Qui est donc cette lectrice peinte par Deng Xianxian? Et quels sont donc ces livres éparpillés au sol?
À vous de nous parler d’elle, de lui inventer une vie, d’entremêler vos souvenirs et votre imagination, de laisser parler votre cœur. La toile est à vous, à vos impressions, à vos mots.
Dimanche prochain, à la même heure, alors que j’accrocherai une nouvelle toile, seront validés vos créations. Puissent-elles être nombreuses et différentes les unes des autres!

12 réponses
Superbe, je vais explorer un peu cette artiste ; merci !
Il est toujours difficile de quitter sa famille, son pays même si la petite Huang vit actuellement dans une famille chaleureuse pour apprendre le français. C’était son souhait bien sûr mais parfois la nostalgie dépose un voile triste sur son beau visage. Et ce soir, son coeur est morose. Ici, la culture en France est tellement différente qu’en Chine.
Le soir, après ses cours dans un collège, Huang ouvre ses livres. Des livres de littérature, de poésie. Installée depuis bientôt trois mois dans cette famille harmonieuse, la petite a fait de très grands progrès. Elle s’étonne elle-même. Elle veut réussir à tout prix et son objectif est d’obtenir son diplôme de français afin de retourner chez elle et trouver un emploi qui aidera à payer les médicaments dont son père a besoin.
Ce soir-là, elle avait décidé de se plonger dans la lecture mais le cœur n’y était pas. Elle savait son père malade et c’était son jour d’anniversaire. Comme elle aurait voulu être à ses côtés!
Avec sa maman, sa sœur et son frère.
Elle n’a pas oublié d’envoyer une belle carte à son papa mais arrivera t-elle pour le jour de son anniversaire?
Toutes ces pensées se bousculaient dans sa tête…
Les semaines passèrent, les mois, les saisons et Huang retrouva le sourire. Elle savait que bientôt elle pourrait rentrer chez elle, embrasser ses parents, leur montrer son diplôme et leur raconter en détail sa vie en France.
Mais d’un autre côté, Huang a un pincement au cœur. Sa famille d’accueil a été tellement généreuse et affectueuse avec elle, qu’elle souhaite lui préparer un repas chinois pour la remercier.
Deux jours avant son départ, Huang fait les courses, cuisine une multitude de plats et décore joliment la table sans oublier de placer ici et là quelques bougies.
De sa plus belle plume, elle écrit ce beau poème de Pere Guisset sur du parchemin. Elle l’enroule avec un beau ruban rouge et le place bien en évidence au milieu de la table…
« Un Papillon au jardin
Un jardin à l’ abri du vent,
un gracieux papillon va,
va, va en zigzaguant, va de ci de là!
Vole, hésite, finalement se pose pour un court instant,
Sur la plus splendide rose
Que caresse le soleil galant,
Ensuite il fêtera,
Si cela lui convient,
Si cela lui convient,
Bouton d’or, coquelicot, narcisse et blanc lilas
Le gracieux papillon au jardin,
Papillonne, allant ça et là,
Embrasser et le romarin,
La glycine et le bégonia !
Mais, nul ne sait que dit? que dit
A ces fleurs le beau papillon
Verveine, rose, iris ou souci !
De quoi s’agit-il donc?
Mais que dit, le papillon à ces fleurs?
Nul ne sait ce qu’il fait, ni ce qu’il dit !
Et ces vols incertains, sont peut être une danse,
Danse d’amour , de joie ou d’espérance !
Ces arrêts, sont peut être une chanson
Qu’apprend à la fleur, le papillon !
Ce secret là,
Nul jamais ne le saura »
Au dos du parchemin, elle a écrit:
Peut-être qu’un jour, je reviendrai vous raconter l’histoire d’un papillon chinois…
Avec toute mon affection,
Huang
Rêveuse, elle voyage
Vers des rivages d’encre bleue
Rêveuse, elle fixe son visage
Pour se noyer dans l’anse de ses yeux
Rêveuse, elle oublie son naufrage
L’amour navigue vers d’autres cieux
Rêveuse, elle a décidé de tourner la page
D’autres livres pétillants d’images
La vie recèle tant de sel et de merveilleux!
Et, dans le silence de son coeur
Elle câline, volubile, ses désirs camaïeu
Que l’amour voltige, frondeur
Tel un papillon agile et voluptueux!
» Elle avait cette grâce fugitive de l’allure qui marque la plus délicate des transitions, l’adolescence, les deux crépuscules mêlés, le commencement d’une femme dans la fin d’un enfant. »
Les travailleurs de la mer (1866)
Victor Hugo
J’ai eu 16 ans hier
mais que sait-il mon père des rêves que je fais ?
lui qui me voit toujours comme une enfant !
mon père, immobile, dans sa petite vie étriquée,
bien ordonnée, sans fantaisie …
J’ai 16 ans
Mes parents ont dans le regard
Des sourires et des craintes
Prêts à tout pardonner de mes colères
Et plus ils sont doux
plus je voudrais des ailes
pour m’embarquer Ailleurs !
16 ans et personne ici qui me comprenne
Personne ici qui ne me prenne au sérieux
Quand je cherche des étincelles
pour enflammer mon coeur
et gommer l’ennui
et braver ma peur
poser toutes les questions
effacer les interdits…
Je voudrais grandir,
Je voudrais vieillir
M’évader de mes livres
Et vivre enfin !
