Alors que je viens à l’instant de valider les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, que je vous invite d’ailleurs à lire et même à commenter si vous en avez envie, il est temps de vous proposer autre chose.
C’est sur une magnifique illustration de Julie Grugeaux (alias Julie de Terssac), que Chantal reconnaîtra puisqu’il s’agit d’une carte postale qu’elle m’a envoyée, que s’est arrêté mon choix.
La suite vous appartient désormais. Choisirez-vous la prose ou la poésie? Vous glisserez-vous dans la scène ou y installerez-vous des personnages? C’est ce que nous saurons dimanche prochain au moment de la validation des textes déposés et pas avant, comme le veut l’habitude.
Les coquelicots noirs et les bleuets fanés Dans le foin capiteux qui réjouit l'étable, La lettre jaunie où mon aïeul respectable A mon aïeule fit des serments surannés,
La tabatière où mon grand-oncle a mis le nez, Le trictrac incrusté sur la petite table Me ravissent. Ainsi dans un temps supputable Mes vers vous raviront, vous qui n'êtes pas nés.
Or, je suis très vivant. Le vent qui vient m'envoie Une odeur d'aubépine en fleur et de lilas, Le bruit de mes baisers couvre le bruit des glas.
Ô lecteurs à venir, qui vivez dans la joie Des seize ans, des lilas et des premiers baisers, Vos amours font jouir mes os décomposés.
À travers la forêt des spontanéités, Écartant les taillis, courant par les clairières. Et cherchant dans l'émoi des soifs aventurières L'oubli des paradis pour un instant quittés,
Inquiète, cheveux flottants, yeux agités, Vous allez et cueillez des plantes singulières, Pour parfumer l'air fade et pour cacher les pierres De la prison terrestre où nous sommes jetés.
Et puis, quand vous avez groupé les fleurs coupées, Vous vous ressouvenez de l'idéal lointain, Et leur éclat, devant ce souvenir, s'éteint.
Alors l'ennui vous prend. Vos mains inoccupées Brisent les pâles fleurs et les jettent au vent. Et vous recommencez ainsi, le jour suivant.
Le 9 août 1888 s’éteignait Charles Cros, poète et inventeur. Ce qui m’a donné l’idée de vous proposer une dizaine de ses poèmes, même si au fil des ans, vous avez eu droit à quelques autres.
Et pour débuter, celui-ci, choisi par la lectrice peinte par Catherine Solier :
À ma femme endormie
Tu dors en croyant que mes vers Vont encombrer tout l'univers De désastres et d'incendies; Elles sont si rares pourtant Mes chansons au soleil couchant Et mes lointaines mélodies.
Mais si je dérange parfois La sérénité des cieux froids, Si des sons d'acier ou de cuivre Ou d'or, vibrent dans mes chansons, Pardonne ces hautes façons, C'est que je me hâte de vivre.
Et puis tu m'aimeras toujours. Éternelles sont les amours Dont ma mémoire est le repaire; Nos enfants seront de fiers gars Qui répareront les dégâts, Que dans ta vie a faits leur père.
Ils dorment sans rêver à rien, Dans le nuage aérien Des cheveux sur leurs fines têtes; Et toi, près d'eux, tu dors aussi, Ayant oublié, le souci De tout travail, de toutes dettes.
Moi je veille et je fais ces vers Qui laisseront tout l'univers Sans désastre et sans incendie; Et demain, au soleil montant Tu souriras en écoutant Cette tranquille mélodie.
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