Est-ce le printemps qui semblait arrivé avec ses 16 degrés lundi dernier, et qui s’est envolé depuis en raison de la pluie, du grésil, de la pluie verglaçante et de la neige, qui me donne envie de m’installer dans ce tableau de l’artiste Philippe Fernandez? C’est fort possible. Je regarde la table et les chaises couvertes d’une housse et j’ai hâte que ma galerie retrouve ses airs d’été. Mais commençons déjà par le printemps!
L’attendez-vous vous aussi? Est-ce le cas de la lectrice de ce dimanche? À vous de nous le raconter en vos mots, comme vous le faites semaine après semaine pour notre plus grand plaisir. Aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc plus que le temps de lire les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, de les commenter si vous le souhaitez et d’écrire quelques lignes.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.
4 réponses
Ah le divin plaisir des jambes nues sur la terrasse, le soir, avec un bon livre. Allongée sur le fauteuil pour l’occasion dépouillé de sa housse, bien utile il est vrai, mais dont on est enchanté de pouvoir l’ôter aux premiers beaux jours, Emilie est aux anges et soupire d’aise.
Ce plaisir-là date de plusieurs mois maintenant. Bien longtemps avant l’hiver. Car l’automne s’est montré plutôt froid l’an dernier. Et voilà qu’en ce début de week-end a surgi soudain un véritable avant-goût de printemps. Un avant-goût de printemps ? Une saveur estivale plutôt. Carrément ! Avec un ciel tout clair empli de myriades d’étoiles présageant un beau lendemain tel qu’annoncé par la météo, à laquelle jusqu’aujourd’hui personne n’osait croire réellement. Un tel ciel ne ment pas. Il fera beau demain.
Semblable petit miracle est encore plus merveilleux évidemment quand il tombe comme cette fois en fin de semaine. Il ne faudra pas se lever tôt demain, et on pourra même reprendre sa lecture en plein air au son des pépiements et du chant des oiseaux. Car eux aussi, il va sans dire, sont ravis de cette inespérée douceur de l’air.
Soyons folle ! Et ne pensons pas au ménage, à la vaisselle, à l’aspirateur, au linge à laver et repasser. C’est décidé, demain samedi sera pour Emilie une journée complète de lecture. Et pourquoi pas aussi dimanche?
ll me semble qu’il n’y a que deux manières de voir la même nuit.
L’une revient à s’émouvoir de la noirceur de la nuit. Du genre de dire, comme Louis-Jean Cormier : « J’ai plus le goût de croire en rien, j’ai mon propre ciel, des anges sans ailes…. » et se laisser traîner, à regarder ainsi le ciel, porté par une foisonnante tristesse, jusqu’à ce que le sommeil vienne, discret et secret, nous délivrer. Pour quelques heures.
L’autre nous offre une douce couleur plus proche d’une musique empreinte d’une beauté toute positive. Par musique il me vient, et c’est de circonstance, un nocturne de Chopin, comme un bateau glissant doucement dans la nuit bordée de lumières silencieuses et vivantes qui vous regardent avec l’étonnement céleste des choses presque éternelles.
Je me souviens d’avoir regardé le ciel, enfant, avec la magie de me dire, chose étrange que le ciel. Si noir et silencieux, avec son tapis de petites lumières. Captivantes et envoûtantes. Comme une décoration de Noël.
Transportée par la naïveté de l’enfance, je me demandais comment ces petites lumières tenaient, là-haut, sans se décrocher. Un jour je le saurais, pensais-je.
Puis je l’ai su. Une presque envie de pleurer. L’équilibre des forces opposées. La gravitation. Tout ça. Rien d’enchanteur. Et l’enfance qui fout le camp. Un peu plus.
Souvent encore je deviens, pour quelques heures, l’enfant que j’ai été, sauf que maintenant je sais qu’un jour, moi aussi je deviendrai une étoile. Peut-être.
Seule l’innocence de l’enfance nous offre des magies qui adoucissent l’univers. Comme un nocturne de Chopin
– Dis, il y a combien d’étoiles dans le monde?
– Dans l’univers, Manon. On dit d’étoiles dans l’univers. Pas dans le monde.
J’ai toujours sû que les silences de Manon respirent l’énervement d’être contrariée. À son âge, les nuances n’ont aucune importance. Monde ou univers, elle s’en moque. Elle voudrait que je lui dise combien. Rien d’autre.
Puis, comme d’habitude, après avoir renâclé un moment, Manon revient à la charge.
– Et il y en a beaucoup?…
– Beaucoup de quoi?
– D’étoiles dans ton univers?…
– Ce n’est pas dans mon univers, Manon, c’est dans l’univers. Et il y a des trillions d’étoiles. C’est-à-dire, dans ton langage « un tas »…
– C’est plus que beaucoup, alors…
Après un moment de pause, j’ai relancé Manon.
– Tout va comme tu veux?…
Silence…
– Manon, est-ce que tu vas bien?…
– Tu me déranges.
Manon avait l’air agacée.
– Ah bon. C’est vrai ça?… Tu fais quoi?…
– Je regarde les étoiles.
– Tu les regardes ou tu les contemples?
– Je les regarde.
– Tu sais que ce n’est pas pareil?…
– Je m’en fous. Tu m’embêtes…. Des fois je me demande pourquoi je t’aime bien.
– Parce que c’est écrit dans les étoiles.
Manon jette un regard suspicieux au ciel, comme si elle avait besoin de certifier de ce que je venais de lui dire. Puis, elle s’est tournée vers moi, m’a tiré la langue et dans une sorte de gazouille agacée m »a dit : « Je vais me coucher, puisque tu ne me laisses pas rêver tranquillement. »
J’ai une maladie rare. Une étrange maladie. Chronique. Il paraît, d’après les spécialistes, que ce n’est pas dangereux. Je souffre d’hallucinosongs. Enfin, je souffre, c’est beaucoup dire. Ce sont les pathologistes, ceux qui sont chargés de diagnostiquer les maladies humaines, qui le disent ainsi. Alors que moi je suis plus heureux que souffrant.
Les premiers symptômes sont venus de l’enfance. La toute première fois, c’était dans un tramway, un vieux monsieur à la barbe blanche, avec un caleçon rouge à bretelles de la même couleur, s’est assis à quelques mètres de moi et dans ma tête j’ai commencé à entendre « Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel… »
On était au mois d’août.
Puis, avec l’âge, la chose s’est aggravée considérablement, si j’ose l’exprimer ainsi. Ce qui fait que de nos jours, aussitôt que je regarde une image, ma tête devient une sorte de juke-box.
Lorsque, au hasard d’une nuit vagabonde, j’ai croisé votre blog et vu ce tableau de Philippe Fernandez, j’ai aussitôt entendu « Starry, starry night, paint your palette blue and grey », la voix entraînante de Donc McLean s’est aussitôt invitée dans ma tête.
Le pire est que, l’esprit dans les étoiles, même après avoir dévié mon regard du tableau, en boucle, me vient « Si je m’arrête un instant, pour te parler de ma vie, juste comme ça un instant, dans un bar, rue Saint-Denis… » Et alors, les étoiles filantes des Cowboys me prennent par la main et me voilà assis auprès de ma blonde, à deux pas du carré, une pinte de rousse devant les yeux. Heureux. Et dans ma tête, « Images of broken light which dance before me like a millions eyes, that call me on and on across the universe… »
Puisque je vous dis que j’ai une maladie rare. Une étrange maladie. Incurable.