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Quelques poèmes du grand Albert Lozeau 6

Les mots d’amour

Les mots d’amour ne meurent pas,
Ils vivent au fond des mémoires
Comme les anciennes histoires
Qu’enfants, on nous contait, tout bas.

Ils sont les souvenirs des heures
Dont les regrets sont les moments;
Parfois, ils en sont les tourments
Et blessent les âmes meilleures.

Car plus d’une, au jour des aveux,
Prenant pour témoin l’hirondelle,
Jura qu’elle serait fidèle
Et ne ferait qu’une de deux.

Elles ont trahi! Pauvres âmes,
Leur amour, c’était l’amitié…
Mais les mots d’amour, sans pitié,
Les brûlent ainsi que les flammes!

Car — tristesse! — ils ne meurent pas,
Ils vivent au fond des mémoires
Comme les anciennes histoires
Qu’enfants, on nous contait, tout bas.

Albert Lozeau, Textes choisis et présentés par Yves de Margerie

*choix de la lectrice de Lucie van Dam van Isselt

Le paradis en un coup d’œil

Oui, le paradis. C’est ce qu’évoquent pour moi ces bibliothèques imaginées par Jeremy Miranda, artiste originaire du Rhode Island qui vit désormais dans le Massachusetts. À deux pas de la mer.

Ce que mots vous inspirent 862

Les mots sont toujours plus poétiques que les choses.(Alphonse Daudet)

*illustration de Grace Easton

Quelques poèmes du grand Albert Lozeau 5

Chanson grise

Puisque les branches sont nues
Tout le long des avenues,
Demeurons en la maison;
Car dans notre chambre sombre
Est prisonnière un peu d’ombre
De la dernière saison.

Puisque les fleurs sont fanées
Et sous les pieds profanées,
Demeurons en la maison;
Car dans notre chambre chaude
Comme un dernier parfum rôde
De la dernière saison.

Puisque les voix entendues
Des mésanges se sont tues,
Demeurons en la maison;
Car dans notre chambre trône
L’écho des chansons persiste
De la dernière saison.

Puisque tout périt ou pleure
Au vent flétrissant de l’heure,
Demeurons en la maison;
Car dans notre chambre grise
Le souvenir s’éternise
De la dernière saison.

Albert Lozeau, Textes choisis et présentés par Yves de Margerie

*choix de la lectrice de Patrick William Adam

Ce que mots vous inspirent 861

C’est peu de chose un regard mais le monde y tient. (Dominique Sampiero)

*illustration signée Harrison Fisher

Quelques poèmes du grand Albert Lozeau 4

Quand il neige sur mon pays

Quand il neige sur mon pays,
De gros flocons couvrent les branches,
Et les regards sont éblouis
Par la clarté des routes blanches
Et dans les champs ensevelis,
La terre reprend le grand somme
Qu’elle fait pour mieux nourrir l’homme,
Quand il neige sur mon pays.

Quand il neige sur mon pays,
On voit s’ébattre dans les rues
Les petits enfants réjouis
Par tant de splendeurs reparues.
Et ce sont des appels, des cris,
Des extases et des délires,
Des courses, des jeux et des rires,
Quand il neige sur mon pays.

Quand il neige sur mon pays,
C’est tout le ciel qui se disperse
Sur la montagne et les toits gris
Qu’il revêt de sa claire averse.
Sous l’avalanche de ces lis
De sa pureté nous inonde…
C’est le plus beau pays du monde
Quand il neige sur mon pays!

Albert Lozeau, Textes choisis et présentés par Yves de Margerie

*choix de la lectrice d’E. Sylvia Shaw

Ce que mots vous inspirent 860

De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent. (Coluche)

*toile de John Christen Johansen

Quelques poèmes du grand Albert Lozeau 3

À Émile Nelligan

Tu montais radieux dans la grande lumière,
Enivré d’idéal, éperdu de beauté,
D’un merveilleux essor de force et de fierté,
Fuyant avec dédain la route coutumière.

Tu montais emporté par ton ardeur première,
Battant d’un vol géant la haute immensité,
Et là, tout près d’atteindre à l’azur convoité,
Tu planais, triste et beau, dans la clarté plénière.

Mesurant du regard le vaste espace bleu,
Tu sentis la fatigue envahir peu à peu
La précoce vigueur de tes ailes sublimes.

Alors, fermant ton vol largement déployé,
Ô destin! tu tombas d’abîmes en abîmes,
Comme un aigle royal en plein ciel foudroyé!

Albert Lozeau, Textes choisis et présentés par Yves de Margerie

*choix de la lectrice de Pere Pruna

Ce que mots vous inspirent 859

Un objet, si parfait soit-il, n’a de valeur que par le souvenir qu’il incarne. (Louis Lefebvre)

*toile d’Escha van den Bogerd

Quelques poèmes du grand Albert Lozeau 2

Illusion

Je me consolerai par la grâce des choses
Qui sont belles à voir, douces à respirer,
Par la couleur du ciel et le parfum des roses,
Et le charme des yeux qui n’ont pas fait pleurer.

Je regarde ma vitre avec un plaisir calme;
Un fin jardin d’argent y fleurit pour un jour :
Autour d’un arbre clair s’entrecroisent des palmes,
Des calices givrés pendent leur blanc velours.

En attendant les mois prodigues de nuances,
Je chercherai le bien, le gris, l’or et le vert.
Dans les regards connus aux chères influences;
De leurs tons délicats je teinterai mes vers.

J’extrairai le bonheur des plus petites choses,
Des rayons, des reflets qui viennent se poser
Légers comme une abeille au cœur ardent des roses;
Et j’aurai sur la bouche un rêve de baiser.

Albert Lozeau, Textes choisis et présentés par Yves de Margerie

*choix de la lectrice de Marcel Dyf