Perdue dans le temps
Une table désaffectée
Au-delà des sens
Les mots
Joyaux en feu
Les doigts doutent
Passion arrimée
Faire corps avec la nuit.
Germaine Beaulieu, Ailleurs au même instant
*choix de la lectrice de Dennis Perrin
Perdue dans le temps
Une table désaffectée
Au-delà des sens
Les mots
Joyaux en feu
Les doigts doutent
Passion arrimée
Faire corps avec la nuit.
Germaine Beaulieu, Ailleurs au même instant
*choix de la lectrice de Dennis Perrin
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
Une réponse
Ailleurs, peut-être au même instant.
On était pourtant en plein jour.
L’ordre des choses n’est pas une chose immuable.
Qu’elle pouvait être cette Volonté qui se permettait de changer le jour en nuit, la nuit en cauchemar, le cauchemar en réalité ?
La pluie tombait si drue, le peu qui restait et qui aurait dut être du Ciel, était si noir, que toute l’organisation des éléments semblait être bouleversée.
Le fleuron de la vanité de cette société, son orgueil, cette voiture conçue pour dévorer la route, avait perdue toute arrogance.
Là c’est la route qui la dévorait.
Cette route qui semblait se dissoudre au bout du faisceau des phares. Dévorées à son tour par les éléments déchaînés.
Qu’elle donc force, plus forte que toutes les vanités humaines gérait l’instant ?
Seul la foudre, jetant ses éclairs comme des flashe de colère, d’un quelconque dieu courroucé, pouvait se permettre d’éclairer, quand bon lui semblait, cette route, sinon plongée dans le néant
Pauvre automobile, celle là même dont les pubs, vantaient les performances, ses pointes de vitesse, ses reprises, sa tenue de route.
Ses pointes de vitesses, en cet instant, ne dépassaient certainement pas le pas d’un cheval, celui là même qu’elle avait détrôné avec tant de mépris.
Les essuies-glace paraissaient se débattre, comme des noyés dans cette cataracte en la quelle, ils essayaient de surnager en vain.
Des Milliers d’étoiles semblaient sortir des yeux hors de leurs orbites, à force de fixé ce qu’il n’y avait plus à voir.
Que Néant hors l’auréole des phares.
Tout-à-coup, là devant moi, à quelque centimètres, dans mon sombre faisceau de lumière, une apparition, une forme, une vie, peut-être humaine, sous cette pluie diluvienne, sortant de nulle-part, étais-ce ma vue, un mirage ?
Peut-être une réalité, ceci avec deux grands yeux terrifiés.
Je ne voyais plus qu’eux.
En un seul geste, le véhicule fut stoppé, je me trouvais à l’intérieur de cet élément liquide, aux cotés d’une jeune femme, presque une enfant, trempée les cheveux dégoulinants collés sur un visage, presque irréel dans la lumière des phares.
La robe, tellement plaquée par tant d’eau sur son corps, laissant le moulage de ses frêles formes grelottantes, désemparées, ne pouvant se dissimulées à mes yeux, qui eux, ne voyaient plus qu’une chose, le pauvre pantin désarticulé, que quelques millimètres de plus auraient fais de ce corps juvénile, enchevêtré là, dans mes roues. Une fin du monde dans cette fin du Monde.
Trempé, je ne sentais même pas la pluie cinglante s’insinuée partout, dans mon col, à travers mes vêtements, me glaçant jusqu’aux os.
Un frisson d’effroi me parcourut tout le corps.
D’une main tremblante, elle s’appuyait sur le devant du capot de l’automobile , de l’autre elle serrait de toutes ses forces, un ou, deux paniers d’osier, qu’elle pressait contre elle, comme si c’était sa vie qu’elle retenait là, en ces paniers.
Reprenant mes sens, je lui demandais si elle se sentait bien, si elle n’avait pas eu peur, si je pouvais lui venir en aide.
Plus je lui parlais, plus elle avait l’air effrayée.
Je me sentais vraiment mal à l’aise, ayant l’impression qu’elle voyait en moi en me dévisageant un monstre terrifiant.
