Personne ne l’a regardée pendant des années si bien qu’elle reste toujours troublée quand il pose son regard sur elle avec intensité. Non pas parce qu’elle est nue. Pas plus parce qu’il y a une lueur de convoitise dans les yeux. Mais parce qu’elle est elle, vivante et qu’elle n’a rien changé de ce qu’elle est pour lui. Ni caché au fond d’un tiroir ce grand pull informe dans lequel elle traîne.
Elle est restée celle qui a croisé sa vie un jour d’été. Les cheveux en bataille dans le soleil. Un livre à la main.
Elle l’avait remarqué depuis longtemps. Mais la lectrice de Guérino Angéli n’a rien dit. Elle n’a pas maquillé ses yeux, elle n’a pas choisi ses plus jolies robes, elle n’a rien fait de ce que font les femmes quand un homme leur plaît. Elle a continué à être elle. Sans penser à ce qui pourrait arriver. Enfin, pas trop, juste un peu.
Un jour, il lui a demandé ce qu’elle lisait. Et elle lui a tendu le livre en même temps qu’elle lui a demandé ce qu’il écoutait.
La vie est ce qu’elle est. Elle nous apporte l’inexpliqué auquel on ne veut pas trouver de raisons. Il écoutait Yves Simon tandis qu’elle le lisait.

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