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En vos mots 112

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Chaque toile porte en elle une histoire à inventer. Une histoire dont vous détenez les clés.

Chaque toile est là qui attend que vous lui donniez vie, comme cette lectrice de l’artiste Claude Cachin, qui restera là jusqu’à dimanche prochain, moment où tous les textes reçus seront validés en bloc afin que tous puissent écrire sans savoir ce qu’autres ont imaginé. Ou qu’ils ne le fassent pas parce que ce qui a déjà été écrit les empêche d’inventer une autre histoire.

Puisse la lectrice du jour vous inspirer. Puisse-t-elle être racontée en vos mots. Tout simplement.

4 réponses

  1. Il était une fois…

    Il était une fois… Il y a très longtemps…

    Les dieux n’étaient pas encore des hommes… et personne ne faisait ses prières.

    Il était une fois…
    La mer a fait naître sur les rives de la plage au sable fin et d’or une princesse sans nom. Une princesse qui parlait aux oiseaux, comme on parle aux vagues de la mer, les soirs où les scintillants rayons de la lune transforment la mer en argent.

    Et le monde était à construire. Tous les sentiments étaient encore à naître.

    Il était une fois… Il y a très longtemps…

    Les dieux se prenaient pour des hommes… Et ils se mitent à rêver de prières.

    Il était une fois… L’étincelle d’un sourire de la princesse a engendré un prince sans passé, ni châteaux ni conquêtes, aux parfums doux et nostalgiques de la fin du jour.

    Et le monde était à venir. L’amour venait de naître.

    Il était une fois… Ils se sont promenés dès le lever du jour au bord de l’océan. Et puis ils ont fait l’amour et se sont endormis enlacés dans les étoiles d’un même bonheur.

    Il était une fois… Il y a longtemps….

    Les dieux sont devenus des hommes… Et ils ignoraient tout de l’amour. Et la jalousie est née.

    Il était une fois… L’homme est devenu un vautour. Et l’amour une histoire inachevée dans les yeux d’une princesse.

    Il était une fois…

  2. Jasmine, dans son beau palais, a tout ! De superbes robes, des bijoux, une bibliothèque rien que pour elle, un parc, des chevaux et surtout son vautour, le compagnon de Jasmine. C’était son volatile de compagnie puisque Jasmine est seule toute la journée. Elle passe ses journées à lire, à prendre des cours de langues privés, à se faire belle et attendre le soir pour partager le repas avec le prince.
    Un jour de tristesse, elle prit un livre dans la belle bibliothèque et lut ceci :

    Henri de Régnier
    (1864-1936)

    Le veuvage de Schéhérazade
    (1926)

    Pour A. M.

    La parole n’est pas son langage…
    Mme de STAËL.

    Extraits :

    SCHÉHÉRAZADE avait mal dormi cette nuit-là. La journée avait été alourdie d’un ardent soleil et l’air en était si pénétré qu’on sentait à le respirer une sorte de brûlure dont rien ne parvenait à tempérer le malaise. La légèreté des plus transparentes mousselines semblait un poids importun et la caresse ailée des éventails demeurait impuissante à rafraîchir l’ombre surchauffée. En vain Schéhérazade s’était-elle dépouillée un à un des voiles que n’exigeait pas la dé­cence. En vain s’était-elle délivrée de la gêne que lui imposaient ses colliers et ses bracelets. En vain avait-elle laissé glisser dans les plateaux, avec un tintement d’or et un choc de pierreries, ses bagues les plus précieuses et jusqu’à cet anneau magique que le sultan Sha­riar lui avait passé au doigt, le soir de la Mille et unième Nuit, comme un témoignage d’amour et un gage de sécurité, l’anneau dont le talisman sacré la rendait désormais inviolable et écar­tait à jamais d’elle la menace de la lame tranchante du sabre et l’étreinte mortelle du lacet de soie. Retirée dans le kiosque le plus secret et le plus aéré de ses jardins, celui qui était fait tout de cristal et au-dessus duquel se croisaient les panaches flexibles de trois grands jets d’eau qui le paraient d’une cou­ronne étincelante et fluide, Schéhérazade avait vu les heures de cette journée torride s’écouler lourdement aux larmes régulières des clepsydres et aux grains successifs des sabliers sans que rien n’apportât de soulagement à la langueur accablée de son impatiente lassitude. A peine si ses colombes favorites, blanches et à la gorge empourprée, en frôlant de leurs ailes amoureuses son visage excé­dé, avaient fait sourire un instant sa bouche et ses yeux. Anéantie par cette torpeur, Schéhérazade n’avait même pas eu la force de songer à l’histoire merveilleuse qu’elle aurait, le soir, à conter au sultan Shariar lorsque, le soleil couché, on se réunirait sur la plus haute terrasse du palais pour y goûter, sous le ciel étoilé, le furtif allègement nocturne…

