Lali

1 juillet 2007

En vos mots 12

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

tsarouchis

C’est chaque fois difficile de choisir. Il y a tellement de lecteurs et de lectrices qui attendent patiemment leur tour pour que vous les racontiez, ou que je ne le fasse.

Pour ce premier dimanche de juillet, pour ce troisième mois de l’aventure de la catégorie En vos mots, pour cette douzième semaine, à l’heure où pour certains les vacances arrivent, le lecteur de Yannis Tsarouchis s’est imposé. Peut-être parce que tout indique qu’il va de port en port. Et qu’il a décidé de faire escale ici.

À quoi il pense, ce qu’il lit, où il va, tout cela ne m’appartient pas. C’est à vous de laisser parler votre imagination. Comme vous savez le faire avec humour ou tendresse, chaque semaine, pour mon ravissement et celui des lecteurs de Lali.

Puisse ce lecteur vous livrer quelque secret que nous lirons dimanche prochain.

Bonne semaine et à vos plumes!!

3 commentaires »

  1. COMMENT TE DIRE

    Comme tu es beau, jeune matelot
    Emprisonné dans ta recherche
    De mots déclamés à Margot
    La serveuse du snack-bar « La Perche »!

    Comme le blanc de ton uniforme
    Convient à tes courts cheveux noirs!
    Si mon âge n’était plus hors norme,
    Je m’acorderais un peu d’espoir.

    Le bel Harold serait ton nom
    Puisque moi, je m’appellerais Maude.
    Vivre juste un soir une folle passion
    Où l’envie de tendresse rôde.

    Puis viendraient le quai, le mouchoir,
    L’adieu, les larmes et d’un coup sec:
    Le départ. Un long regard…
    Comment crier « je t’aime » en grec?

    Flairjoy

    Comment by Flairjoy — 1 juillet 2007 @ 14:03

  2. J’ai regardé l’immensité de l’océan et je me suis dit que le bateau allait m’amener bien plus loin que l’infini que mon regard arrivait à avaler …

    Je ne m’inquiétais pas de l’inconnu qui m’attendait, je n’étais pas triste de quitter tout ce qui ne m’avait jamais appartenu. Probablement que si j’avais eu un cousin éloigné, un oncle ou un frère, ils m’auraient, à coup sûr, déjà rayé de leur mémoire.

    Personne ne m’appartenait, je n’appartenais à personne. Je me sentais aussi libre qu’insignifiant.

    En cette fin de journée, où un soleil jaunâtre semblait vouloir s’endormir pour longtemps, j’aurais tellement aimé appartenir à quelqu’un. Juste pour que mon absence lui occasionne un vide aussi grand que celui qui envahissait mon existence. Juste pour le bonheur de boire quelques larmes d’adieu.

    Mes pensées ont vagabondé dans ma tête comme des oiseaux sans nid, cherchant des souvenirs heureux ou attachants. Des souvenirs qui me diraient que j’existais au delà de moi-même. Qui me diraient si vraiment un tel jour cela m’avait été possible : exister pour quelqu’un d’autre…

    Soudain, je me suis souvenu du doux et émue regard d’une fille, aux beaux cheveux en bataille surveillé par le regard complice de son inséparable Fred. Elle aussi, m’avait – j’en suis quasi certain – rangé dans le tiroir froid de l’oubli. Son regard était si doux, fragile et si tendre. Comme un regard bouleversé qui n’attend qu’une caresse.

    Nous avions parlé un peu d’un chanteur que nous connaissions assez bien. Je crois que c’était son idole de jeunesse. Sans doute plus. Va savoir. Un peu comme ces amoureux qui ont fait tellement de fois l’amour avec vous sans que vous ne le sachiez. Parce qu’il y a des désirs qui sont si forts qu’ils viennent se mélanger, inévitablement, au plus intime de vos rêves. Et ça vous colle à la peau jusqu’au plus profond de vos silences.

    Elle me disait, avec gourmandise, qu’elle avait toutes ses chansons. Sauf deux. Peut-être trois.

    Moi je savais qu’il lui manquait plus que deux ou trois chansons de lui. Tout simplement parce que ce chanteur-là était un peu de mes larmes. De ma solitude. De mes nuits sans rien d’autre que sa voix pour me chauffer le cœur. Pour me ramener à la vie.

