,
    Que le sabot du cheval froisse,
    Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

    A cet agonisant que le loup déjà flaire
    Et que surveille le corbeau,
    A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère
    D’avoir sa croix et son tombeau ;
    Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

    Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
    Peut-on déchirer des ténèbres
    Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
    Sans astres, sans éclairs funèbres ?
    Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

    L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge
    Est soufflée, est morte à jamais !
    Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge
    Les martyrs d’un chemin mauvais !
    Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

    Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?
    Dis, connais-tu l’irrémissible ?
    Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
    A qui notre coeur sert de cible ?
    Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

    L’Irréparable ronge avec sa dent maudite
    Notre âme, piteux monument,
    Et souvent il attaque, ainsi que le termite,
    Par la base le bâtiment.
    L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

    – J’ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal
    Qu’enflammait l’orchestre sonore,
    Une fée allumer dans un ciel infernal
    Une miraculeuse aurore ;
    J’ai vu parfois au fond d’un théâtre banal

    Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,
    Terrasser l’énorme Satan ;
    Mais mon coeur, que jamais ne visite l’extase,
    Est un théâtre où l’on attend
    Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze !

    Charles Baudelaire

  3. Mélusine a ouvert son grimoire à la page quatre-vingt un, et a choisi la potion et élixir treize. Doucement, elle murmure.
    Verser lentement, dans un mortier :
    Quinze gouttes d’eau de la source de jouvence de Brocéliande,
    Quinze gouttes d’eau du bassin de Batalha,
    Quinze gouttes de la fontaine de Trévi.
    Prendre deux graines de grenade bien mûre, écraser les entre deux galets noirs et bien lisses.
    Cueillir deux feuilles de chêne et les faire glisser dans le mortier.
    Du jardin de LOU deux citrons et quatre olives noires. Presser les citrons et les olives et verser dix gouttes de ce précieux mélange.
    Deux pétales de rose pour adoucir la chose.
    Prendre le zeste d’une orange du jardin des orangers de Séville.
    Un verre de de vin Cuvée Carpe Diem de Claudius Leducum.
    Ne pas oublier la liqueur de vieux garçons préparée par LOU, cet été. Un à deux verres.
    Attendre le passage d’un moineau et recueillir deux gouttes de son pipi…
    Laisser un rayon du soleil chauffer le tout. Filtrer dans un nuage et laisser dormir le mélange dans une récipient en verre soufflé.
    Et à la nouvelle année venue, boire sans modération, pour une belle année 2011, l’élixir secret de Mélusine….

  4. Ces jours entre soleil fugace et gros nuages animés d’un vent nourri de l’animosité d’une je ne sais pas quelle nuit, m’ennuient.

    La plupart du temps, l’écoute d’un disque suffit à me transporter ailleurs, dans un monde qui n’existe que dans mes pensées. Il m’arrive également de lirotiner un peu. Je sais vous allez me dire que le mot ‘lirotiner’ n’existe pas mais je m’en fous. C’est comme ça que j’appelle le fait d’ouvrir un livre au hasard et puis de lire quelques lignes, de le rouvrir ailleurs et de refaire la même opération. Et puis, dans un imbécile exercice de la pensée, j’imagine comment je pourrais fondre ces deux morceaux de lecture dans une histoire, pour que cela fasse un tout homogène. Je lis donc pas, je lironote, un peu. Pour passer le temps…

    Parfois, comme c’est le cas aujourd’hui, je sautille sur Internet. La plupart des gens vous diront : je surfe. Moi je sautille. Puisque tel est le cas. J’arrive chez quelqu’un et puis je lis quelques billets, je lis les commentaires et puis, si un de ces commentaires est à mon goût, je sautille jusqu’au blog de la personne qui a déposé le commentaire et je me perds le temps de lire quelques billets et ainsi de suite. Donc, je ne surfe pas, je sautille…

    Enfin, pas toujours. Il m’arrive également de rester collé à l’écran quelques instants à admirer une image. Quelquefois, quand l’inspiration le veut j’imagine des histoires autour des personnages qui y sont, comme par exemple la lectrice et bibliophile peinte par Evelyn De Morgan.

    Plus je la regarde plus je me demande : que fait-elle?

    Sans doute prépare-t-elle un élixir de jeunesse éternelle, ou verse-t-elle quelques gouttes d’un poison qu’elle offrira à un amant trop brutal?… Puis je m’interroge encore. Pourquoi voudrait-elle rester éternellement jeune ou encore tuer un malheureux amant duquel elle peut se défaire pour s’endormir dans les bras d’un autre plus tendre et avenant.
    Puis, je me dis qu’elle pourrait bien verser quelques gouttes d’une fragrance et d’un érotisme rares dans une coupe qu’elle partagerait avec son amant d’un soir. Ou alors, si elle n’était autre qu’une artisane préparant un savant et personnel mélange de deux encres où elle ira puiser les mots d’amour qu’elle écrira ce soir, lorsque la lune viendra éclairer sa solitude.

