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La sagesse des enfants 1

Parce que j’ai eu un véritable coup de foudre pour la réédition par les éditions Joie de lire d’un livre de Korneï Tchoukovski initialement publié en 1928 sous le titre Petits enfants, j’ai eu envie de vous offrir en ce dimanche quelques-uns des mots d’enfants réunis dans Un courant d’air dans la bouche, publié en 2004. Parce que les enfants sont le sel de la vie et que les mots d’enfants sont empreints de sagesse, comme vous pourrez le constater au cours de ce premier dimanche de 2013 qui leur est dédié.

Et pour bien débuter ce dimanche, à l’intention de la petite lectrice de Francesca Buchko, ce bien joli mot d’enfant :
Et le couteau, c’est le mari de la fourchette?

Les vers de Germain 1

Hymne

Amour qui voles dans les nues,
Baisers blancs, fuyant sur l’azur,
Et qui palpites dans les mues,
Au nid sourd des forêts émues;

Qui cours aux fentes des vieux murs,
Dans la mer qui de joie écume,
Au flanc des navires, et sur
Les grandes voiles de lin pur;

Amour sommeillant sur la plume
Des aigles et des traversins,
Que clame la sibylle à Cume,
Amour qui chantes sur l’enclume;

Amour qui rêves sur les seins
De Lucrèce et de Messaline,
Noir dans les yeux des assassins,
Rouge aux lèvres des spadassins;

Amour riant à la babine
Des dogues noirs et des taureaux,
Au bout de la patte féline
Et de la rime féminine;

Amour qu’on noie au fond des brocs
Ou qu’on reporte sur la lune,
Cher aux galons des caporaux,
Doux aux guenilles des marauds;

Aveugle qui suis la fortune,
Menteur naïf dont les leçons
Enflamment, dans l’ombre opportune,
L’oreille rose de la brune;

Amour bu par les nourrissons
Aux boutons sombres des Normandes;
Amour des ducs et des maçons,
Vieil amour des jeunes chansons;

Amour qui pleures sur les brandes
Avec l’angélus du matin,
Sur les steppes et sur les landes
Et sur les polders des Hollandes;

Amour qui voles du hautain
Et froid sourire des poètes
Aux yeux des filles dont le teint
Semble de fleur et de satin;

Qui vas, sous le ciel des prophètes,
Du chêne biblique au palmier,
De la reine aux anachorètes,
Du cœur de l’homme au cœur des bêtes;

De la tourterelle au ramier,
Du valet à la demoiselle,
Des doigts du chimiste à l’herbier,
De la prière au bénitier;

Du prêtre à l’hérétique belle,
D’Abel à Caïn réprouvé;
Amour, tu mêles sous ton aile
Toute la vie universelle !

Mais, ô vous qui m’avez trouvé,
Moi, pauvre pécheur que Dieu pousse
Diseur de Pater et d’Ave,
Sans oreiller que le pavé,

Votre présence me soit douce.

Germain Nouveau, Poésies d’Humilis et vers inédits

*choix de la lectrice de Fritz Bernhard Schurig

Combien?…

Combien d’entre vous déposerez un texte sur la toile de dimanche dernier d’ici demain 8 h, heure de Montréal? Laquelle des deux entre la prose et la poésie sera à l’honneur pour nous révéler les dessous de cette scène livresque? Tout cela, nous le saurons dans 24 heures exactement, au moment même où sera accrochée la 300e toile d’En vos mots.

*illustration de Yuko Shimizu

Au sud du Sahara 11

Apprends-moi

Apprends-moi
L’air des prairies bleues
Et souffle à mon oreille
Ton haleine princière
Il y a tant de mots
Sous la poussière
Tant d’amours
Dans les tiroirs
J’ai mal à croire
Que les feux de brousse
Sont éteints.

