Où est-il? Que va-t-il examiner avec ses jumelles? De quoi traitent les livres qu’il a avec lui? Est-il seul? Voilà autant de questions que vous pouvez évoquer pour nous raconter en vos mots qui est le lecteur peint par Deborah Dewit.
Tous les textes soumis seront emmagasinés pour n’être validés que dans sept jours et pas avant, afin de laisser à tous la chance d’écrire sans être influencés par les textes des autres envosmotistes.
À dimanche prochain pour la suite!

5 réponses
De la fenêtre de mon bureau, je guettais les premiers signes d’un printemps qui se faisait attendre.
Cette année-là, l’hiver avait été long et particulièrement froid, mais depuis quelques jours, je m’amusais déjà de l’arrivée prochaine du printemps.
Je me disais que bientôt tout allait de nouveau exploser de mille couleurs. De milliers des chants qui allaient m’annoncer l’arrivée de l’aube. Je me voyais déjà m’attarder dans mon lit, les yeux fermés, et savourer les prémices d’un jour nouveau.
Cette année-là, je m’étais promis de prendre Guillaume par la main et de lui apprendre à faire ses premiers pas dans le jardin. Puis de transformer la petite pièce de rangement en salle de jeux. J’allais lui donner un coup de pinceau et décorer les murs avec des centaines de papillons, quelques chiens et chats, et puis, quelques poissons. Enfant, j’avais toujours trouvé que les poissons étaient des bêtes pacifiques et sympathiques. J’avais décidé d’ajouter un dauphin et des fleurs. Et tant pis si j’avais toujours été une catastrophe en dessin. Guillaume serait heureux. L’éclat de rire de Guillaume serait ma récompense.
Cette année-là, je m’étais dit que j’allais apprendre à faire du pain. J’aimais tant l’odeur du pain. Je m’étais aussi promis que j’allais demander Clarisse en mariage, chaque matin. Et que je lui chanterais des chansons de mon pays à la tombée du jour.
Et que nous serions heureux comme personne ne l’avait jamais été.
Puis, la radio… La déclaration de guerre. La mobilisation. Le départ. Le bonheur remis à jamais. Trois vies brisées pour toujours. Quelques milliers de morts. Pour rien.
De la fenêtre de mon bureau, je guette les premiers signes d’un printemps qui se fait attendre. Et je me dis que, heureusement, la nature n’a pas de mémoire et que c’est pour cela qu’elle méprise la folie des hommes…
LE RAPACE
Sous les quatre saisons, j’observe avec bonheur,
La griffe du vallon d’où je construis l’idée
D’un oiseau s’élançant du ciel filant l’ondée,
Et l’outil, ce matin, se fourbit au veneur…
Quand de l’orage nait le grand aigle pêcheur,
Quand ma tasse de thé en reste bouche bée,
Mes jumelles, d’un coup, retraversent la baie,
Ourlant les flaques d’eau de reflets de fraîcheur…
Et je hurle, à travers la lucarne solaire,
Un rêve à l’équilibre, un paysage heureux
Où s’emporte au lointain mon regard circulaire :
À l’aube des forêts, plane sur la clairière,
Dans les nuages blancs, la fièvre carnassière
D’un rapace chasseur qui s’imprime de bleus…
Non, non ! Cet homme sur le qui-vive, ce n’est pas un éthologue éminent qui participe bénévolement à un comptage phénologique d’oiseaux migrateurs en crowdsourcing…
Non, vous l’auriez deviné, abreuvé de café et rassasié de peu – jumelles et livres de recettes à portée de main -, cet homme attend. Il attend celle qui, ornithologue de son état, est partie depuis si longtemps, faire les courses à la ville, sa moitié…
🙂
Chouette! Ce matin j’ai appris deux nouveaux mots: phénologie et crowdsourcing 😉 Merci Ffup de Bretagne.
Monsieur ou Madame Cavalier: J’ai bien aimé votre poème et « le rapace qui s’imprime de bleus… 🙂
Comme toujours Armando tes histoires me transportent du mystère au drame jusqu’à l’espérance finale. « Après la pluie,le beau temps » comme dit le vieux proverbe 😉
My name is Cavalier, Mister Cavalier …
🙂
merci pour ces coms
je suis bien d’accord pour Armando, j’aime aussi