Quelques recueils attendaient la lectrice peinte par Adolfo Belimbau, recueils qu’elle a tous feuilletés, un à un, jusqu’à ce qu’elle s’arrête aux Plus beaux poème sur l’eau, réunis par Jean Breton, Robert Estrade et Bernard Wallon. Recueil dont elle a tiré ce poème signé Ilarie Voronca :
Parfois mes mains
Parfois mes mains rencontrent d’autres mains
Qui se blottissent dans les miennes
Comme dans un nid retrouvé. Parfois
C’est une face qui jette sa lumière sur ma face.
Ou bien je sens tout près la mer comme une haleine,
Je cours en m’essoufflant vers elle. Je la vois
S’envolant comme une cigogne vers d’autres climats.
Sur la grève les algues sont comme les signatures des touristes.
Dois-je arrêter ma course au bord de ce voyage?
Le vent déploie le bruit des villes comme une voile.
Au retour, le regard est trop large pour mes yeux
Comme une bague qui tombe de la main d’un convalescent.
Mais les rues, les maisons sont aussi des coquillages
Que la mer et l’oubli ont laissés dans ces lieux
Retenir ces contours, ces couleurs de passage,
Et cette vapeur qui donne l’illusion des cieux.

2 réponses
Je lis ce poème avec beaucoup de bonheur. Les mots sont si beaux que la lectrice en rêve encore!
Merci Lali.
Ici ou ailleurs
Il arrive parfois, seul, triste, un étranger.
Il s’arrête et l’on écoute ses récits doux,
Pleins d’herbes. Il demande : « Vous ai-je dérangés ? »
Il voudrait repartir, mais il ne sait plus où.
Dans ses oreilles bruit la mer – des coqullages ?
Son front, ses yeux trop grands pour ce bas horizon,
Une raison encore de partir. Ses voyages
Sont là devant lui pleins d’océans, de monts.
On laisse ainsi tout doucement le soir descendre
Qui mélange les figures, les mains, les voix,
Devenus presque esprits… L’âme pourra comprendre
Mieux – tel le toucher des aveugles – cette fois.
Ilarie Voronca – La Poésie commune – éd. Plasma1979
«Ilarie Voronca né le 31 décembre 1903 en Roumanie, parti « au soir du 4 avril 1946″«