Est-elle là depuis hier soir alors que d’ici une heure ou deux la pièce sera éclairée de soleil? S’est-elle éveillée en pleine nuit et a-t-elle ouvert son livre à ce moment-là avant de s’assoupir à nouveau? Ou la lectrice de Cornelis Bisschop s’est-elle levée il y a peu, croyant en avoir fini avec le sommeil, ce qui ne semble pas être le cas?
Nul n’a raison, nul n’a tort, quand il s’agit de perception ou d’impression. Devant une toile ou face à une situation. Et pourtant, combien de fois, quand ce n’est pas vérifiable, parce qu’il ne s’agit pas d’une date, d’un lieu ou d’un titre, toutes des données sûres, ne sommes-nous pas confrontés à des « tu as tort », « tu as tout faux » ou « tu te racontes des histoires »?
Or, celui ou celle qui s’empresse de rectifier un regard ou une impression en la balayant de telle manière, est justement celui qui a tout faux. Il ne laisse pas place à d’autres perceptions que la sienne. SA perception fait office de vérité.
J’ai toujours eu du mal avec ces gens. Moi qui suis une écouteuse plutôt qu’une affirmatrice de vérités à cinq sous. Mais quand trop, c’est trop, je m’élève. Et j’ose un « je ne vois pas les choses ainsi ». Au risque de déclencher un raz-de-marée de nouveaux « tu te trompes », « ce n’est pas ça » et « tu as vraiment des idées saugrenues ».
J’aime trop le véritable échange, le véritable partage, les impressions qui s’opposent et qui ouvrent sur d’autres auxquelles nul n’a pensé pour laisser quiconque affirmer tout de go qu’il n’y a qu’une seule façon de penser. Et quand je constate – souvent avec tristesse – qu’il y a des gens si bornés que je n’arriverai jamais à leur faire voir d’autres couleurs que les leurs, je disparais sur la pointe des pieds. Souvent même pendant qu’ils en sont à vouloir me prouver qu’ils ont raison.
S’est-elle endormie hier soir, au cours de la nuit ou il y a peu? Il n’y a pas de réponses, il n’y a que des impressions. Toutes valables. Et celui qui a peint la lectrice ne s’opposerait à aucune d’elles. Les artistes sont des êtres libres qui laissent leur liberté d’expression à ceux qui commentent leurs œuvres.


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