J’ai eu 16 ans hier
et ma grand-mère en souriant
m’a offert son éventail
celui qui conserve tous ses secrets …
« dans chaque pli, Deng, mon enfant
Se trouvent les réponses
Il suffit de savoir écouter le vent
qui nait de l’éventail »
Les socques de verre
Xiang Li songe au bonheur
Elle pleure des larmes d’argent
Des larmes de diamant
Le long du Grand canal
Le bois des cerisiers
Prépare ses fleurs en secret
Dans le vent si doux là-bas
Les colombes déplient leurs ailes
Les nénuphars s’étirent
Ils savent déjà
Un gong de bronze dans son regard
Xiang Li rêve, rêve d’aller danser
À la lueur des lampions
Aux sons de pétards
Sous les ailes du Dragon
Dragon terrible qui la para
D’une chemise d’organdi
D’une jupette de soie
De longues chaussettes dorées
De socques de bois précieux
D’un éventail aux mille vœux
Seraient-ce mes livres ?
Serait-ce un rêve ?
Ye Xian, jeune fille de cendre
Ou bien Xiang Li
Contes de fée
Qui suis-je ?
Il me reste un socque de vair
De verre, envers et contre tout
À n’y rien comprendre
Pourtant
Le banc où nous étions assis
Est encore tiède
Sur la jonque magique
Sur le Grand Canal
Sur la place de la Muraille
Que de couleurs
Que d’agitation
Que de musiques
Et Chang si beau
Oxymore and more
Les premières musiques de Noël dans les magasins lui avaient d’abord donné un sourire. Anne avait senti comme une odeur d’enfance remplie de gâteaux faits maison à laquelle s’est ajouté le souvenir de son papa, pourtant si sérieux d’habitude, décorant le sapin en chantant des chansons de Noël, comme s’il était redevenu un gamin subitement.
Certes, en regardant autour d’elle, Anne trouvait que le magasin n’avait plus ni l’enchantement ni la poésie de son enfance, mais, en voyant le regard exalté des enfants, elle se disait que, peut-être, elle avait grandi plus qu’il ne fallait. « Ne sois pas pressée de grandir ma fille, lui disait si souvent son père, papa veille à tout. »
Son regard s’est posé sur la couverture d’un livre où on pouvait lire en grands lettres « Le livre de Noël ». Elle a fermé les yeux un instant. Pour ne pas pleurer. Elle venait de s’apercevoir qu’il y a un moment où les Noëls à venir sont remplis de l’ombre des Noëls de notre enfance. De ces nuits de Noël où rien ne peut nous arriver puisqu’on est plongé dans le rêve magique d’un monde qui vous aime.
Indifférente au va-et-vient des gens pressés de faire leurs courses, elle a pensé au visage souriant de maman qui la taquinait en lui demandant si elle trouvait qu’elle avait été sage, avant d’éclater de rire et de faire un clin d’œil en direction de papa, qui avec éloquence disait « Ma fille est toujours sage, elle est la reine des filles sages ». Puis, l’après-midi, papa aimait écouter Bing Crosby et Dean Martin chanter des chansons de Noël qu’il accompagnait tout bas. Un sourire lui a illuminé les lèvres aux souvenirs de la voix de sa maman disant à papa « Mais arrête de faire du bruit ». Puis ils riaient tous les deux comme des enfants. Mon Dieu. Le rire de maman était si mélodieux qu’elle pouvait l’écouter pendant des heures. Elle s’est souvenue des histoires que papa aimait lui lire, en imitant tous les animaux et les bruits des pas du père Noël. Elle s’est entendue rire à son tour, et a senti la joue froide de son père enlacer la sienne, comme si soudainement une image figée dans un lointain souvenir reprenait de nouveau vie. Là où tout s’était arrêté.
À pas tremblants elle est rentrée à la maison. À la fois triste et heureuse. C’est toujours ainsi quand on ouvre la porte à Madame nostalgie. Elle vous enlace et vous prend dans un mélange de tristesse et de bonheur tressés comme les nattes de son enfance. Avec un sourire semblable à un lacet servant à embellir les cheveux des filles qui sont toujours sages.
« Ne sois pas pressée de grandir… » Voilà que ces mots lui sont revenus, de nouveau, comme un harcèlement de la pensée. Comme s’ils voulaient la faire regretter de s’être éloignée de ses parents pour devenir quelqu’un de qui ils pourraient être fiers, alors qu’elle venait de s’apercevoir qu’ils étaient déjà fiers de la petite fille qu’elle était et que cela suffisait à leur bonheur et au sien. L’envie lui est venue de redevenir l’enfant qu’elle a été. De plonger dans le rire de sa maman, dans les chansons désuètes de papa, D’écouter celui-ci lui raconter des histoires et de se blottir contre lui pour s’entendre dire, une fois encore « Ne sois pas pressée de grandir… », maintenant qu’elle avait compris qu’elle aurait tout le temps de grandir. Quand ils ne seraient plus.
Mais comment leur dire?
Voilà une rubrique chez Lali qui, de semaine en semaine, semble gagner en enthousiasme et diversité. Et ce n’est pas pour me déplaire. Tour à tour, on offre à la lectrice de Deng Xianxian une histoire bien différente de la précédente et je dois vous avouer que je m’émerveille; heureux je m’envole (j’hésite ente le papillon chinois de Denise, les ailes d’Hespérie ou d’Oxyomore et le papillon agile et voluptueux de Claudie, qui me plait beaucoup), d’histoire en histoire au gré de votre infatigable imagination. Merci et à la semaine prochaine.
Je rentre à peine et ma première visite est pour « en vos mots » 😉
Quel plaisir de vous lire tous !
Je suis heureuse de vous lire tous et comme c’est beau! Merci pour ce beau dimanche.
Comme chaque dimanche, ce fût encore un délicieux moment passé auprès de vos mots à tous! Merci!
Encore de jolis mots et un imaginaire qui ne tarit pas. Un vrai plaisir de découvrir vos impressions et ressentis sur la toile du dimanche!…où je prends un réel plaisir à papillonner…Merci à tous et, en particulier, à Armando…