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En vos mots 1010

  

À quoi peut bien rêver la lectrice peintre par l’artiste britannique Richard Cosway? À l’histoire qu’elle est en train de lire qui lui rappelle la sienne? Aux personnages qu’elle trouve attachants, ou alors déplaisants? À vous de nous le raconter, en vos mots, comme vous le faites semaine après semaine.

Comme le beut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc plus que le temps d’écrire quelques lignes, de lire les textes déposés sur l’illustration de dimanche dernier, et même de les commenter si vous le souhaitez. C’est avec plaisir que nous vous lirons.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les liront.

2 réponses

  1. Ces lectures sont assommantes. Les femmes y subissent invariablement un rôle de dépendance et de passivité insupportable. Elles minaudent parce que c’est ce qu’on nous a appris à faire, elles se contentent d’un rien, ne sont jamais prises au sérieux. Elles souffrent en silence. Et sont bien malmenées parfois. Ces lectures sont déprimantes. Et encore ai-je le droit de lire. Ce devrait être une chance. A celles qui ne sont pas de mon rang, comme on dit, cela leur est rigoureusement interdit. Leur apprend-on seulement à lire ? A écrire ?
    Mais que me vaut ce droit, si on choisit pour moi mes livres ? Toujours des intrigues dont la gent féminine est l’objet. Des histoires de guerre aussi. Avec des hommes gonflés de mesquinerie, qui se prennent pour des héros. Et qui nous bousculent, nous violentent, nous musellent.
    – Ce n’est pas pour toi. Tu n’as pas besoin de ces connaissances. Tu te dois d’être instruite pour paraître en société, et acquérir le minimum de conversation nécessaire avec l’homme qui t’épousera. Les hommes n’apprécient pas beaucoup les femmes trop savantes.
    Voilà ce que j’entends de mes père et mère quand je demande des ouvrages qui m’apprennent davantage de la vie. Des ouvrages qui ne m’instruiraient pas de décorum, pas de comment « paraître ». Mais de comment être. Oui, de ma mère je l’entends, et surtout de ma mère. Quelle trahison à ses semblables! Ne souhaite-t-elle pas pour sa fille plus de liberté que celle si restreinte dont elle jouit elle-même ?
    Je voudrais en apprendre sur la vie des paysannes et des paysans. Sur celle des artisans et des artisanes. Je voudrais en apprendre sur le vaste monde. Savoir comment on vit loin d’ici. Savoir comment on vit quand on n’est pas « de notre rang ». Est-ce qu’un jour cela changera ? Est-ce qu’un jour les femmes refuseront de transmettre servilement leurs bâillons à leurs filles, et leurs injonctions d’être forts à leurs garçons? Est-ce que les hommes s’adouciront, et concevront honte de leur violence ?
    Est-ce que le peuple, que je devine brisé pour le peu que j’en sache, reprendra son pouvoir ? Sans tous ces travailleurs, nous ne sommes rien. Je vois mal tous ces gentilshommes, qui n’ont souvent de gentils que le nom, labourer la terre, suer en bâtissant des forteresses, des fermes, des cathédrales. Ils veulent garder les mains bien blanches, bien propres, et ne se fatiguer qu’en s’exerçant stupidement à pouvoir battre l’un des leurs en duel. Ils s’adonnent à des parties de chasse pour le plaisir. Et ne dégustent que rarement leurs proies. Quel manque de respect pour l’animal. Quand les chasseurs du village ramènent du gibier, c’est au moins pour le manger. Et encore n’en gardent-ils qu’une petite part, car le plus gros du butin est pour le château.
    Est-ce qu’un jour nous aurons le droit à la même liberté que ceux qui sont nés mâles ? Non pas en exerçant la cruauté, l’avidité, l’insensibilité qui leur sont souvent coutumières, mais en partageant leur autonomie de geste et de parole. En ayant la possibilité de nous habiller autrement que comme des poupées de salon destinées à leur plaisir et à la décoration. En chevauchant nous aussi de par les forêts, à notre guise. Suis-je née trop tôt ou trop tard ? La vie est-elle plus juste ailleurs ? On ne me permet pas de le savoir. Et je reste avec mes questions. Tant de questions.

  2. Coincé entre « …il y a des puritains qui se scandalisent des réjouissances même les plus pures » et « L’amoral et l’immoral nulle part ne sont des modèles »’, d’En regardant passer la vie… par Damien Jasmin, j’ai trouvé une lettre adressée à Jeanne. Une lettre ancienne à en juger par la couleur méconnaissable de l’encre.

    Dire que je ne l’avais pas remarqué, lors de mon achat à la Bouquinerie du plateau, aujourd’hui fermée, après avoir été victime d’un incendie. J’aimais tellement sa belle murale côté rue Saint-Hubert.

    Jeanne. Jeanne. Je m’attarde à regarder ce mot. La curiosité m’incite à découvrir le contenu de la lettre.

    Je me dis, si je me laisse influencer par le titre du chapitre « La joie et le plaisir », où elle semble dormir depuis longtemps, qu’il s’agit probablement d’une lettre d’amour. Mais c’est sans doute un leurre. Et la lettre n’est pas une orfèvrerie romantique d’un cœur éperdument amoureux..

    S’il se trouve, c’est la lettre d’un père à sa fille. Pleine de tendresse et de bienveillance. Quelques mots, pour plus tard, pour lui dire qu’il l’aime. Et qu’il l’aimera toujours.

    J’aurais tant aimé avoir une lettre de mon père. Où il me dirait qu’il aime.

    Ou alors, il s’agit d’une simple lettre insipide et sans importance. Mais, pourquoi l’avoir gardée?… Je divague. Je me dessine des histoires. Puisque je ne sais rien. Du tout.

    De vrai, il n’y a qu’un bouquin acheté seconde main. Et la lettre trouvée à l’intérieur. Adressée à Jeanne. Pour savoir ce qu’il en est, il faudrait que je m’aventure à la lire. Mais, pour tout vous dire, il me semble tellement plus ensorcelant de regarder la lettre et me dire qu’il y a une multitude de peut-être… et que toutes me rassurent davantage que de savoir la vérité.

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