Je suis si fatiguée en ce moment en raison d’un rhume et de problèmes oculaires que je passerais volontiers la journée au lit, à l’instar de la lectrice peinte par Alina Bugleeva. Ëtes-vous dans la même situation? Que ce soit le cas ou non, je vous propose cette semaine de nous raconter en vos mots ce que cette scène évoque pour vous, comme vous le faites si bien semaine après semaine.
Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc une semaine devant vous pour écrire quelques lignes, lire les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier et les commenter si vous le souhaitez. C’est avec plaisir que nous vous lirons.
D’ici là, bon dimanche et bon début de décembre à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.

2 réponses
Ce matin je ne déjeune pas.
Je ne donne pas sa pâtée au chat.
Je ne ferai pas de vaisselle, de lessive.
Ce matin je ne me douche pas.
Je ne m’habille pas.
Je ne m’entoure pas de livres.
Ce matin je ne descends pas au jardin.
Je ne cours pas à la boîte aux lettres.
Je n’écoute pas de musique, pas la radio.
Je n’allume ni mon ordi, ni mon téléphone.
Ce matin je ne suis là pour personne.
Ce matin je ne lis pas.
Oui, vous avez bien entendu: je ne lis pas.
Ce matin je ne me lève pas.
Prière de ne pas déranger.
Ce matin j’exulte. Et je dors.
Moi qui connais ses secrets, je ne vous dirai rien.
On dit qu’elle a connu des nuits d’amour. Jusqu’à s’endormir épuisée.
On raconte qu’elle rêve le jour de sa prochaine nuit.
On l’offre à des milliers d’amants, que personne n’a jamais rencontrés.
Mais moi qui connais ses secrets, je sais me taire.
De Byron à Rousseau, de Sand à Lamartine, de Nerval à Baudelaire.
C’est vrai, elle les a caressés dans son lit. Souvent. Compagne savoureuse et bonne d’un Paul Verlaine à son goût.
Et que dire de Jane Austen. De leurs nuits sans fin. Dans la complicité de leurs mots. Silencieux. Comment un voyage hors raison. En toute intimité.
On dit qu’elle est lunatique. Que pour elle, les mots sont des étoiles dans l’univers de ses silences. On dit tout cela et bien d’autres choses.
L’ignorance est fantaisiste. Elle a besoin de ses mensonges pour rester vivante.
Et moi qui connais ses secrets, je ne vous dirai jamais rien.
Même si, quand je me perds dans le mots de Marie Uguay, il me semble entendre sa voix sussurer :
« il fallait bien parfois
que le soleil monte un peu de rougeur aux vitres
pour que nous nous sentions moins seuls
il y venait alors quelque souvenir factice de la beauté des choses
et puis tout s’installait dans la blancheur crue du réel
qui nous astreignait à baisser les paupières
pourtant nous étions aux aguets sous notre éblouissement espérant une nuit humble et légère et sans limite
où nous nous enfoncerions dans le rêve éveillé de nos corps »