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Un manteau de fortune 1

Un dimanche à Lisbonne

La voix monte du Tage ou tombe
comme le brouillard goutte à goutte.
On dirait qu’à tous les étages
le ciel écoute.

Nul ne se lève,c’est dimanche.
On a rangé le Nouveau Monde
avec le sel, à bord d’un rêve
où la mer penche.

Au loin une guitare insinue
que rien n’existe sur la terre
comme l’absence, et que l’amour
est toujours nu.

Heureux les amants amarrés
que l’ombre garde au fond de l’eau :
ils sont l’âme du diamant,
l’or du fado.

Guy Goffette, Un manteau de fortune

*choix de la lectrice d’Otar Imerlishvili

Il ne faut pas faire les coins ronds avec les enfants

Aussi bien aller droit au but. Il n’est pas question du grand-père du narrateur mais de son arrière-grand-père. Aussi bien que vous le sachiez tout de suite. Pas que ça change grandement les choses, mais tout de même.

Il ne faut pas faire les coins ronds avec les enfants. C’est une des premières choses qu’ils remarqueront. Le narrateur étant l’arrière-petit-fils de celui qui est le héros de cette histoire, ce dernier ne peut être le grand-père du premier. Les jeunes lecteurs vont s’arrêter à ça et oublier de regarder de près les magnifiques illustrations de Lane Smith autour d’arbres et d’arbustes taillés comme à Versailles. Et pourtant, les images de L’histoire en vert de mon grand-père sont de toute beauté. Vraiment. Ce sont elles qui « font » le livre, car le peu de texte qu’on y trouve n’a pas beaucoup d’intérêt et ne fait que relater en trois phrases la vie de cet homme qui est maintenant vieux et qui a moins de mémoire qu’avant. Un sujet abordé beaucoup mieux dans d’autres albums.

Dommage. J’aimais bien la fiancée, le parachutiste, le cœur, tous taillés dans le feuillage.

Les magnolias du mercredi

Faites provision! La saison est courte!

Ce que mots vous inspirent 920

L’artiste doit voir toutes choses comme s’il les voyait pour la première fois : il faut voir toute la vie comme lorsqu’on était enfant… (Marie Redonnet)

*toile de Charles Edward Hallé

Comme à l’écrit 3

vers l’heure douce
empreinte hors du temps
dans le parcours des arômes
quand les cheveux s’emmêlent
de répondre à l’ardeur
s’éteint le monde
et l’aube se retient
sans cesse

Claudine Desrosiers, À l’aimé comme à l’écrit

*choix de la lectrice de Pierre Cornu

Iris

I comme Iris, un roman d’Anne Loyer que Leila Brient a illustré avec beaucoup de finesse et de douceur, met en scène non pas une problématique mais deux.

Il est d’abord question d’un problème d’apprentissage, car Iris, qui est un véritable moulin à paroles, a du mal à écrire tant toutes les lettres se ressemblent à ses yeux. Ce qui pousse la maman d’Iris à consulter un orthophoniste afin qu’il puisse aider la petite à y voir plus clair avec les mots.

Il est aussi question de la vie après un divorce, car Iris vit avec sa mère et un weekend sur deux voit son père, lequel a une autre petite fille avec une autre femme. Ce qui a fait qu’Iris est très attachée à sa mère du fait qu’elles sont tout l’une pour l’autre.

Tout se passe donc bien pour Iris dès qu’elle commence à travailler avec Ludovic, l’orthophoniste déniché par Edmonde la concierge. Elle progresse. Elle est heureuse. Mais pourquoi faut-il que sa maman ait invité Ludovic, Ludo pour les intimes, à manger chez eux? Ne sont-elles pas bien ensemble toutes les deux?

Avec subtilité, Anne Loyer pose les vraies questions. Le divorce. Les changements qu’il entraîne. L’acceptation ou le refus de certaines éventualités. Le blocage que peut ressentir un enfant en matière de lecture ou d’écriture.

Le résultat est un roman plein de tendresse mettant en scène une Iris des plus attachantes dans laquelle nombre d’enfants se reconnaîtront sûrement.

Anecdotes de réviseure 25

Quand je croise de tels ramassis de fautes d’orthographe, je sors mes lunettes pour m’assurer que ce ne sont pas yeux qui me jouent des tours. Puis, je relis ce que j’ai d’abord lu, cette fois-ci en me pinçant. Qui sait, je suis peut-être en plein cauchemar.

Et pour finir, je me dis que je ne suis pas à la veille de prendre ma retraite. Pas à cause des erreurs grammaticales, orthographiques et syntaxiques dont le nombre semble sans cesse augmenter au fil des ans. Non. Mais parce que je suis bien trop jeune pour même penser à la retraite!

Ce que mots vous inspirent 919

L’écriture suffirait-elle à vous accorder l’espace d’une vie qui déborderait sur le réel, qui se substituerait à sa vacuité et envahirait la solitude d’une femme qui guette le lever du jour à la fenêtre d’une cuisine avec vue sur un parc grillagé? (Françoise Houdart)

*toile de Vanessa Bell

Comme à l’écrit 2

dans le spectacle du monde
les signes interrogent
point à la ligne le désir
antre des guillemets c’est que la matière
s’entrouvre l’espace d’un éclair
s’énonce un visage dans la fracture
distinctement

Claudine Desrosiers, À l’aimé comme à l’écrit

*choix de la lectrice de Geronimo Rodriguez (dont toute trace a disparu)

Maman s’est perdue

Avec Maman s’est perdue, Pierrette Dubé a choisi de modifier la perception d’une situation que nombre de parents ont vécue : un enfant qui disparaît du champ de vision ou de portée de voix alors qu’il était là quelques secondes plus tôt.

Regardons les choses autrement. Si c’était la maman qui s’était perdue et non l’enfant? S’il fallait faire le tour de tout le magasin pour trouver où elle se cache? S’il fallait même se rendre au comptoir des objets perdus où attend un papa qui n’a pas été attentif et non pas une maman?

Voilà ce que propose le très ludique album Maman s’est perdue, illustré avec beaucoup d’originalité et d’imagination par Caroline Hamel qui a mêlé collages et dessins pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Pour les parents qui ont des enfants qui ne restent pas en place et pour les enfants qui doivent suivre leurs parents à la trace, afin que nul ne se perde dans les grands magasins.

(D’ailleurs, je ne me suis jamais perdue. Maman vous le dira. C’est elle qui s’est perdue. Moi, j’étais juste là, pas loin. Mais elle ne m’a pas vue et s’est perdue en me cherchant.)