avec une fenêtre
c’est vrai
on inaugure le monde
on a métrique
de la chouette
on a la pâte d’espace
collée sur l’os
on a remblai
et bascule
Lambert Barthélémy, Métamorphose du commun
*choix de la lectrice de Robert Froh
avec une fenêtre
c’est vrai
on inaugure le monde
on a métrique
de la chouette
on a la pâte d’espace
collée sur l’os
on a remblai
et bascule
Lambert Barthélémy, Métamorphose du commun
*choix de la lectrice de Robert Froh
Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent. (Petr Alekseïevitch Kropotkine)
*toile d’Anne Abgott
Crépuscule du matin
La voix qui sous les feuilles profondes chantait là,
Cette nuit, qu’une inquiète et tendre âme exhala,
Voilant de son sourire sa frêle grâce atteinte,
S’en est allée avec cette âme qui s’est éteinte.
Son mystérieux frisson dans l’aurore a passé.
Elle parlait d’Enfance, d’Ailleurs et du Passé.
C’était une voix d’ombre : maintenant elle est morte,
Et voici que les brises amicales l’apportent
Jusqu’ici, dans ces jardins vaporeux et déserts,
Semblable au doux murmure des vagues de la mer,
Lorsqu’elle se meurt, au loin, sur le sable des plages…
Un souvenir de nuit divine qui se propage
Et qui traîne encore dans le crépuscule bleu…
Un écho des jours plus beaux et des temps plus heureux…
Pas même une chanson, mais une voix sans parole,
Qui ne parle de rien, ne sait rien, mais qui console…
Une ondulation des blés profonds et des eaux :
Le silence n’en est pas troublé, ni le repos;
À peine la perçoit-on, tant elle est peu de chose;
Elle ne pourrait pas faire trembler une rose,
Ni éveiller un oiseau. Pourtant, en cette voix
Vit tout un monde invisible, enchanté, d’autrefois;
En ce souffle léger, où se mêlent des parfums,
Respirent et soupirent des cœurs longtemps défunts,
Et d’immortels visages, adorables et calmes,
Y sourient à travers des guirlandes et des palmes.
On entend bruire en elle, éclore, et puis mourir
Les ailes et les lèvres ardentes du Désir,
Et les douces paroles, heureuses et sacrées,
Qu’en ces ténébreux bosquets l’Amour a murmurées.
Sa résonance d’or emplit encore les cieux :
Il faut prêter l’oreille à son chant mystérieux.
Le songe qui la pénètre laisse dans l’âme une ombre,
Et le bonheur, qui s’en éveille dans la pénombre,
Hésite et pâlit. Voyez : Déjà c’est l’avenir,
Les cimes éternelles commencent à bleuir,
Dans les airs doux et pâles les étoiles se fondent;
Un jour nouveau se lève dans la splendeur du monde.
Celles qui sortent, en ce voluptueux matin
Qu’emplit encore l’étrange écho du soir lointain,
Joyeuses, mais tremblantes, craintives, elles toutes,
Sur la pointe des pieds, silencieuses, l’écoutent
Immobiles, et d’un doigt sur leurs lèvres posé
Retenant leurs doux souffles, ainsi que leurs baisers,
Elles l’écoutent mourir dans les fleurs matinales,
Dans l’éblouissement de leurs âmes virginales,
Mourir, la prestigieuse et souveraine voix
Qui chante dans l’aurore pour la dernière fois
Et meurt, souriante et lasse, à leurs songes pareille,
Parmi les fleurs qui s’ouvrent, qui tremblent, qui s’éveillent.
Charles Van Lerberghe, Entrevisions
*choix de la lectrice de Max Beckmann
Le pouvoir de l’auteur, c’est de rendre les choses nouvelles familières et les choses familières nouvelles. (William Thackeray)
*toile de Louise Garst McBroom
L’attente
Du monde invisible et d’aurore
Où me guidaient mes anges pieux,
Qui viendra me rouvrir les yeux?
Voici le jour. Je rêve encore.
Le doux enchantement des airs
Qui passent sur les roseraies,
Dans mes prunelles azurées
Vient comme une aube au fond des mers.
Heures et choses incertaines;
Au loin, dans des bosquets de fleurs,
Me chantent mes divines sœurs,
Et j’écoute leurs voix lointaines.
Je tremble et de joie et d’effroi.
Nue, en ma chevelure blonde,
J’attends que le soleil m’inonde,
Et qu’une ombre tombe de moi.
Charles Van Lerberghe, Entrevisions
*choix de la lectrice de John Beahm
La langue française, d’ailleurs, est une eau pure que les écrivains maniérés n’ont jamais pu et ne pourront jamais troubler. Chaque siècle a jeté dans ce courant limpide ses modes, ses archaïsmes prétentieux et ses préciosités, sans que rien ne surnage de ces tentatives inutiles, de ces efforts impuissants. La nature de cette langue est d’être claire, logique et nerveuse. Elle ne se laisse pas affaiblir, obscurcir ou corrompre. (Guy de Maupassant)
*toile de Sara Cid
La langue tâtonne comme l’amour dans l’obscurité du monde, à la recherche d’une image initiale, perdue. On ne fait pas, on soupçonne un poème. (Karl Kraus)
*toile de George Washington Brownlow
Il n’y a rien que l’homme gouverne moins que sa langue. (Baruch Spinoza)
*toile de Fedor Andreevich Bronnikov
Curieuse langue française, et prophétique, qui fait commencer l’amour comme la guerre par une déclaration! (Jean Simard)
*toile de Jonathan Barry
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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