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En vos mots 122

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C’est chaque semaine un défi comme un plaisir que d’accrocher une toile représentant des lectrices et des lecteurs qui ne ressemblent pas, ou peu, à ceux et celles qui les ont précédés dans cette aventure qui dure depuis presque deux ans et demi. Un défi aussi pour vous que celui d’écrire à partir d’un tableau, d’inventer une histoire, de vous laisser guider par la musique de la poésie.

C’est vous qui portez la catégorie En vos mots à bout de bras, qui l’animez, qui lui donnez sa raison d’être. Je ne suis que la directrice de la galerie.

J’ose espérer que la toile de la semaine saura éveiller en vous quelque histoire. La lectrice peinte par l’artiste néerlandaise Elisabeth Jonkers ne s’est-elle pas parée de rouge pour l’occasion?

Suite dans sept jours, alors que les commentaires seront validés et que j’accrocherai une nouvelle toile.

4 réponses

  1. Il lui a promis un rose avenir
    Des matins doux et parfumés
    Il savait si bien mentir
    Sans jamais la toucher

    Sa solitude ce n’est que la présence
    De celui que ne touche plus son regard
    Ce sont ces lambeaux de souffrance
    Des nuits blanches dans le noir

    Puis un bon jour il est parti
    Le beau chevalier aux mots d’amour
    Il a fallu refaire se vie
    Réapprendre à se dire qu’un jour

    Un jour ou l’autre je vais trouver
    Le vrai chevalier de mon cœur
    Aimer un rêve c’est déjà aimer
    Comme on croit au bonheur

    Un jour la tendresse passera par là
    Celle qu’elle lit dans ses bouquins
    Des histoires auxquelles elle croit
    Puisqu’il faut bien se dire à demain

  2. André ne remerciera jamais assez le ciel de lui avoir mis sur sa route cette femme, belle, douce, attentionnée et d’une gentillesse sans borne, Annabelle !

    Depuis trois ans, André ne sort plus de chez lui. Ce ne sont pas ses jambes qui le handicapent, non, bien qu’il ait une canne. Ce sont ses yeux. Ces trois dernières années, sa vue a terriblement baissé. Il voit mais comme au travers d’une brume. La musique est sa compagne de tous les jours. Pour se déplacer chez lui, il utilise sa canne, son amie comme il aime à le dire. André n’est plus très jeune et d’après les médecins, il n’y a rien à faire.

    André fait l’admiration des locataires car il a gardé son optimisme et surtout son humour. Le voisinage s’est bien rendu compte depuis trois ans qu’André voyait de plus en plus mal. C’est alors, que plusieurs voisines se sont dit, qu’il fallait aider Monsieur André. Chose dite, chose faite.
    Simone s’est engagée à lui faire ses repas, Catherine s’occupe de son linge, Georgette fait les courses et le ménage. Chacune a son jour bien précis dans la semaine. Pour ces dames du 14, rue des Clochettes, c’est avec joie qu’elles viennent chez André.
    Les moments passés chez lui sont délicieux. Il raconte de si jolies histoires qu’elles ressortent de chez lui absolument ravies. Leur travail n’est pas une corvée bien au contraire, c’est du bonheur.

    Le mardi, en fin d’après-midi, c’est le jour de visite d’Annabelle. D’entente avec ses voisines, il a été décidé qu’elle irait faire la lecture à André. Pour rien au monde, Annabelle ne voudrait manquer ce rendez-vous et André attend ce jour avec impatience. Il a beaucoup d’affection pour sa lectrice à la douce voix et ces moments de lectures, il ne pourrait plus s’en passer.

    Ancien professeur de lettres, André se rappelle très bien lorsqu’il donnait ses cours. Les étudiants avaient une profonde admiration pour leur Maître et c’était réciproque. Durant toute sa carrière, aucun étudiant n’a peiné. Il faut dire qu’André avait un don pour motiver ses classes.

    Dès le premier jour, Annabelle a remarqué le joli canapé rouge et n’a pu s’empêcher de dire: Oh! Votre canapé, quelle jolie couleur !

    En effet Annabelle, il me plaît bien mais si je l’ai choisi rouge c’est pour mieux le distinguer et c’est aussi un repère pour me déplacer dans l’appartement.
    Je comprends dit-elle.

    Et depuis ce jour-là, Annabelle porte des vêtements rouges afin qu’André puisse l’entrevoir dans sa brume…Il en était tout ému !

    Monsieur André, si vous êtes d’accord, aujourd’hui je souhaite vous lire un court texte mais très beau, je suis certaine que vous aimerez. C’est un texte du recueil de « S. Corinna Bille »
    (Cent petites histoires d’amour)

    « L’inexprimable,

    La vallée dans la montagne était si belle que je n’ai pu la dire. Elle était la forme sans forme et l’image sans image, le premier souffle, le premier vert, la première tendresse végétale.
    Mais peut-être le sentirez-vous ce vif de l’air, rivière transparente, passant sur nos oreilles, sur les feuilles nouvelles-nées, sur les aiguilles de pins et sur ces corolles sauvages.
    A la grâce des oiseaux… Et cet arbuste géant dont jamais je ne saurai le nom, porteur de houppes blanches au long des eaux du torrent ?
    Cette eau violette, mieux que limpide, sur laquelle je me penche et qui creuse le roc. C’est la forêt serrée, obscure, toujours vieille et fraîche, où se sont perdus nos instincts.

    Et ces prés en terrasses où neigent les abricotiers, et cette pyramide de terre romaine, et ces marches penchées des vignes. Et les bouleaux sur ce clocher d’église. Mais taisons-nous, arrêtons-nous, avant que tout s’évanouisse !
    L’illusion est faite de nos désirs. »

    Annabelle ne parla pas tout de suite afin de laisser un moment André dans ses rêves.

    Ma petite Annabelle, ce fut merveilleux et je vous remercie du fond du cœur pour votre choix. Approchez que je vous fasse une bise.

    A mardi prochain, Monsieur André…pour une autre lecture !

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