Véronique Tadjo (née en 1955, Côte-d’Ivoire)
(Poésie d’Afrique au sud du Sahara)

*choix de la lectrice de John Russell Story

Ce que mots vous inspirent 832

Tout ce qu’on invente est vrai si on y croit très fort et qu’on le fait par amour. (John Le Carré)

*illustration de Coby Whitmore

Au sud du Sahara 10

Des fleuves parlent

Que les joncs couvrent mon corps,
mes pieds, mon visage,
que personne ne surveille
quand j’écoute en silence l’eau
des fleuves qui me parlent.

Le son des cailloux
quand ils frôlent l’eau,
ce sont des baisers de soir et de lune,
et des baisers d’aube.

Un jour, quelqu’un m’a dit
que les fleuves ne parlent jamais,
qu’ils suivent simplement leur cours
et qu’ils s’échappent sans paroles.

Comme je fus triste ce jour-là
quand j’ai entendu ses mots,
je suis partie en courant vers le fleuve
pour qu’il m’explique
pourquoi je l’entends si clairement
et d’autres ne l’entendent pas du tout.

Raquel Tonde (née en 1939, Guinée-Équatoriale)
(Poésie d’Afrique au sud du Sahara)

*choix de la lectrice de Denis Chiasson

Anecdotes de réviseure 24

Je sais, je sais, je ne devrais pas m’énerver pour des broutilles. Mais après les « elle » pour remplacer autobus et hôpital, les cartes d’affaires calquées sur l’anglais plutôt que cartes professionnelles et autres fautes de français entendues au cours de mes vacances émises par des gens affirmant haut et fort être des as de la langue française, je me croyais blindée. Prête à tout entendre et à tout lire sans même sourciller un peu.

Mais. Car, il y a toujours un ou des « mais » qui nous jettent par terre. Certains pires que d’autres. Ce coup-ci, c’était « Nous sommes en congés jusqu’au 3 janvier », pas sur la porte d’un commerce de détail quelconque, mais sur le site Web d’un éditeur que je ne connaissais pas. (Pyramid, pour tout vous dire).

On a des congés, on est en congé, mais « être en congés », je n’avais jamais vu ça. Et parce qu’il m’arrive d’avoir une vraie tête de bourrique, j’ai pris une décision : je ne lirai jamais un livre édité par cette maison. Je n’ose pas penser aux énormités que je pourrais trouver dans les livres qu’elle publie après avoir vu cette grossière faute.

Je sais, je ne devrais pas perdre mon sang-froid pour des bêtises. Mais c’est comme ça.

*toile d’Alfréd Réth

Ce que mots vous inspirent 831

Le plus difficile au monde est de dire en y pensant ce que tout le monde dit sans y penser. (Alain)

*illustration d’Inslee Haynes

Au sud du Sahara 9

Mon pays est une musique

Mon pays est une musique que j’entends quand je n’entends plus rien.
Mon pays est une couleur où plonger est mon bonheur.
Mon pays est une musique qu’un enfant a jadis cachée dans une conque.
Mon pays est une conque. Y habite une huître dont le destin est un métier.
Mon pays est une musique. Tu l’écoutes quand je l’entends la mer vient.
Mon pays est un nombre. Dix couteaux impitoyables dans mon cœur consentant.
Mon pays est une musique. Dieu lui-même n’empêchera mon cadavre de l’écouter.
Mon pays est un nom. Le seul lieu que j’aime parce que je t’adore.
Mon pays est une musique. Ce son à nul autre pareil je le veux perpétuer.
Mon pays est un prénom qui m’empêche de mourir. Le tien, ô rose de mon sang!

Mario Fonseca (né en 1939, Cap-Vert)
(Poésie d’Afrique au sud du Sahara)

*choix de la lectrice d’Allan Ramsay

Ce que mots vous inspirent 830

Les souvenirs ne se déroulent pas en fonction du temps, ils s’en détachent. (E. L. Doctorow)

*toile de Gregg Chadwick