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Ce que mots vous inspirent 808

Les « impressions » sont des empreintes du monde, de même que le monde est imprimé de nos perceptions. (Julia Kristeva)

*toile de Pierre-Yves Machenaud

Lilas 2

Maintenant que les mots ne viennent plus
que le sable a comblé
la place du marché
que le temple est vide

Tu redeviens l’étranger
par qui l’inquiétude ancienne
psalmodie ses silences
sur nos mémoires effrangées

Vieille idole sacrifiée
tu retournes
dans les limbes sans coup
de feu sans intrigues

Alors parmi les ombres il ne restera
sur la piste muette
au centre du cercle rompu
que la silhouette d’un homme seul

un danseur
virevoltant
sur une valse
à quatre temps

Fulvio Caccia, Lilas

*choix de la lectrice de Laura Lacambra Shubert

Ce que mots vous inspirent 807

Chaque fois que nous enseignons quelque chose à un enfant, nous l’empêchons de le découvrir par lui-même. (Jean Piaget)

*illustration d’Arthur Rackham

Lilas 1

Puisqu’il faut être là
sans ambages et tout d’une pièce
devant toi
Ne feins pas l’indifférence
du siècle déclinant
Reste je t’en prie
Je mettrai mes pas dans les tiens
Nous échangerons
nos atomes nos paroles
et le monde recommencera
Peut-être

Fulvio Caccia, Lilas

*choix de la lectrice de Marisa Roesset y Velasco

Les illustrations de Danielle

Fan d’Annie Hall et de Simon & Garfunkel, la dessinatrice Danielle Gundry-Monji, dont voici quelques scènes livresques, habite San Francisco. Elle est aussi connue sous le nom de Bunny Mountain.

Ce que mots vous inspirent 806

La couleur est fixe, le mot a des bornes, la langue musicale est infinie. (Honoré de Balzac)

*toile de William Holman Hunt

À voix basse 4

absolument nôtre

de nos intimes effervescences
ignorer le remous

cet élément d’absolu ancré en nous
muet comme la eau du tambour
en absence du batteur
temps d’avant-parole
où l’on croit entendre les balbutiements
des premières incantations

pincées de silence et d’éternité

dans la gemme initiale de chaque syllabe
pétille l’incertitude

Maurice Cadet, À voix basse

*choix de la lectrice signée Hermann Heiss

Anecdotes de réviseure 23

Il y a des choses que je ne comprendrai décidément jamais. Même avec la meilleure volonté du monde et en faisant preuve de toute la compréhension possible. En effet, est-il si compliqué que ça de transcrire des données d’un document à l’autre sans ajouter des S où il n’y en avait pas ou sans transformer les millions en milliards? Est-il impensable d’imaginer que les noms des intervenants cités pourraient un jour être orthographiés correctement?

Je ne parle pas uniquement des erreurs grossières — voire énormes — que je trouve dans les documents que je révise, mais aussi de celles qui font de plus en plus légion dans les articles des journaux et magazines, dans des communiqués destinés au grand public émanant de ministères, et même dans des programmes de spectacle d’orchestres reconnus.

Est-il vraiment insensé de rêver qu’un jour on pourra se fier à ce qu’on lit? J’en doute. Et ce, de plus en plus. Hélas.

*sculpture de Ron Ulicny

Ce que mots vous inspirent 805

Chaque homme sait une quantité prodigieuse de choses qu’il ignore qu’il sait. (Paul Valéry)

*toile d’Alice Neel

À voix basse 3

samedi matin

ton visage est toujours dans mes yeux
ton corps a déjà disparu
tout le long du parc portuaire
le fleuve soigne sa plissure verdâtre
j’ai le visage fissuré
par le souffle du vent d’automne
au bout de mes doigts
inscrit en chiffres gras
ton numéro de téléphone tourne
sans raison
je l’ai déchiqueté
jetant dans l’eau qui coule
tout plaisir de te revoir

à contre-courant
les liaisons refusées
poignée de confettis

Maurice Cadet, À voix basse

*choix de la lectrice de Joshua Reynolds Gwatkin