Lui qui avait enchanté ma jeunesse avec Le petit bonheur s’est éteint il y a exactement vingt ans. Le 8 du 8e mois 1988. Autant de 8 ne pouvait que le mener au paradis des interprètes où il chante sûrement encore cette chanson qui lui a collé à la peau.
C’était un petit bonheur
Que j’avais ramassé
Il était tout en pleurs
Sur le bord d’un fossé
Quand il m’a vu passer
Il s’est mis à crier :
« Monsieur, ramassez-moi
Chez vous amenez-moi
Mes frères m’ont oublié, je suis tombé, je suis malade
Si vous n’me cueillez point, je vais mourir, quelle ballade!
Je me ferai petit, tendre et soumis, je vous le jure
Monsieur, je vous en prie, délivrez-moi de ma torture »
J’ai pris le p’tit bonheur
L’ai mis sous mes haillons
J’ai dit : » Faut pas qu’il meure
Viens-t’en dans ma maison »
Alors le p’tit bonheur
A fait sa guérison
Sur le bord de mon cœur
Y avait une chanson
Mes jours, mes nuits, mes peines, mes deuils, mon mal, tout fut oublié
Ma vie de désœuvré, j’avais dégoût d’la r’commencer
Quand il pleuvait dehors ou qu’mes amis m’faisaient des peines
J’prenais mon p’tit bonheur et j’lui disais: « C’est toi ma reine »
Mon bonheur a fleuri
Il a fait des bourgeons
C’était le paradis
Ça s’voyait sur mon front
Or un matin joli
Que j’sifflais ce refrain
Mon bonheur est parti
Sans me donner la main
J’eus beau le supplier, le cajoler, lui faire des scènes
Lui montrer le grand trou qu’il me faisait au fond du cœur
Il s’en allait toujours, la tête haute, sans joie, sans haine
Comme s’il ne pouvait plus voir le soleil dans ma demeure
J’ai bien pensé mourir
De chagrin et d’ennui
J’avais cessé de rire
C’était toujours la nuit
Il me restait l’oubli
Il me restait l’mépris
Enfin que j’me suis dit :
Il me reste la vie
J’ai repris mon bâton, mes deuils, mes peines et mes guenilles
Et je bats la semelle dans des pays de malheureux
Aujourd’hui quand je vois une fontaine ou une fille
Je fais un grand détour ou bien je me ferme les yeux
…Je fais un grand détour ou bien je me ferme les yeux…
***
C’est quinze ans après sa mort, alors qu’un de mes amis l’a chantée lors d’un de ses spectacles que j’ai découvert La chanson du pharmacien (1951).
La fille en coupant son pain s’est coupée dedans la main
Affolée en criant accourut chez l’pharmacien
Rendue chez le pharmacien, on cherchait un assassin
Qui venait de tuer le pharmacien dans un coin
Quand la fille est arrivée, on l’a d’abord soupçonnée
On lui a barré le chemin à cause du sang dans la main
Mais c’est en coupant mon pain que j’me suis coupée la main
Les voisins l’œil en coin, disaient : C’est pas bien malin
Elle a dit : Bande de crétins je vais vous faire voir le pain
Mais de pain y’en avait point, il était dans l’ventre du chien
Elle a rit et elle a geint, que pensez-vous qu’il advint
On l’a mise dans le moulin, elle sera pendue demain
Quand vous couperez le pain, ne vous coupez pas la main
Surtout si un assassin vient de tuer le pharmacien
***
Je ne vous raconterai pas Félix Leclerc. Mais vous pourrez en savoir plus ici si jamais le sujet vous intéresse.
Moi, en ce jour anniversaire, je repenserai à une phrase qu’il avait écrite dans Le fou de l’île et qui reste pour moi une des plus belles phrases de la poésie québécoise, celle qui me permet de rêver encore et encore : Lance un câble aux étoiles. Et je sourirai en regardant le ciel.

5 réponses
Déjà 20 ans !
et plus jamais une seule de ses chansons à la radio…
triste tout de même.
amitié
Double: Félix, vingt ans déjà?… Dejà?… Je trouve qu’il fait vieux pour un gars de 20 ans, chef!
Agent: T’es vraiment un abruti. Vingt ans qu’il a disparu, c’est ce que la dame veut dire. Mais où tu vas encore, doouubbllee?… Viens ici!… Où vas-tu en courant comme ça?…
Double: Fais-moi confiance, chef … s’il a disparu je le trouverai bien quelque part, chef… Mais pourquoi tu me frappes chef?… aie aie aie… chef pourquoi tu me frappes?… aie aie aie…
Merci Lali, de nous rappeler « Félix, vingt ans déjà ». J’aimais beaucoup ses chansons.
Toute petite, je me suis beaucoup balancée l’été en chantant le Petit Bonheur de Félix Leclerc et je m’imaginait être ce petit bonheur tout en pleurs sur le bord d’un fossé!
Et surtout j’imaginais ce bel homme avec sa voix si grave et chaleureuse me prendre dans ses grandes mains de poète des champs!
Comme j’aurais aimé assister aux francofolies…
Un grand merci Denis pour le lien.
Amitiés