Pourquoi ne meurt-on pas de bonheur? (Ion Luca Caragiale)
*toile de Ruth Eastman
le ravissement de ton œil
agrandit l’espace
la lune tombe
ou s’élève
des rangées d’étoiles se jouent
de mes calculs
je ne demande rien
dans ta pensée
j’existe
ta pensée est matière
à étonnement
Martine Audet, Orbites
*choix de la lectrice de Derek Jones
C’est un roman d’atmosphère des plus réussis que nous offre l’écrivain argentin installé à Barcelone Raúl Nuñez avec La blonde du bar, roman publié en 1993 qui met en scène un homme au seuil de la quarantaine qui a choisi de tout plaquer pour vivre son rêve : devenir écrivain. Mais la femme de Mario ne supporte pas le bruit de la machine à écrire. Et Marta, la blonde du bar chez qui il trouvera refuge quand sa femme le jettera dehors ne veut pas qu’il se consacre à une activité qui l’exclurait. Donc, pas question pour notre homme d’écrire.
C’est cette impossibilité qui nous est racontée ici, sans effet de style, mais avec les détails nécessaires pour créer un climat, une ambiance, où les héros n’ont rien des héros, où faire le tapin et vendre de la dope sont des métiers, où l’alcool coule à flots, comme dans certains romans états-uniens de série noire. C’est ce désir des uns et des autres de sortir de l’anonymat et de voir leur nom en haut de l’affiche qui est exploité dans ce court roman où Barcelone est un des personnages au même titre que Mario, Marta, et les quelques autres qui gravitent autour d’eux dans ce petite monde où l’errance fait figure de quotidien en attendant que le meilleur arrive.
Qui aime les atmosphères un peu glauques et les antihéros devraient apprécier ce roman de Raúl Nuñez, dont la critique avait remarqué le premier roman, Sinatra, qu’il faudra que je mette aussi sous la dent maintenant que mon appétit a été aiguisé par La blonde du bar.
L’amitié n’est jamais tapageuse. Les démonstrations d’affection prouvent l’instabilité des sentiments, l’inquiétude, la peur de perdre ce que l’on aime. (Jean-Paul Bourre)
*toile de James Proctor
Orbites, qui vient tout juste d’être réédité, avait valu à son auteure, Martine Audet, le prix Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec en 2001.
C’est de ce titre que la lectrice peinte par Vickie Jones-Bell a extrait ces mots :
les vieilles lumières
ne nous cachent plus rien
je remets les fenêtres
à leur place
chacune comme un alphabet
se contente du plus simple
du plus fugace
beau temps d’ocre
nuages
nuages
Histoires sans Dieu, le premier recueil de nouvelles signé Karine Rosso, se veut une relecture de la Bible au goût du jour, avec des personnages volontairement éloignés de ceux de départ et pour la plupart issus de l’Ancien Testament. Aucun doute ne peut s’établir dans l’esprit du lecteur, l’auteure ayant conservé son prénom biblique à chacun de ses personnages (probablement à l’intention de ceux qui sont peu familiers avec la Bible et ses héros afin qu’ils puissent facilement faire des analogies en tapant ces noms sur tout moteur de recherche).
Le résultat est un recueil qui tient la route, offrant des nouvelles qui ne sont pas calquées les unes sur les autres, des personnages bien dessinés, disséminés dans des lieux aux antipodes, et portant en eux et sur leurs épaules le poids de leur prénom biblique.
L’écriture de Karine Rosso est sans effet de style notable, mais efficace. En quelques lignes, voire en une seule phrase, elle installe lieu, personnages et situation. Il ne nous reste plus qu’à la suivre dans les dédales qu’elle a inventés pour nous.
Le procédé – ou la contrainte – a quelque chose de répétitif, il faut en convenir. Mais il est en même temps ce qui donne le ton au recueil, ce qui le porte et qui, d’une certaine façon, le solidifie puisque la nouvelle finale met en scène le personnage d’Ève, comme le faisait la première nouvelle.
Qui ne connaît pas les personnages bibliques ou n’a pas la curiosité de vouloir en savoir plus sur ceux que Karine Rosso met ici en scène peut se les approprier en faisant fi du contexte religieux dans lequel ils se sont inscrits. Autrement dit, il est possible de faire une lecture laïque du recueil de la jeune auteure, de saisir l’histoire détournée et d’y trouver autant, sinon plus, de plaisir qu’en cherchant absolument comment la réalité contextuelle a été transposée en franchissant les millénaires.
Les premiers pas de Karine Rosso dans l’univers de la nouvelle sont donc assez convaincants; du moins suffisamment pour que j’aie envie de lire un deuxième recueil signé de son nom.
Le premier hôpital d’Amérique du Nord a une longue histoire. Découvrez-la ici.
D’un côté, le Centre des congrès de Québec et ses fenêtres.
De l’autre, les fenêtres du Hilton.
Au milieu, l’éclairage.
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
Commentaires récents