    Comme cette journée insupportable, cette soirée ne l’avait guère été moins et Schéhérazade, avant de chercher un peu de sommeil, s’en était rappelé sans plaisir les circonstances désagréables. La moindre n’était pas la façon indiffé­rente et distraite dont le sultan Shariar avait écouté le conte quotidien. A peine Schéhérazade avait-elle commencé à parler que Shariar avait détourné son attention des paroles de la narratrice pour la reporter sur sa propre pensée. A la manière dont le sultan passait sa main dans sa barbe noire qui commen­çait à se strier de fils d’argent, il était visible que ces pensées ne devaient rien offrir de bien réjouissant à l’esprit de Shariar. Schéhérazade avait vu se fron­cer les sombres sourcils du sultan. Plusieurs fois même, il avait porté sa main avec impatience sur le pommeau de rubis de son sabre et tracassé la poignée d’agate de son poignard. Malgré les ingénieuses péripéties du récit de Schéhérazade, qui était l’histoire d’un génie enfermé dans une bouteille, le visage de Shariar était demeuré taci­turne sous son turban endiamanté. Non seulement il n’avait pas tendu à Schéhérazade, comme il le faisait d’ordinaire pour la remercier de son conte, mais encore il avait négligé de lui faire apporter la coupe de neige où l’usage voulait que la conteuse se désaltérât. Cet oubli, n’était-ce pas la preuve, chez le sultan Shariar, de grandes préoc­cupations ?…

    Cette attitude de Shariar avait atteint Schéhérazade dans sa vanité. Schéhéra­zade était fière de ses prouesses de conteuse et de l’art qu’elle apportait à ses histoires, dont la renommée, au delà des limites du royaume de Bagdad, s’était répandue sur toute la terre. Partout le nom de Schéhérazade était célèbre et l’on répétait en tous lieux son aventure fameuse. Les femmes surtout témoignaient pour elle d’une enthousiaste admiration. N’était-elle pas l’honneur et la perle de leur sexe et la merveille de leur esprit ? N’avait-elle pas su, par son talent, s’imposer aux cruelles fantaisies d’un Shariar et y mettre un terme ? Par sa ruse délicieuse, par son ingénieuse astuce, elle avait déjoué le piège mortel où elle avait été exposée. N’était-elle pas un exemple magnifique et charmant de la supério­rité féminine ? Tout cela lui valait un renom, auquel elle n’était pas insensible. Et Shariar, ce soir-là, avait blessé sa susceptibilité… Il lui avait  » manqué  » . Il avait oublié la grâce qu’après tout elle lui faisait. Quand on a le privilège et la bonne fortune d’entendre conter une Schéhérazade, on doit être tout oreilles, et comment peut-on s’exposer à perdre la moindre de ses paroles ? Que veut dire une mine pensive, de se renfrogner sous son turban, de tracasser son sabre et son poignard, de froncer les sourcils, de prendre un air distrait et préoccupé ? Il y a là une véritable offense et, comme tous les auteurs, Schéhérazade était irritable et rancunière. Elle avait été ex­trêmement vexée du procédé de Shariar, mais ce qui avait mis le comble à son dépit, c’était que Shariar, lorsqu’elle avait cessé de parler, ne lui eût pas posé les questions qu’il ne manquait jamais de lui adresser sur les événe­ments et les personnages de ses récits. Décidément Shariar avait été un audi­teur récalcitrant et, le conte fini, sans plus s’occuper de Schéhérazade, il s’était entouré des volutes de fumée de sa longue pipe, tandis que, sous les étoiles, du fond du jardin, venait la plainte des fontaines et que voletaient, autour du sombre visage enturbanné, de malicieuses et furtives petites chauves-souris…

    Le sultan Shariar venait d’être trouvé assassiné dans son lit. Son propre poi­gnard à manche d’agate était enfoncé dans sa poitrine et son propre sabre à pom­meau de rubis avait servi à lui trancher la gorge. A sa porte, ses gardes gisaient, la langue pendante et le lacet au cou. Quant au meurtrier, disparu sans laisser de traces, il ne devait jamais être retrouvé. Un sourd mécontentement régnait dans Bagdad et la mort du sultan Shariar en était la preuve. Entré au matin dans la chambre de son maître et à la vue du tragique spectacle qui s’offrait à ses yeux, Kerendar avait tenté de porter secours au sultan, mais tout secours était inutile. Kerendar n’avait pu que constater la mort de Shariar et avait couru en avertir Schéhérazade. Schéhérazade était fort populaire à Bagdad pour sa beauté et son talent et Kerendar s’offrait à la faire reconnaître comme sultane régnante. Rien n’était plus aisé et notre homme se faisait fort d’arranger les choses pourvu que Shéhé­razade s’engageât à lui conserver le grand vizirat et le chargeât de gou­verner en son nom. Sinon le pouvoir passerait aux mains de l’atabeck de Mossoul et Schéhérazade serait enfer­mée jusqu’à la fin de ses jours en lieu sûr, à moins que ses jours ne se termi­nassent autrement…