    Depuis plus de vingt ans je l’avais adopté comme quelqu’un de ma famille. Comme un de ces cousins qui viennent vous visiter de temps en temps. Et dont j’attendais, heureux, la visite. J’avais tellement brûlé de jours et de nuits en sa compagnie que je ne savais rien d’autres que ses mots. J’avais perdu l’habitude d’utiliser mes propres mots.

    Je m’étais procuré, autant que ça m’avait été possible, tout ce qu’il avait pu écrire ou chanter. J’avais même les chansons des années difficiles, qu’il n’assumait pas vraiment, mais que j’avais ramassées, comme un dieu malheureux qui ramasse des étoiles filantes pour se souvenir, plus tard, que le ciel était brillant et dense.

    Nous décidâmes de faire sortir nos vieux vinyls de leur repos tranquille, après des nuits d’écoute, sans relâche. Jusqu’à reconnaître le son de sa voix quand elle reprend son souffle.

    Ils étaient un peu nos trésors de vie. Parce chaque album nous racontait un lieu. Une année. Une époque. Un chagrin d’amour que seuls ses mots arrivent à faire oublier. Chaque chanson nous parlait de lui et nous ramenait à nous. À ce que nous avons été. A ce que nous sommes aussi.

    Elle m’a parlé d’une chanson de Christopher Cross. D’un 45 tours retiré du marché. Des histoires d’un autre temps, dont personne ne se souvient plus. Elle avait les yeux si brillants quand je le lui ai montré la pochette que je ne n’ai pas pu m’empêcher de lui dire qu’il lui appartenait désormais. Que représente un disque introuvable à côté d’un bonheur ? Rien.

    Puis, nous avons commencé par nous confier nos trésors. Son regard s’est assombri un peu. Comme triste de découvrir qu’il lui manquait tant et tant de choses, alors qu’elle était convaincue que… J’ai eu un peu honte de moi. Seule ma certitude de partager et la perspective de donner un peu de bonheur m’ont incité a poursuivre.

    Son étonnement était déconcertant. Doucement étonnant. Je me suis senti tellement proche d’elle puisque j’ai pensé à mes années d’enfance. À tout ce que je n’avais pas et que j’aurais tellement voulu vouloir. À tout ce qui a fait que je me suis promis qu’un jour je partagerais toujours tout ce que j’aurais. Juste pour faire s’illuminer un sourire. Juste parce que je sais la différence entre avoir et ne pas avoir.

    Le bateau m’attend, et je pense a elle. Bizarre, la vie. Pourquoi elle ? Alors que nous n’avons pas d’autres rendez-vous que celui-là sans aucune autre promesse.

    Je ne sais pas pourquoi je me suis assis sur ce banc usé, posé là depuis des générations, face à cette table, un peu noircie par la graisse, les gouttes de vin et de bière, les brûlures de cigarette, où, dans un livre oublié sur le banc, je découvre ces quelques lignes :

    Aimer, c’est marcher dans la nuit
    Le coeur accroché aux gouttes de la pluie
    Dont on se fout bien
    Même si elle met des larmes
    Aux portes de nos yeux

    Et, malgré cette émotion qui, soudain, semble remplir le vide de mon existence, il me plaît de penser que, quelque part, où elle entendra ces mots, elle ira sourire, comme un soleil au milieu des nuages gris. Et elle est la seule à le savoir pourquoi.

    Comment by Armando — 4 juillet 2007 @ 13:09

  3. Ce jeune marin s’est dit ce matin, puisqu’il devait faire escale dans ce port, autant passer un bon moment à continuer le livre que ma fiancée m’a offert avant de partir. Assis sur cette petite terrasse, il prend tout son temps à lire puisque le départ pour la prochaine escale est prévu pour le soir. Ce doit être dimanche car son uniforme est d’un blanc inouï. Ce dimanche, il est libre et va certainement terminer sa lecture commencée dans sa cabine où certaines nuits, il ne pouvait dormir. Il sait que dans quelques jours, il retrouvera son pays et surtout sa fiancée et lui dira : ton cadeau était magnifique, en lisant ce livre, une part de moi était toujours avec toi.

    Comment by Denise Rossetti — 6 juillet 2007 @ 14:57

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