    Puis, je la regarde encore une fois. Avant de sautiller à nouveau. Et je me demande une dernière fois. Mais bon sang, que fait-elle?, en regardant le chat noir, dans l’espoir d’une confidence…

  5. Je te guette dès la pique du jour, mon cœur palpite
    Beau trouvère qui me fait tomber en pâmoison,
    Qu’importe la perte de mon renommé blason,
    Quand en mon corps le feu de tous mes sens crépite.

    Cachée par le rideau, je te vois en chattemite.
    Contre toi flamboie,me semble, une rousse toison
    Te couvrant de baisers et caresses à foison !
    Mon regard acéré déjà la décapite .

    Cruel troubadour, dont les poèmes adulateurs
    Se retournent en moi vengeurs et tourmenteurs,
    Fi! de tes quatrains précieux, démoniaques pépites.

    Un philtre fatal vengera ta trahison,
    Le chagrin, composera mon mortel poison.
    La passion, hélas, aux enfers nous précipite.

  6. Philtre d’Amour

    Onze cent quatre vingt treize
    Sur les terres du Minervois
    la violence mise en parenthèses
    cède la place à l’amour courtois
    L’Hypocras des vignes cathares
    gorgé de miel et de romarin
    transporte les parfums rares
    d’épices, de cannelle et de thym
    Sur la garrigue qui sommeille
    la chaleur pose un voile léger
    mais passion et jalousie réveillent
    les ombres et les charmes secrets
    Les sortilèges d’Yselda
    agissent du fond des âges
    philtres et magie blanche font loi
    et envoûtent le breuvage
    Pour qu’Aélis aime Guilhem
    il lui reste si peu de temps
    la lune offre son diadème
    c’est l’heure de l’enchantement
    La tour, muette sentinelle
    la verra boire la potion
    enchaînant la jouvencelle
    à Guilhem et son cœur félon
    Yselda ferme le grimoire
    à présent le sort est jeté
    la magie parfume le ciboire
    et l’amour est ensorcelé
    Sur le castrum de Minerve
    le soir descend doucement
    les pierres du pont conservent
    l’éclat mystérieux de l’instant

  7. Comme tous les dimanches, c’est avec ravissement que je lis vos merveilleux textes. C’est un grand moment de bonheur de m’installer, de prendre le temps et d’ouvrir le livre de vos mots et d’en apprécier chaque page 🙂

    Bisous à vous tous!

  8. Hein, Denise que c’est jouissif, bon tant pis pour les interprétations de mon commentaire. Un régal : Flairjoy, Denise, Armando, Barbara et Chris. Et bien sûr grâce à Lali !

  9. C’est vrai que c’est un plaisir la découverte de vos participations 🙂
    Chacun à sa manière illustre en mots la toile et je dois dire que je suis toujours très surprise de voir combien nous pouvons partir dans des directions très différentes ou au contraire surprise de voir les ressemblances …
    @mitiés à tous

  10. Élixir , philtre et autre potion , nous inspirèrent en effet d’intéressants chemins . La lectrice ressemble à Julianne Moore , n’est-ce-pas ? J’ai aussi fait la connaissance d’un nouvel Armando le sautillant oiseau-lyre,oiseau-lire plutôt .Il possède d’ailleurs sa librairie (copié/collé de son enseigne):
    Librairie
    L’Oiseau-Lire
    rue du Hautbois 36,
    B-7000 MONS (Belgique)
    Tél. et fax : +32 65 31 28 73
    La librairie est ouverte
    du mardi au vendredi, de 10 à 18 h. et,
    le samedi, de 10 h. 30 à 12 h. 30 et de 14 h. 30 à 18 h.
    La libraire est fermée les dimanches et lundis.
    La librairie a été fondée en 1979.
    Et comme elle est fermée les dimanches, je suis contente de tous vous retrouver dans celle de LALI , qui nous régale de tous ses rayonnages.Bonne semaine à toutes et tous .Merci pour ces moments partagés .

  11. Un chat noir
    des idées noires
    vite, un petit noir
    Sans cigüe s’il vous plaît
    juste une larme de lait

  12. Entre philtres d’amour et élixir secret de Mélusine….
    une belle fin de journée pour moi à vous lire!

    Armando, j’aime beaucoup ce mot « lirotiner », très sautillant! Il pourrait avoir les honneurs du Larousse 2011!

    Merci à vous tous pour vos talentueuses proses et poésies, débordantes d’imagination. De tout coeur, bonne semaine à vous!

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