Déjà le mois d’août! Comme les dernières semaines ont passé vite… Bien trop vite. C’est toujours le cas avec l’été, alors que chaque année l’hiver semble interminable. Mais bon, on n’y peut rien changer, alors accueillons août et souhaitons-le beau et chaud!
Comme je viens à l’instant de valider les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, que je vous invite à lire et même à commenter si vous le souhaitez, je vous propose de faire vivre en vos mots cette toile de l’artiste Kristin Gibby, que je trouve fort mignonne. Et, comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera dévoilé avant dimanche prochain. Vous avez donc le temps nécessaire devant vous pour examiner ce tableau et le raconter à votre façon.
D’ici là, bonne semaine et bon début de mois à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.
2 réponses
La maison, parmi tous les objets qu’elle recelait, abritait un certain nombre de masques.
Des masques asiatiques, africains. Des caricatures.
Des masques neutres d’acteur, permettant au comédien de se rendre complètement disponible avant d’entrer dans la peau d’un personnage, que son père avait utilisés à maintes reprises.
Des masques en bois, en carton, en papier mâché, en ivoire, des masques peints sur des toiles.
Mais celui que Livia préférait, et de loin, était un simple loup de satin jaune.
Il s’appariait parfaitement à une étole, dégotée parmi les costumes de scène traînant ça et là dans le logis.
Elle avait donc fait sienne cette parure. Et couverte de ces attributs, elle s’investissait totalement dans les histoires qu’elle adorait lire, dont elle devenait d’un coup par ce truchement la super-héroïne habitant ses rêves. Or des histoires, elle en lisait beaucoup, dès qu’elle disposait d’un peu de temps libre.
A vrai dire, pour parfaire son image, il lui manquait encore un accessoire qu’il lui tenait très fort à coeur de réaliser. Se servant d’une pièce d’étoffe de même couleur, dénichée parmi les trésors des lieux, elle brûlait de se fabriquer des gants, et en avait déjà tracé sur le tissu la forme, à partir du contour de ses petites mains. Tout en laissant bien un espace pour ourler. Elle se sentait assez fière d’y avoir pensé. Elle avait ensuite demandé conseil à sa mère, ce qui se révéla très tristement être une mauvaise idée. Celle-ci l’avait rabrouée :
– Ça ne ressemblera à rien ! Ne te mets pas en peine !
Et comme Livia avait insisté, montrant son ouvrage commencé :
– C’est trop difficile, tu ne sauras pas. Ne te fatigue pas avec ça ! Ce sera beaucoup de travail pour un piètre et décevant résultat.
Alors Livia s’était bêtement découragée. Elle avait cru sa mère. Et elle avait abandonné.
La super-héroïne s’était éteinte. Avait perdu confiance en ses capacités de créer.
Elle avait continué à lire, toujours. Mais ne s’était plus jamais identifiée à celles qui réussissent. À celles qui, autonomes et audacieuses, vont jusqu’au bout et réalisent habilement leurs projets. Livia, se rangeant docilement au rôle passif de spectatrice, avait renoncé d‘un seul impact de couperet, à vouloir devenir actrice de sa vie.
Il fut un temps où je rêvais de devenir « promeneur de chiens » à Montréal. J’avais une image idyllique d’une activité qui me semblait le summum de l’art d’exister sans tracas ou prises de tête. J’admirais les jeunes filles entourées de chiens de toute race, l’air heureux, bouquin à la main. Et je m’attardais à envier leur sort.
Malheureusement personne ne vit que de ses rêves. Un jour ou l’autre, il faut s’accrocher à un boulot alimentaire. C’est ainsi que j’ai répondu à une annonce pour la garde d’un enfant. L’annonce était rédigée au féminin. Par chance, personne ne s’était présenté. Lucie m’a regardé de haut en bas d’un air suspicieux, puis m’a demandé si j’avais des références et si j’avais l’habitude de garder des enfants. Aucune madame, j’ai répondu, suivi de Ce sera la première fois.
Manon, assise comme une princesse dans son sofá m’a regardé curieuse et amusée. Lucie, accrochée à son téléphone, était en train de décider de mon avenir. Après une demi-heure de palabres et d’hésitations, elle a décidé de me faire confiance. L’heure de son rendez-vous approchait et elle n’avait d’autre solution que moi. Puis, la petite Manon ne semblait pas trop inquiète de rester seule avec moi.
Après avoir incarné le lapin blanc d’Alice au pays des merveilles et avoir fait une imitation de Balou qui aurait laissé Kipling médusé, Manon a adoré ma version du Livre de la jungle et s’est declarée mon amie. Nous avons même mangé ensemble une glace chocolat-vanille. Après quoi, je me suis assoupi sans m’en rendre compte.
Le bruit du moteur de la voiture de Lucie m’a réveillé en sursaut. J’ai regardé autour, Manon lisait son livre.
Alors tout s’est bien passé?… a demandé Lucie à quoi j’ai répondu, Pas de soucis, madame. Quant à Manon, elle a simplement répondu Il ronfle… avant d’éclater de rire.