Trop de bonne heure : trop tôt
(dans Parlez-vous québécois? de Claire Armange)
*toile de Gloria J. Coker
Trop de bonne heure : trop tôt
(dans Parlez-vous québécois? de Claire Armange)
*toile de Gloria J. Coker
Bébelle : chose, truc, bidule, bibelot, petit objet sans valeur
(dans Parlez-vous québécois? de Claire Armange)
*toile de Jo Colvert
Comme je l’avais annoncé dimanche dernier, nous poursuivons aujourd’hui notre promenade au pays de la langue de chez nous en compagnie du livre de Claire Armange, Parlez-vous québécois? Pour le plaisir du partage et de la (re)découverte).
En en commençant par cette expression, choisi par la lectrice de Carolee S.Clark :
Péter la balloune de quelqu’un : briser son rêve, lui faire perdre ses illusions
Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps
Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais
Tu ne remuais encore que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou
Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient
Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues.
René Guy Cadou, Hélène ou le règne végétal
*choix de la lectrice d’Emmanuel Benner
Des mille chambres où j’ ai vécu
La plus belle était un violon
Le manteau de la cheminée
Cachait une âme disparue.
Sous le vieux cèdre de la lampe
Après une longue journée
Je m’attardais j’avais des craintes
Pour la suite des années
Mais soudain la lumière éteinte
Quelle est cette voix inouïe
Comme un fruit de coloquinte
Qui éclate dans la nuit?
Est-ce enfant qu’on pourchasse
Dans la rue à coups de fouet
Un cirque fantôme qui passe
Trombonant sur les marais?
C’est la corde du cœur qui casse
Et tout ce qui vient après
N’ est que la plainte en surface
D’un amour qui se défait.
René Guy Cadou, Hélène ou le règne végétal
*choix de la lectrice d’Alexander Bartashevich
Je t’atteindrai Hélène
À travers les prairies
À travers les matins de gel et de lumière
Sous la peau des vergers
Dans la cage de pierre
Où ton épaule fait son nid
Tu es de tous les jours
L’inquiète la dormante
Sur mes yeux
Tes deux mains sur des errantes
À ce front transparent
On reconnait l’été
Et lorsqu’il me suffit de savoir ton passé
Les herbes les gibiers les fleuves me répondent
Sans t’avoir jamais vue
Je t’appelais déjà
Chaque feuille en tombant
Me rappelait ton pas
La vague qui s’ouvrait
Recréait ton visage
Et tu étais l’auberge
Aux portes des villages.
René Guy Cadou, Hélène ou le règne végétal
*choix de la lectrice de Marthe Élisabeth Barbaud-Koch
Tu étais la présence enfantine des rêves.
Tes blanches mains venaient s’épanouir sur mon front
Parfois dans la mansarde où je vivais alors
Une aile brusquement refermait la lumière.
J’appelais, je disais que vienne enfin la grande,
La belle, la toujours désirable et comblée.
Et j’allais regarder souvent à la fenêtre
Comme si le bonheur devait entrer par là
Ce fut par un matin semblable à tous les autres.
Le soleil agitait ses brins de mimosa
Des peuplades d’argent descendaient la rivière.
Les enfants avaient mis des bouquets sur les toits.
Aussitôt que je vis tes yeux, je te voulus
Soumise à mes deux mains tremblantes, à mes lèvres,
Capable de reprendre à la nuit son butin
De fleurs noires et vénéneuses caresses.
Tout le jour je vis bleu et ne pensai qu’à toi.
Tu ruisselais déjà le long de ma poitrine.
Sans rien dire, je pris rendez-vous dans le ciel
Avec toi, pour des promenades éternelles.
René Guy Cadou, Hélène ou le règne végétal
*choix de la lectrice de Phan Linh Bao Hahn
demain vous pourrez compter
les étoiles sur les doigts
d’une seule main
vous peuplerez le ciel comme des acariens
partageant le même pain la même laine
les mêmes filaments de mémoire
vous marcherez bouche à bouche
l’amour sera votre langue d’apprivoisement
votre seul richesse
de nos restes vous serez les habitants
François Guerrette, Pleurer ne sauvera pas les étoiles
*choix de la lectrice de Frank Dicksee
un nouveau siècle commence chaque jour
je sis trop vieux pour naître
dans les bras inquiets d’une mère
mes caresses laissent sur les cheveux
de longues traces de cendre
laissez-moi construire
autour de mon cœur un labyrinthe parfait
François Guerrette, Pleurer ne sauvera pas les étoiles
*choix de la lectrice de Jordi Diaz Alama
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