Maintenant que l’été est bel et bien derrière nous, que les chaises de jardin sont rangées, que les pneus d’hiver sont posés, que j’ai sorti les gants et les foulards chauds, je risque de passer moins de temps dehors et davantage près de la fenêtre, comme la lectrice peinte par l’artiste Fillia Barden.
Parlez-moi d’elle. Que vous inspire-t-elle? Vous retrouvez-vous en elle? Vous rappelle-t-elle quelqu’un? À vous de nous de le raconter en vos mots, comme vous le faites si bien semaine après semaine. Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc amplement le temps de lire les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, de les commenter si vous le souhaitez et d’écrire quelques lignes. Nous vous lirons avec plaisir.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent!

2 réponses
Quand je ne m’allonge pas sur le canapé, je m’y assois. Près de la fenêtre. Afin de mieux encore contempler le jardin chaque fois que je lève les yeux de mon ouvrage.
Ce m’est un grand agrément, que de pouvoir en dehors des mois cléments observer les arbres, et leurs feuilles qui se balancent, puis tombent. Je contemple alors sans me lasser la nudité des branches, leurs entrelacs. Ainsi que, tant qu’il y en a, les graines orangées du sorbier, offertes à la gourmandise des rouges-gorges, des moineaux, des mésanges.
Par temps de grand vent ou de pluie, ou encore de froid mordant, je me félicite d’être assise bien à l’abri.
Après les premières gelées je sors tout de même, afin de récolter les cynorrhodons et les nèfles. Je nourris un faible pour les nèfles, et leur contenu comparable à une bonne compote de poires ou pommes bien sucrées. Délice qu’il faut mériter, en suçotant les noyaux des fruits qui occupent dans ceux-ci au moins autant de place que la chair. Mais quel miracle que ces trésors comestibles en plein hiver, quand la saison pour tous les autres fruitiers est terminée.
Si j’ai du courage, je débroussaille alors aussi, je plante, je taille. Car on sait qu’à la Sainte-Catherine, tout bois prend racine.
Quand je m’assieds près de la baie vitrée, j’avoue que je lis assez peu en général. Car il se présente toujours quelque chose d’intéressant à admirer. Je lis assez peu, mais c’est sans gravité. Car ce qui se donne avant tout à lire dans ces moments, bien sûr, c’est le paysage.
J’aurais aimé être une étincelle de lune égarée dans les eaux tourmentées d’une rivière où de vieux bateaux immobiles rêvent de grands voyages.
J’aurais aimé être un souffle de notre silence. Et quelques éclats de rire aussi. À la fin du jour. De l’île des Sœurs, l’Atlantique n’est plus qu’une perle d’eau dans la mappemonde.
J’aurais aimé être, pour un instant, l’infime particule du fil de lumière qui change les feuilles d’automne en feuilles d’or. Carré Saint-Louis. Lueurs d’aurore. Frissons d’automne. Certain que les voyages que je ne ferai jamais deviendront mes plus beaux rêves.
Deviner dans le regard heureux des retrouvailles tous les « tu m’a tant manqué » qu’on ne dit qu’avec les yeux et qui brisent, en quelques secondes, les plus grandes distances.
Je n’ai aucun doute que seuls ceux qui ont les livres pour amis intimes connaissent les paisibles labyrinthes de la solitude. Prisonniers consentants, enchainés à l’insouciance du temps.
Faut dire que la solitude n’est qu’un partage universel dans le cœur des poètes . Autant de larmes cachées dans le chuchotement des mots aiguisés comme des rapières. Ces mots qui brisent les portes qu’on croyait fermées pour toujours. Et nous revoilà abandonnés dans les jardins secrets de l’enfance, où le printemps ne fleurit jamais.
J’aurais tant aimé devenir un silence de lune encerclée d’étoiles. Et m’endormir. Pour très longtemps. Pour ne plus entendre hurler les chiens au cœur de mes nuits.