Les yeux se fient à eux-mêmes, les oreilles se fient à autrui. (Victoria Roberts)
*illustration de Victoria Roberts
Les yeux se fient à eux-mêmes, les oreilles se fient à autrui. (Victoria Roberts)
*illustration de Victoria Roberts
Air mail (extrait)
À la recherche d’une boîte aux lettres
je portais l’enveloppe par la ville.
Ce papillon égaré voletait
dans l’immense forêt de pierre et de béton.
Le tapis volant du timbre-poste
les lettres titubantes de l’adresse
tout comme ma vérité cachetée
planaient à présent au-dessus de l’océan.
Tomas Tranströmer, Baltiques
*choix de la lectrice d’Édouard Vuillard
Celui qui ne sait pas se contenter de peu ne sera jamais content de rien. (Épicure)
*toile de Luc Barbut d’Avray
Les souvenirs m’observent
Un matin de juin, alors qu’il est trop tôt
pour s’éveiller et trop tard pour se rendormir.
Je dois sortir dans la verdure saturée
de souvenirs, et ils me suivent des yeux.
Ils restent invisibles, ils se fondent
dans l’ensemble, parfaits caméléons.
Ils sont si près que j’entends leur haleine,
bien que le chant des oiseaux soit assourdissant.
Tomas Tranströmer, Baltiques
*choix de la lectrice de Julie Cobden
Peu importent les notes, en musique, ce sont les sensations produites qui comptent. (Leonide Pervomaïski)
*toile de George Romney
Je vous ai écrit une lettre si sèche. Mais ce que je n’ai pu écrire
s’est gonflé et gonflé comme autrefois les dirigeables
pour finalement partir dans le ciel de la nuit.
Tomas Tranströmer, Baltiques
*choix de la lectrice de Rembrandt Peale
N’essayez pas de noyer vos chagrins : ils savent nager. (Albert Willemetz)
*toile de Nikolay Yaroshenko
L’arbre et le firmament
Un arbre marche sous la pluie
passe à côté de nous dans la grisaille ruisselante.
Il a une mission. Il soutire la vie à la pluie
comme un merle à un verger.
Quand la pluie cesse, l’arbre s’arrête.
Il brille, paisible et droit dans la nuit scintillante
dans l’attente comme nous de l’instant
où les flocons de neige viendront éclore dans l’univers.
Tomas Tranströmer, Baltiques
*choix de la lectrice d’Otto Willem Albertus Roelofs
Celui qui attend que tout danger soit écarté pour mettre les voiles, ne prendra jamais la mer. (Thomas Fuller)
*toile d’Edward Swoboda
La vie idéale
Une salle avec du feu, des bougies,
Des soupers toujours servis, des guitares,
Des fleurets, des fleurs, tous les tabacs rares,
Où l’on causerait pourtant sans orgies.
Au printemps lilas, roses et muguets,
En été jasmins, œillets et tilleuls
Rempliraient la nuit du grand parc où, seuls
Parfois, les rêveurs fuiraient les bruits gais.
Les hommes seraient tous de bonne race,
Dompteurs familiers des Muses hautaines,
Et les femmes, sans cancans et sans haines,
Illumineraient les soirs de leur grâce.
Et l’on songerait, parmi ces parfums
De bras, d’éventails, de fleurs, de peignoirs,
De fins cheveux blonds, de lourds cheveux noirs,
Aux pays lointains, aux siècles défunts.
Charles Cros, Le coffret de santal
*choix de la lectrice de Mstislav Pavlov
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