J’étais désemparé, les éléments déchaînés redoublaient de violence, les rafales de pluie nous giflaient de toutes leurs forces.
Et moi là, incapable de trouver les mots rassurants, j’avais l’impression même qu’elle ne comprenait pas mon langage.
Je ne pouvais pas décemment la laisser là.
Cet idiot, mais me revenais en mémoire, ce jeune lapin sauvage, un jour, pris dans un piège que j’essayais de rassurer d’apaiser d’apprivoiser.
Elle me faisait penser pareillement à quelque petit animal sauvage, effarouchée, paniquée
Plutôt que les mots, c’est le ton de ma voix, que j’essayais de rendre plus convaincant, cherchant de retrouver le ton qu’emprunte la maman pour rassurer l’enfant, le calmer, le tranquilliser.
Est-ce que j’avais trouvé le juste ton, où étais-ce le déchaînement des éléments qui redoublait, elle se retrouva assise toute trempée, dégoulinante d’eau sur le siège passager.
Elle serrait toujours ses paniers contre elle.
Je n’étais qu’à quelques minutes de chez moi.
Me reste encore en mémoire, l’air éberlué de mon épouse voyant cette apparition dégoulinante.
Tout s’égouttait, les mèches de cheveux, le nez, le bout des doigts, le bas de jupe, le tout planté là devant elle au milieu de la pièce, les deux pieds nus au centre d’une mare d’eau, mais le tout éclairé d’un timide sourire.
Mon épouse la presse à venir se sécher, de prendre quelque chose de chaud.
Enfin, le visage se détend, le sourire s’épanouie, elle nous regarde, la confiance est là, illuminant deux grands yeux.
Elle tend un panier et puis ses premiers mots :
« T’achète ! Il est pas cher. »
Ce panier d’osier, plein de confiance, est toujours là.
Souvent une petite gitane s’arrête chez-nous.
Elle apporte toujours une petite babiole, non pas pour la vendre comme on pourrait le croire.
Non, c’est un cadeau pour notre Bébé nous dit elle à chaque fois. Petite chose mais offerte d’un si grand cœur, que petite babiole se transforme en perles d’amitié.
Nous l’invitons à prendre une tasse de café, un rafraîchissant.
Pour elle c’est féerique.
Ces gens de la ville, cet autre monde où depuis la nuit des temps de générations en générations on se répète, malheureusement à juste titre :
« Attention ces gens ne nous aiment pas, il faut s’en méfier, ils ne pensent qu’a nous chasser ! »
Alors vient le Miracle aussi bien pour elle que pour nous, on reçoit en cadeau son amitié brute, sans étalage, une amitié presque primitive, animale.
Elle comme nous, découvrons là devant nos yeux étonnés, un monde qui nous était inconnue.
Puis viennent ses confidences.
Vraies confidences que personne d’autre que nous connaissent, certainement pas dans son entourage, parmi les siens.
Elle est amoureuse d’un gitan, il est beau, il est jeune, il sait faire les paniers.
Lui aussi l’aime.
Mais voilà, et là, son visage à cette annonce s’assombrit, ses yeux changent d’expression, lancent des éclairs, sa famille lui dit qu’elle n’a pas à s’occuper de cela.
C’est à eux de choisir ce qui est le plus avantageux.
Un vieux était là avec qui ils avaient déjà depuis longtemps discuté de l’affaire.
Les filles doivent obéir.
« Je les hais ! » Dit-elle, en prononçant des invectives en une langue inconnue.
Bien, bien longtemps plus tard, il m’a semblé la reconnaître, essayant de vendre quelques paniers sur un marché.
Il ne restait que peut de la petite gitane.
La lueur de ses yeux s’était éteinte, son visage semblait raviner par des rides trop précoces, quatre ou cinq marmots hirsutes la bouille toute crasseuse, s’accrochaient à ses cotillons.
Que pouvais-je faire ?.
Là, en cet instant , le panier est toujours là.
Vieux panier emplie, débordant d’émotions… ! ! !
Pierre.