Les lectrices peintes par l’artiste norvégien Kai Fjell auraient-elles besoin d’un peu de dépaysement? Je suis à peu près certaine qu’elle devrait le trouver là-bas…
Pour ma mère
Il y a plus de fleurs
Pour ma mère, en mon cœur,
Que dans tous les vergers;
Plus de merles rieurs
Pour ma mère, en mon cœur,
Que dans le monde entier;
Et bien plus de baisers
Pour ma mère, en mon cœur,
Qu’on en pourrait donner.
(Maurice Carême)
*toile de Léon Bazille Perrault
Tu es la saveur de mon pain
Tu es la saveur de mon pain,
Le dimanche de ma semaine,
Tu es la ligne du destin
Que l’on peut lire dans ma main,
Tu es ma joie, tu es ma peine,
Tu es ma chanson, ma couleur
Et, dans la douceur de mes veines,
Le sang qui fait battre mon cœur.
(Maurice Carême)
*toile de Katherine S. Norris
Les petits souliers
Par le chemin des écoliers
S’en allaient deux petits souliers.
Deux petits souliers seuls au monde
S’en allaient par la terre ronde,
S’en allaient, les semelles molles,
À regret, loin de leur école,
S’en allaient chez le cordonnier,
Où l’on voit grandir les souliers,
Où l’on voit souliers d’écoliers
Devenir souliers d’ouvriers
Et parfois, avec de la chance,
Devenir souliers de finance,
Et souvent, avec de l’étude,
Devenir souliers de grand luxe,
Et toujours, avec de l’amour,
Devenir souliers de velours.
(Maurice Carême)
*toile de George Laurence Nelson
Les leçons
Le cours d’arithmétique
Plonge dans la panique
Robert et Dominique.
Les règles de grammaire
Donnent le mal de mer
A Jeanne, Paul et Pierre.
Le manuel d’histoire
Étonne, à n’y pas croire,
Marguerite et Grégoire.
Et la géographie
Emplit de nostalgie
Alexandre et Sylvie.
Luc rage quand il pense
Au dessin, et Constance
Craint la leçon de sciences.
Il n’y a que le sport
Qui les met tous d’accord.
Et encor!… dit Nestor
Qui aime se cacher
Pour lire, émerveillé,
Robinson Crusoé.
(Maurice Carême)
*toile d’Olga A. Moore
Ne sais-tu pas que tu es grande
Ne sais-tu pas que tu es grande
À me cacher tout le vallon,
Que tes yeux bordés de lavande
Forment ma ligne d’horizon?
Ton rire est un village chaud
Rempli d’écoliers en vacances;
Ta voix, la voile d’un bateau
Dans la fraîcheur verte d’une anse.
Et l’on dirait quand je te touche
Que le soleil, la brise d’août,
Le ciel, les alouettes, tout
Fond en nuage sur ma bouche.
(Maurice Carême)
*illustration de France Brassard
Pauvres petits chiens
Il était quatre petits chiens
Qui s’en allaient à Saint-Martin,
Qui s’en allaient clopin-clopant
A travers prés, à travers champs.
« Mais pourquoi, leur dit un lapin,
Ne suivez-vous pas les chemins?
C’est bien plus court et plus facile.
N’êtes-vous pas des petits chiens?
On vous laisse courir tranquilles;
On nous tuerait, nous, les lapins. »
« Tranquilles! lui dit le premier,
Voyez mon nez, il est brûlé;
J’attrapai, sous une fenêtre,
De l’eau bouillante sur la tête. »
Le deuxième dit: « Moi, je boite,
J’ai une aiguille dans la patte. »
Le troisième: « Voyez mon cou
Blessé par le jet d’un caillou. »
Et le quatrième : « Une auto
En dérapant, heurta mon dos. »
Il était quatre petits chiens
Qui s’en allaient à Saint-Martin,
Qui s’en allaient, peinant, geignant,
A travers prés, à travers champs.
(Maurice Carême)
*toile de Juan Manuel Rocha
L’âne du château
Il est l’âne du grand château
Au pas léger comme un oiseau.
Il porte les enfants du comte
En habits dorés sur le dos
Dans une longue allée si haute
Qu’elle projette au loin son ombre
Jusque sur le bas du coteau.
Et qui le croirait! Il envie
L’âne maigre du maraîcher
Qui passe sans se retourner,
Là-bas, au-delà des haies vives
Et suit, touchant à peine terre,
Les chemins luisants de poussière
Sous les feuilles en liberté.
(Maurice Carême)
*toiles d’Anna Sponer
À la rencontre du printemps
Cheveux au vent,
Tambour battant,
Allons-nous-en
À la rencontre du printemps.
Des arbres, des toits, des auvents,
Il pleut des milliers d’hirondelles.
Le soleil verse, sur les champs,
De pleins paniers de fleurs nouvelles.
Cheveux au vent,
Tambour battant,
Allons-nous-en
À la rencontre du printemps.
Prenons nos trompettes gaîment
Et sonnons la mort de l’hiver.
La terre est comme un agneau blanc
Dans les bras nus de l’univers.
Cheveux au vent,
Tambour battant,
Allons-nous-en
À la rencontre du printemps.
(Maurice Carême)
*toile de Nickolai Shevtsov
L’école
L’école était au bord du monde,
L’école était au bord du temps.
Au dedans, c’était plein de rondes;
Au dehors, plein de pigeons blancs.
On y racontait des histoires
Si merveilleuses qu’aujourd’hui,
Dès que je commence à y croire,
Je ne sais plus bien où j’en suis.
Des fleurs y grimpaient aux fenêtres
Comme on n’en trouve nulle part,
Et, dans la cour gonflée de hêtres,
Il pleuvait de l’or en miroirs.
Sur les tableaux d’un noir profond,
Voguaient de grandes majuscules
Où, de l’aube au soir, nous glissions
Vers de nouvelles péninsules.
L’école était au bord du monde,
L’école était au bord du temps.
Ah ! que n’y suis-je encor dedans
Pour voir, au dehors, les colombes!
(Maurice Carême)
*toile de Lisa Schneider
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
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