    Ce fut dans l’un de ces jours de tristesse que l’on vint annoncer à Sché­hérazade l’arrivée d’une grande cara­vane. Du fond de la contrée des Gara­mides, à travers les déserts de la Bogdiane, elle avait gagné Bagdad au prix de mille fatigues et de mille dan­gers, pour offrir à la sultane des présents que lui adressait le roi de ce pays. Les hommes qui la composaient ne ressem­blaient à ceux de Bagdad ni par le vêtement, ni par la figure. Parmi eux s’en trouvait un qui passait pour un conteur célèbre et prétendait tenter l’épreuve. Il était de haute stature et portait le visage soigneusement voilé, comme une femme. On le disait de grande race et de famille princière. Il sollicitait la faveur de conter devant la sultane. A cette demande, Schéhéra­zade avait haussé les épaules. A quoi bon tenter une fois encore une expé­rience inutile ? Que lui voulait donc cet étranger présomptueux ? Celui-là, par exemple, elle ne l’épargnerait pas. Pour punir son audace, elle lui ferait non pas couper les oreilles, mais trancher la tête. Tant pis pour lui et qu’on lui dise qu’elle l’attendait le lendemain !

    C’était une nuit chaude et lumineuse pareille à celle où avait été assassiné Shariar. Les étoiles luisaient et la lune était levée. Schéhérazade, étendue sur ses coussins de cuir parfumé, écoutait, comme cette nuit-là, le murmure des fontaines en respirant l’odeur des roses. Elle se sentait étrangement troublée. Elle aurait voulu baigner son corps fiévreux dans une eau glacée pour en éteindre l’ardeur inquiète. Dès qu’elle en aurait fini avec l’étranger présomp­tueux, elle se plongerait dans la piscine souterraine dont les eaux provenaient d’une source si profonde qu’elles avaient l’étincelante transparence du diamant mais auparavant elle comman­da que l’on introduisit l’homme aux contes. A l’instant, il parut.

    Il était, en effet, de haute taille et semblait de complexion robuste et élégante. Une ample robe l’enveloppait tout entier et sa figure était couverte d’un voile. Au lieu de se prosterner aux pieds de la sultane, il se tint debout devant elle. Elle le considérait avec curiosité. Quelles paroles allaient sortir de cette bouche secrète ? Schéhérazade se sentait soudain intéressée. Soudain, il lui semblait que le cuir de ses coussins devenait d’une fraîcheur délicieuse, que les étoiles étaient plus brillantes, la lune plus argentée. L’air avait un goût particulier. Les fontaines murmuraient plus harmonieusement ; les roses étaient plus odorantes. Tout à coup, dans l’ombre soudain divine, un rossignol chanta. L’étranger se taisait toujours et demeurait voilé. Schéhérazade se taisait aussi, le coeur palpitant, et elle baissait les yeux.

    Quand elle les releva, l’homme s’était dévoilé et la regardait, le visage nu, un doigt posé sur ses lèvres. Il était beau, beau comme le bonheur et l’au­rore, et il continuait à se taire et cepen­dant Schéhérazade entendait sortir de cette bouche taciturne les muettes paroles du plus merveilleux des contes, celui que l’Amour dit au silence et qui contient toute la beauté de la mort et de la vie.

    Jasmina s’est arrêtée à ce paragraphe encore toute retournée…

    Pourquoi ai-je choisi ce livre se dit-elle ? Il est préférable que je le replace dans la bibliothèque.

    Je vais prendre l’air dans le parc avec mon vautour, mon compagnon !

  3. Je n’ai pas vraiment trouvé la bonne clé pour ouvrir la porte de mon imaginaire.. mais ici la porte d « En vos mots » est toujours ouverte, sans avoir besoin ni de clé, ni de frapper… alors je suis entrée pour y lire vos mots délicieux qui m’ont fait voyager en un autre temps..

    http://www.youtube.com/watch?v=1s_FHdTTSm4&feature=related

  4. Merci Chantal pour ce très beau message « Je suis un oiseau de passage »…et pour tes mots plein de sensibilité !
    Chantal, il me semble que tu n’as pas bien cherché la petite clé…je crois bien qu’elle est suspendue à ta chainette près de ton coeur…

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