
Parmi tout ce qui a transité de mon appartement à la maison familiale, il y a quatre boîtes qui contiennent ma correspondance depuis 1973. Je me disais que je relirais toutes ces lettres un jour. Mais je sais très bien que je ne le ferai pas. Qu’il y en a trop. Et de personnes dont je n’ai aucun souvenir.
J’en ai lu plusieurs. J’en ai déchiqueté encore plus. Je ne veux pas retomber sur cette lettre d’un ami qui songeait à mettre fin à ses jours quelques jours avant son vingtième anniversaire et que j’ai beaucoup soutenu. Il va bien aujourd’hui. Je ne veux pas relire cette lettre où on me reproche de m’apitoyer sur mon sort alors que je traversais une période difficile. Je ne veux pas parcourir les lettres de Christine, disparue en 2020. Je ne veux surtout pas m’embarrasser des cartes de souhaits de mes ex-beaux-parents et des lettres de leur fils. Je me demande comment il se fait que je ne les aie pas détruites, d’ailleurs. Probablement parce qu’elles étaient au milieu des autres. Tout est classé par année.
J’en conserverai, bien sûr. Je ne peux pas évacuer tout mon passé sous prétexte qu’il me faut faire un grand tri avant que chaque objet, chaque souvenir trouve sa place dans mon nouvel espace. Des lettres d’amis qui font toujours partie de ma vie ou dont je n’ai plus de nouvelles, mais qui demeurent présents dans mes pensées, ne seront pas détruites.
J’ai tant aimé la correspondance, qui a été en dehors de la lecture mon activité principale toute mon adolescence, pendant mes années d’université et même après. Le rythme a ralenti avec la trentaine. Mais je reçois toujours du courrier en dehors des cartes postales. Et soulever le couvercle de ma boîte aux lettres est un des plaisirs de mon quotidien, même si celle-ci est parfois vide.
Un courriel ne me procurera jamais l’émotion qu’une lettre manuscrite suscite.
*toile de Paul Kerr

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